GINGEMBRE

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Planche botanique Gingembre

Gingembre — Zingiber officinale Roscoe

Le gingembre est sans doute l’une des plantes médicinales et aromatiques les plus universellement connues et utilisées à travers le monde. Épice emblématique du commerce international depuis l’Antiquité, remède polyvalent des pharmacopées traditionnelles asiatiques depuis plus de 5 000 ans, il fait aujourd’hui l’objet d’une recherche scientifique d’une ampleur considérable. Ses principaux composés actifs, les gingérols et les shogaols, confèrent à son rhizome des propriétés antiémétiques, anti-inflammatoires, antioxydantes et digestives solidement étayées par la littérature clinique. La présente monographie synthétise l’ensemble des données botaniques, phytochimiques, pharmacologiques et cliniques relatives à cette espèce majeure.



I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Zingiber officinale Roscoe appartient à la famille des Zingiberaceae, famille monocotylédone tropicale comprenant environ 1 600 espèces réparties en 50 genres. Le genre Zingiber comprend une centaine d’espèces distribuées principalement en Asie tropicale et subtropicale.

Classification systématique :

  • Règne : Plantae
  • Sous-règne : Tracheobionta
  • Division : Magnoliophyta
  • Classe : Liliopsida
  • Sous-classe : Zingiberidae
  • Ordre : Zingiberales
  • Famille : Zingiberaceae
  • Sous-famille : Zingiberoideae
  • Tribu : Zingibereae
  • Genre : Zingiber
  • Espèce : Zingiber officinale Roscoe

L’espèce a été décrite par William Roscoe en 1807 dans ses Transactions of the Linnean Society of London. Le nom générique Zingiber dérive du sanskrit shringavera (en forme de corne de cerf), en référence à la morphologie ramifiée du rhizome. L’épithète officinale indique l’usage officinal reconnu dans les pharmacopées. Le mot français « gingembre » provient du latin zingiber, lui-même emprunté au grec ziggiberis.

Synonymes nomenclaturaux : Amomum zingiber L., Zingiber aromaticum Noronha, Zingiber sichuanense Z.Y.Zhu, S.L.Zhang & S.X.Chen.

Zingiber officinale est exclusivement connu à l’état cultivé et n’existe pas à l’état sauvage. L’espèce ancestrale sauvage n’a jamais été identifiée avec certitude, bien que le centre d’origine soit probablement situé en Asie du Sud-Est (Inde nord-orientale, Myanmar, sud de la Chine).



II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Zingiber officinale est une plante herbacée vivace par son rhizome, à tiges aériennes annuelles, atteignant 60 à 120 centimètres de hauteur.

Appareil souterrain. Le rhizome est la partie la plus remarquable de la plante et constitue la drogue officinale. C’est un rhizome sympodial, charnu, aplati, irrégulièrement ramifié de manière digitée, de couleur jaune pâle à jaune-brunâtre à l’extérieur, jaune vif à jaune-orangé à l’intérieur. Il est recouvert d’une fine pellicule (périderme) lisse et satinée chez le gingembre frais, rugueuse et fibreuse chez le gingembre séché. La taille varie considérablement selon les cultivars et les conditions de culture : de 5 à 15 centimètres de longueur, 3 à 5 centimètres de largeur, 1 à 2 centimètres d’épaisseur. Le rhizome émet des racines adventives fibreuses à partir de sa face inférieure. La cassure est nette, révélant un parenchyme jaune riche en cellules sécrétrices d’oléorésine. L’odeur est aromatique, chaude, camphrée, caractéristique. La saveur est piquante, brûlante, aromatique.

Appareil végétatif aérien. Les tiges aériennes (pseudo-tiges) sont formées par les gaines foliaires imbriquées, dressées, simples, non ramifiées, de 60 à 120 centimètres de hauteur, vertes, lisses, cylindriques. Les feuilles sont alternes, distiques, sessiles sur la gaine, lancéolées-linéaires, longues de 15 à 30 centimètres, larges de 2 à 3 centimètres, acuminées au sommet, à base atténuée, glabres, de couleur vert foncé luisant. La nervation est parallèle. La ligule est membraneuse, bilobée, longue de 2 à 5 millimètres.

