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Glycosides cardiotoniques

Molécule · Phytochimie

Les glycosides cardiotoniques, que l’on appelle aussi hétérosides cardiotoniques ou stéroïdes cardiotoniques, sont des molécules qui agissent directement sur le cœur. Ils bloquent chez les animaux une pompe logée dans la membrane de toutes les cellules, la pompe sodium-potassium, ce qui fait d’eux à la fois des médicaments du cœur et des poisons redoutables. Ils se partagent en deux grandes familles, les cardénolides et les bufadiénolides. Les plus connus sont la digitoxine et la digoxine, tirées des digitales, qui ont chacune leur page. Sur ce site, ils sont cités dans 12 fiches de plantes, parmi lesquelles la digitale pourpre, le muguet de mai, le laurier-rose, l’adonis de printemps, l’hellébore fétide, l’hellébore vert et la scille maritime.

I. Ce qui les rassemble

Tous ces composés ont la même architecture en trois parties. Au centre se trouve un squelette de stéroïde, fait de quatre cycles de carbones accolés. Sur l’atome de carbone 17 de ce squelette est fixée une lactone, c’est-à-dire un petit cycle refermé sur lui-même par une fonction ester. À l’autre extrémité s’attachent un ou plusieurs sucres. Malgré leur puissance, ces molécules ne contiennent pas d’azote et ne sont donc pas des alcaloïdes.

C’est la taille de la lactone qui sépare les deux familles. Les cardénolides portent un cycle de cinq atomes ; ce sont eux que l’on trouve le plus souvent dans les plantes. D’après une revue de 2012, ils sont répartis de façon dispersée dans douze familles botaniques et dominent chez les Apocynacées, où on les trouve dans plus de trente genres. La digitoxine et la digoxine en font partie, comme la convallatoxine du muguet (C29H42O10) et l’oléandrine du laurier-rose (C32H48O9). Les bufadiénolides portent un cycle de six atomes. On en trouve aussi chez certains animaux. Chez les plantes, on en a trouvé notamment dans un hellébore de Grèce, dont une équipe a isolé de la racine l’hellébrine (C36H52O15) et plusieurs autres bufadiénolides. Les glycosides cardiotoniques sont aussi les principaux constituants isolés des scilles du genre Drimia, auquel appartient la scille maritime.

Un fait surprenant mérite d’être signalé : le corps des mammifères fabrique lui-même des stéroïdes cardiotoniques, comme l’ouabaïne ou la marinobufagénine. Une revue de 2007 leur prête un rôle dans la régulation de la tension artérielle et du sel.

II. Leur rôle dans la plante

Pour la plante, ces molécules sont une défense contre les animaux qui la mangent. La pompe sodium-potassium qu’elles bloquent est indispensable à tous les animaux. Une revue de 2012 consacrée aux cardénolides explique que la plupart des insectes qui se nourrissent de plantes à cardénolides sont très spécialisés : ils stockent souvent ces poisons dans leur propre corps, affichent des couleurs d’avertissement et possèdent une pompe devenue moins sensible. Même ces spécialistes en subissent pourtant des effets négatifs. La production de cardénolides a une base génétique, elle est façonnée par la pression des herbivores, et elle varie aussi selon le milieu. Le cas du papillon monarque, qui a appris à déjouer ces poisons, est présenté sur la page de la digitoxine.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

Dans le muscle du cœur, le blocage de la pompe fait monter le sodium à l’intérieur des cellules. Selon l’explication qu’une revue de 2007 juge la mieux adaptée à leur effet immédiat, ce sodium en excès entraîne à son tour une hausse du calcium, et c’est ce calcium qui renforce la contraction. Les digitales ont été les plus étudiées, et leurs essais cliniques sont présentés sur les pages de la digitoxine et de la digoxine.

D’autres plantes cardiotoniques ont un long passé d’usage traditionnel. Une revue de 2017 consacrée à l’adonis, au muguet, aux strophantus et à quelques autres constate pourtant que très peu d’études portent sur ces plantes elles-mêmes, qu’il s’agisse d’essais au laboratoire, chez l’animal ou chez l’être humain. Les hellébores offrent un exemple de ce que la recherche peut tirer d’un usage ancien. Des textes de la Grèce antique rapportent l’emploi contre l’épilepsie de l’hellébore que l’on y appelait « noir », Helleborus odorus subsp. cyclophyllus. En 2020, une équipe a testé des extraits de sa racine sur un modèle de crises chez de très jeunes poissons-zèbres : l’hellébrine réduisait les crises de 60 %, et les auteurs y voient la première base moléculaire de cet usage.

Au laboratoire, sur des cellules tumorales, certains de ces composés, comme l’oléandrine ou la bufaline, freinent la multiplication des cellules à faible concentration. Ces résultats n’ont pas, à notre connaissance, été confirmés chez l’être humain.