Appareil reproducteur. L’inflorescence est un épi dense, ovoïde à ellipsoïde, long de 4 à 7 centimètres, porté par un pédoncule distinct, issu directement du rhizome (indépendant des pseudo-tiges feuillées), haut de 15 à 30 centimètres. Les bractées sont imbriquées, ovales, vert pâle à jaunâtres, à marge souvent rougeâtre. Les fleurs sont zygomorphes, trimères, éphémères. Le calice est tubulaire, membraneux, tridenté. La corolle est tubulaire, à 3 lobes, de couleur jaune-verdâtre. Le labelle (pétale modifié) est ovale, trilobé, de couleur pourpre à violet foncé avec des macules jaunes, plus grand que les pétales. L’étamine fertile est unique, flanquée de 2 staminodes pétaloïdes. L’ovaire est infère, triloculaire. La floraison est rare en culture et la plante ne produit généralement pas de fruits viables. La multiplication est exclusivement végétative, par division du rhizome.


Écologie et répartition géographique

Zingiber officinale est une espèce exclusivement cultivée, dont le centre d’origine présumé se situe en Asie du Sud-Est tropicale humide. La plante est cultivée dans toutes les régions tropicales et subtropicales du monde : Asie (Inde, Chine, Népal, Bangladesh, Thaïlande, Indonésie, Japon), Afrique (Nigeria, Sierra Leone, Cameroun, Éthiopie), Amérique (Jamaïque, Brésil, Pérou, Costa Rica), Océanie (Australie, Fidji, Hawaï).

L’Inde est le premier producteur mondial avec environ 2 millions de tonnes par an (chiffres 2023), suivie de la Chine, du Népal, de l’Indonésie et du Nigeria. Les principaux États producteurs en Inde sont le Kerala, le Karnataka, le Meghalaya, l’Assam et l’Arunachal Pradesh.

Le gingembre requiert un climat tropical ou subtropical chaud et humide, avec des températures optimales de 25 à 30 °C et une pluviométrie annuelle de 1 500 à 3 000 millimètres, bien répartie sur la saison de croissance. Il tolère un ombrage partiel (30 à 50 %) et est souvent cultivé en intercalaire dans les plantations de cocotiers ou d’aréquiers. Les sols idéaux sont des sols limoneux-sableux, profonds, bien drainés, riches en matière organique, de pH 5,5 à 6,5. Le gingembre est sensible à l’engorgement hydrique, qui favorise les pourritures du rhizome.

Le cycle cultural dure 8 à 10 mois selon les régions et les cultivars. La plantation s’effectue au début de la saison des pluies, par mise en terre de fragments de rhizome (« semenceaux ») de 25 à 50 grammes portant 1 à 2 bourgeons. La récolte intervient lorsque les feuilles jaunissent et se dessèchent, signe de maturité du rhizome.


Écologie, conservation et culture

Zingiber officinale est une espèce exclusivement cultivée et ne présente aucun problème de conservation. C’est l’une des cultures d’épices les plus importantes au monde, avec une production mondiale estimée à plus de 4 millions de tonnes de rhizome frais par an.

La culture est pratiquée sous les tropiques entre 0 et 1 500 mètres d’altitude. La plantation s’effectue en début de saison des pluies (mars-mai en Inde) par mise en terre de fragments de rhizome de 25 à 50 grammes, espacés de 20 à 25 centimètres, dans des sillons ou des buttes, à une profondeur de 5 à 8 centimètres. Un paillage organique épais (10-15 cm de feuilles mortes, paille de riz ou cosses de coco) est essentiel pour maintenir l’humidité, réguler la température du sol et limiter les adventices.

La fertilisation organique est traditionnellement privilégiée (fumier, compost, tourteau de neem). Les besoins en eau sont de 1 500 à 2 500 mm répartis sur 8 à 10 mois. L’irrigation d’appoint est nécessaire en période sèche. Les principaux problèmes phytosanitaires sont la pourriture molle du rhizome (Pythium spp.), le flétrissement bactérien (Ralstonia solanacearum), les nématodes à galles (Meloidogyne spp.) et le charançon du rhizome (Aspidiella hartii).

La récolte du gingembre frais intervient 6 à 7 mois après la plantation (gingembre vert, pour la confiserie et le marché frais), tandis que la récolte du gingembre sec se fait à 8 à 10 mois (maturité complète). Les rendements varient de 15 à 25 tonnes de rhizome frais par hectare en culture intensive.

De nombreux cultivars sont reconnus, différant par la taille et la forme du rhizome, la teneur en fibres, l’arôme, la pungence et le rendement en huile essentielle. Les cultivars indiens les plus réputés sont Rio de Janeiro, Maran, Nadia et Varada.



III. PARTIES UTILISÉES

La drogue officinale est le rhizome (Zingiberis rhizoma). On distingue plusieurs formes commerciales :

Gingembre frais (Zingiberis rhizoma recens) : rhizome non pelé ou partiellement pelé, juteux, charnu, utilisé en cuisine et en médecine traditionnelle chinoise sous le nom de shengjiang (生姜). La teneur en gingérols est maximale dans le rhizome frais.

Gingembre séché (Zingiberis rhizoma siccum) : rhizome pelé ou non, séché au soleil ou dans des séchoirs. C’est la drogue officinale des pharmacopées européenne et française. Le séchage provoque la conversion partielle des gingérols (thermolabiles) en shogaols (plus piquants et plus stables), modifiant le profil organoleptique et pharmacologique.

Gingembre confit : rhizome conservé dans le sucre, utilisé en confiserie et en cuisine.

La Pharmacopée européenne (monographie 01/2017:1522) définit Zingiberis rhizoma comme le rhizome, entier ou coupé, pelé ou non pelé, séché, de Zingiber officinale Roscoe. La drogue doit contenir au minimum 15 ml/kg d’huile essentielle (drogue desséchée) et les caractères chromatographiques (CCM) doivent montrer la présence de gingérols et de shogaols.

L’huile essentielle de gingembre, obtenue par hydrodistillation du rhizome frais ou sec, est également officinale. Elle est de couleur jaune pâle, de consistance fluide, avec une odeur chaude, épicée, légèrement citronnée. Le rendement est de 1 à 3 % (m/m).



IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

Le rhizome de gingembre contient une oléorésine (4 à 7,5 % de la masse sèche) renfermant les composés responsables de la saveur piquante, une huile essentielle (1 à 3 %) responsable de l’arôme, et divers autres constituants.

Phénylalcanones et phénylalcénones (fraction piquante)

Zingiber officinale — planche Köhler (1887)
Zingiber officinale
Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1887

Les composés responsables de la pungence du gingembre appartiennent à la classe des vanillylamides :

  • Gingérols — famille de composés phénoliques dont le [6]-gingérol est le représentant majoritaire (1 à 3 % de la drogue sèche). La série comprend le [4]-gingérol, le [6]-gingérol, le [8]-gingérol, le [10]-gingérol et le [12]-gingérol, différant par la longueur de la chaîne latérale aliphatique. Le [6]-gingérol est le composé le plus abondant et le plus étudié pharmacologiquement.
  • Shogaols — produits de déshydratation des gingérols correspondants, formés lors du séchage et du stockage. Le [6]-shogaol est le plus abondant dans le gingembre séché. Les shogaols sont environ deux fois plus piquants que les gingérols correspondants et présentent une activité pharmacologique souvent supérieure.
  • Paradols — produits de réduction des shogaols, présents en faible quantité.
  • Gingerdiones, gingerdiacétates, zingerone (vanillylacétone, responsable de l’arôme du gingembre cuit).

Huile essentielle (fraction aromatique)

L’huile essentielle contient principalement des sesquiterpènes hydrocarbonés : zingibérène (20-30 %, marqueur chimique), ar-curcumène, bêta-sesquiphellandrène, bêta-bisabolène, alpha-farnésène. Les monoterpènes sont également présents : camphène, bêta-phellandrène, cinéole, géranial, néral, linalol, bornéol. La composition varie considérablement selon l’origine géographique, le cultivar et les conditions de culture.