IV. Précautions

Les plantes à glycosides cardiotoniques sont toxiques ; même pour la digoxine employée comme médicament, la marge entre une dose utile et une dose dangereuse est très étroite, comme l’explique sa page. Ces plantes ne doivent jamais être employées en automédication. Chez le laurier-rose, une revue de 2010 précise que toutes les parties de la plante sont toxiques. L’intoxication se traduit d’abord par des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales et une diarrhée, puis par des troubles du rythme du cœur et un excès de potassium dans le sang. Un antidote existe : des fragments d’anticorps dirigés contre la digoxine, efficaces aussi dans les intoxications par le laurier-rose. Une revue de 2025 sur les décès liés au laurier-rose note que l’accès limité à cet antidote et les retards de traitement pèsent encore lourdement sur l’issue des intoxications.

Les deux familles ne sont pas également dangereuses. Une revue systématique de 2006 a réuni 924 personnes intoxiquées par des stéroïdes cardiotoniques non médicamenteux : la mortalité était de 6 % après ingestion de cardénolides, mais de près de 30 % après ingestion de bufadiénolides, sur un plus petit nombre de cas.

Des confusions de cueillette sont documentées. Une étude hongroise de 2025 rappelle que les feuilles du muguet et du colchique ont été prises à plusieurs reprises pour celles de l’ail des ours, ce qui a causé de graves intoxications chez l’homme et chez l’animal ; les auteurs ont décrit des caractères visibles au microscope qui permettent de les distinguer. Les confusions entre la digitale et la consoude ou la bourrache sont décrites sur la page de la digitoxine.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 12 fiches qui citent les glycosides cardiotoniques sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Apocynacées — Dompte-venin officinal, Laurier-rose.

Asparagacées — Muguet de mai, Sceau de salomon odorant, Scille maritime.

Brassicacées — Sisymbre officinal.

Célastracées — Fusain d’europe.

Combrétacées — Arjuna.

Plantaginacées — Digitale pourpre.

Renonculacées — Adonis de printemps, Hellébore fétide, Hellébore vert.

Sources

  • Wikidata, entrées Q2996215 « convallatoxin » (C29H42O10, identifiant PubChem 441852), Q411532 « oleandrin » (C32H48O9, PubChem 11541511) et Q3911725 « hellebrin » (C36H52O15, PubChem 10439890) : formules brutes.
  • Barrueto F., Kirrane B.M., Cotter B.W., Hoffman R.S., Nelson L.S., « Cardioactive steroid poisoning: a comparison of plant- and animal-derived compounds », Journal of Medical Toxicology, 2006, 2(4), 152-155. PMID 18072135.
  • Agrawal A.A., Petschenka G., Bingham R.A., Weber M.G., Rasmann S., « Toxic cardenolides: chemical ecology and coevolution of specialized plant-herbivore interactions », New Phytologist, 2012, 194(1), 28-45. PMID 22292897.
  • Schoner W., Scheiner-Bobis G., « Endogenous and exogenous cardiac glycosides: their roles in hypertension, salt metabolism, and cell growth », American Journal of Physiology. Cell Physiology, 2007, 293(2), C509-C536. PMID 17494630.
  • Brillatz T., Jacmin M., Vougogiannopoulou K., Petrakis E.A., Kalpoutzakis E. et coll., « Antiseizure potential of the ancient Greek medicinal plant Helleborus odorus subsp. cyclophyllus and identification of its main active principles », Journal of Ethnopharmacology, 2020, 259, 112954. PMID 32445663.
  • Manganyi M.C., Tlatsana G.S., Mokoroane G.T., Senna K.P., Mohaswa J.F. et coll., « Bulbous Plants Drimia: « A Thin Line between Poisonous and Healing Compounds » with Biological Activities », Pharmaceutics, 2021, 13(9), 1385. PMID 34575461.
  • Orhan I.E., Gokbulut A., Senol F.S., « Adonis sp., Convallaria sp., Strophanthus sp., Thevetia sp., and Leonurus sp. – Cardiotonic Plants with Known Traditional Use and a Few Preclinical and Clinical Studies », Current Pharmaceutical Design, 2017, 23(7), 1051-1059. PMID 27748195.
  • Bandara V., Weinstein S.A., White J., Eddleston M., « A review of the natural history, toxinology, diagnosis and clinical management of Nerium oleander (common oleander) and Thevetia peruviana (yellow oleander) poisoning », Toxicon, 2010, 56(3), 273-281. PMID 20438743.
  • Sacco M.A., Gualtieri S., Princi A., Tarallo A.P., Verrina M.C. et coll., « Human Deaths Related to Oleander Poisoning: A Review of the Literature », Toxins, 2025, 17(3), 115. PMID 40137888.
  • M-Hamvas M., Tótik A., Freytag C., Gáspár A., Nouar A. et coll., « Histological Features Detected for Separation of the Edible Leaves of Allium ursinum L. from the Poisonous Leaves of Convallaria majalis L. and Colchicum autumnale L. », Plants, 2025, 14(15), 2377. PMID 40805725.
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