Autres composés

Le rhizome contient de l’amidon (40-60 % de la masse sèche), des protéines (environ 9 %), des lipides (3-8 %), des fibres (3-8 %), des diarylheptanoïdes (apparentés à la curcumine), des flavonoïdes (quercétine, kaempférol, rutine) et des vitamines (C, B6, niacine).



V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Activité antiémétique

L’activité antiémétique constitue la propriété pharmacologique la plus solidement établie du gingembre. Le mécanisme est multiple et implique :

  • Un antagonisme des récepteurs sérotoninergiques 5-HT3 au niveau de la zone chémoréceptrice du plancher du quatrième ventricule et au niveau des afférences vagales gastro-intestinales. Le [6]-gingérol et le [6]-shogaol se lient au récepteur 5-HT3 avec une affinité comparable à celle de l’ondansétron.
  • Un antagonisme des récepteurs de la substance P (récepteurs NK1) dans le centre du vomissement.
  • Une action prokinétique gastrique : les gingérols accélèrent la vidange gastrique en stimulant la motilité antrale, ce qui contribue à l’effet antiémétique en réduisant la distension gastrique.
  • Une action anticholinergique périphérique modérée.

Activité anti-inflammatoire

Le [6]-gingérol et le [6]-shogaol inhibent de manière dose-dépendante la synthèse des prostaglandines et des leucotriènes par double inhibition de la cyclo-oxygénase (COX-1 et COX-2) et de la 5-lipoxygénase (5-LOX). Cette double inhibition, rare parmi les anti-inflammatoires conventionnels, confère au gingembre un profil anti-inflammatoire original. Les gingérols inhibent également la production de TNF-α, d’IL-1β et de NO par les macrophages activés, via l’inhibition de la voie NF-kB.

In vivo, les extraits de gingembre réduisent l’œdème de la patte de rat induit par la carragénine, avec une efficacité comparable à celle de l’indométacine aux doses étudiées.

Activité antioxydante

Les gingérols et shogaols sont de puissants piégeurs de radicaux libres (radical hydroxyle, radical superoxyde, radical peroxyle). Le [6]-shogaol est environ 3 fois plus antioxydant que le [6]-gingérol dans les tests DPPH et ORAC. L’activité antioxydante est renforcée par les flavonoïdes et les diarylheptanoïdes présents dans le rhizome.

Activité sur le métabolisme lipidique

Des études précliniques et cliniques préliminaires montrent un effet hypocholestérolémiant et hypotriglycéridémiant, par inhibition de l’absorption intestinale du cholestérol, stimulation de la conversion hépatique du cholestérol en acides biliaires, et activation de la lipoprotéine lipase.

Activité antiagrégante plaquettaire

Les gingérols inhibent la synthèse du thromboxane A2 plaquettaire par inhibition de la thromboxane synthase, réduisant l’agrégation plaquettaire in vitro. L’effet in vivo à doses alimentaires est cependant considéré comme cliniquement peu significatif.



VI. DONNÉES CLINIQUES

Nausées et vomissements de la grossesse

C’est l’indication clinique la plus robustement documentée. Une méta-analyse Cochrane (Viljoen et al., 2014) portant sur 12 essais cliniques randomisés (1 278 femmes enceintes) a conclu que la supplémentation en gingembre (1 à 1,5 g/jour de poudre de rhizome pendant 4 à 7 jours) réduisait significativement la fréquence des nausées et le nombre d’épisodes vomitifs par rapport au placebo au premier trimestre de grossesse, sans augmentation du risque d’effets indésirables maternels ou fœtaux.

Deux essais comparatifs avec la vitamine B6 (pyridoxine) à 75 mg/jour ont montré une efficacité comparable du gingembre (1 g/jour) à celle de la pyridoxine pour le soulagement des nausées gravidiques.

Nausées et vomissements postopératoires

Une méta-analyse (Chaiyakunapruk et al., 2006) portant sur 5 essais randomisés (363 patients) a montré qu’une dose fixe de 1 g de poudre de gingembre administrée avant l’intervention chirurgicale réduisait significativement l’incidence des nausées postopératoires (RR 0,68 ; IC 95 % : 0,48-0,98) par rapport au placebo.

Nausées chimio-induites

Ryan et al. (2012) ont conduit un essai multicentrique randomisé en double aveugle sur 576 patients cancéreux recevant une chimiothérapie, montrant que la supplémentation en gingembre (0,5 à 1 g/jour pendant 6 jours autour de chaque cycle) réduisait significativement la sévérité des nausées chimio-induites, en particulier le jour du traitement, par rapport au placebo.

Mal des transports

Plusieurs essais cliniques ont évalué l’efficacité du gingembre contre le mal des transports, avec des résultats mitigés. Lien et al. (2003) ont montré un effet protecteur significatif du gingembre (1 à 2 g) contre la cinétose induite par stimulation optokinétique. D’autres essais n’ont pas retrouvé de supériorité significative par rapport au placebo ou à la scopolamine.

Arthrose et douleurs musculosquelettiques

Altman et Marcussen (2001) ont conduit un essai randomisé en double aveugle sur 261 patients atteints de gonarthrose, montrant qu’un extrait standardisé de gingembre (255 mg, 2 fois par jour pendant 6 semaines) réduisait significativement la douleur au mouvement et le handicap fonctionnel par rapport au placebo. Une méta-analyse ultérieure (Bartels et al., 2015) a confirmé un effet antalgique modeste mais statistiquement significatif dans l’arthrose.

Dysménorrhée

Plusieurs essais randomisés ont montré que la poudre de gingembre (750 mg à 2 g/jour pendant les 3 premiers jours des menstruations) réduisait significativement la douleur menstruelle, avec une efficacité comparable à celle de l’ibuprofène (400 mg) ou de l’acide méfénamique (250 mg) dans les essais comparatifs.


Indications thérapeutiques retenues

  • Prévention et traitement des nausées et vomissements de la grossesse (premier trimestre) : niveau de preuve A (méta-analyse Cochrane)
  • Prévention des nausées et vomissements postopératoires : niveau de preuve A
  • Nausées chimio-induites (en adjuvant des antiémétiques standards) : niveau de preuve B
  • Mal des transports : niveau de preuve B (résultats hétérogènes)
  • Arthrose (soulagement symptomatique de la douleur) : niveau de preuve B
  • Dysménorrhée primaire : niveau de preuve B
  • Dyspepsie fonctionnelle et troubles digestifs : niveau de preuve C (usage traditionnel, données précliniques)

Le gingembre est reconnu, sur la base d’essais cliniques, pour la prévention des nausées et vomissements liés au mal des transports, et d’usage traditionnel pour le traitement symptomatique des troubles digestifs mineurs. La Commission E allemande approuve l’usage pour la dyspepsie et la prévention du mal des transports.



VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
[6]-gingérol Gingérol (phénol) Antiémétique, anti-inflammatoire
[6]-shogaol Shogaol Anti-inflammatoire, antioxydant (gingembre séché)
Zingibérène Sesquiterpène (HE) Aromatique, carminatif
Gingérdiones Cétones phénoliques Anti-inflammatoires

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Poudre de rhizome en gélules. C’est la forme la plus couramment utilisée et la plus étudiée cliniquement. Posologie antiémétique : 250 mg, 4 fois par jour, soit 1 g par jour. Pour les nausées de grossesse : 250 mg, 4 fois par jour pendant au maximum 4 jours consécutifs. Pour le mal des transports : 1 à 2 g, 30 minutes à 1 heure avant le voyage.

Extrait sec standardisé. Standardisé à 5 % de gingérols totaux ou à un ratio gingérols/shogaols défini. Posologie : 100 à 300 mg, 2 à 3 fois par jour.

Teinture mère. Préparée à partir de rhizome frais dans de l’éthanol à 70 %. Posologie : 1 à 3 ml, 3 fois par jour.

Infusion. 1 à 2 grammes de rhizome frais râpé ou 0,5 à 1 gramme de poudre de rhizome sec par tasse d’eau bouillante, infuser 5 à 10 minutes. 2 à 4 tasses par jour.

Huile essentielle. Usage interne (sur avis professionnel) : 1 à 2 gouttes sur un support, 2 à 3 fois par jour. Usage externe : en massage dilué (5 à 10 %) dans une huile végétale pour les douleurs musculaires et articulaires.

Rhizome frais. L’usage alimentaire (5 à 10 grammes par jour) apporte une dose pharmacologiquement active de gingérols et contribue à l’effet antiémétique et digestif.



IX. TOXICOLOGIE

Toxicité aiguë. La DL50 par voie orale chez le rat est supérieure à 5 g/kg pour l’oléorésine de gingembre, attestant d’une toxicité aiguë très faible. Le gingembre est classé GRAS (Generally Recognized As Safe) par la FDA américaine.

Sécurité pendant la grossesse. Les données de sécurité chez la femme enceinte sont rassurantes. La méta-analyse de Viljoen et al. (2014) n’a pas mis en évidence d’augmentation du risque de malformations congénitales, de fausse couche, d’accouchement prématuré ou de petit poids de naissance chez les femmes ayant consommé du gingembre pendant le premier trimestre. Le registre norvégien des naissances (68 522 grossesses) a confirmé l’absence de risque tératogène. Néanmoins, par prudence, la posologie ne devrait pas dépasser 1 à 1,5 g/jour et la durée de traitement devrait être limitée à quelques jours.

Effets indésirables. Aux doses thérapeutiques, les effets indésirables sont rares et bénins : brûlures d’estomac et reflux gastro-œsophagien (surtout à doses élevées), éructations à saveur de gingembre, diarrhée légère, irritation buccale et œsophagienne (en cas de prise de poudre sans suffisamment d’eau). Des cas isolés de dermatite de contact ont été rapportés lors de manipulations prolongées du rhizome frais.

Contre-indications. Obstruction des voies biliaires (effet cholérétique), lithiase biliaire symptomatique. L’utilisation avant une intervention chirurgicale est débattue en raison de l’effet antiagrégant plaquettaire théorique, bien que les données cliniques ne confirment pas d’augmentation du risque hémorragique aux doses alimentaires et thérapeutiques.

Interactions médicamenteuses. Les interactions cliniquement significatives sont considérées comme faibles aux doses thérapeutiques. Une interaction théorique existe avec les anticoagulants oraux (effet antiagrégant plaquettaire additif) et les antidiabétiques oraux (effet hypoglycémiant additif modeste). La prudence est recommandée en cas de co-administration avec la warfarine, bien qu’une étude pharmacocinétique contrôlée n’ait pas montré d’altération significative de l’INR chez des volontaires sains.



X. USAGES HISTORIQUES

Le gingembre est l’une des plus anciennes plantes médicinales et aromatiques connues de l’humanité. Sa domestication remonte à au moins 5 000 ans en Asie du Sud-Est. Les plus anciens textes médicaux sanskrits (Charaka Samhita, Sushruta Samhita) le mentionnent sous le nom de shunthi (sec) ou ardrakam (frais) comme un remède universel, un vishwabheshaja (« remède du monde »).

En Ayurveda, le gingembre est considéré comme l’un des remèdes les plus importants. Le gingembre frais (ardrakam) est réputé antiémétique, apéritif et digestif. Le gingembre sec (shunthi) est considéré comme plus puissant et utilisé pour les affections respiratoires, les douleurs articulaires et comme tonique digestif. Il entre dans la composition du célèbre Trikatu (mélange de gingembre, poivre noir et poivre long).

En médecine traditionnelle chinoise, le gingembre frais (shengjiang, 生姜) est utilisé depuis plus de 2 500 ans pour disperser le froid extérieur, réchauffer le Poumon, arrêter les vomissements et détoxifier. Le gingembre séché (ganjiang, 干姜) réchauffe le Centre et disperse le froid interne. Le gingembre carbonisé (paojiang) arrête les hémorragies.

Dans l’Antiquité gréco-romaine, le gingembre était une épice de luxe importée d’Orient. Dioscoride (1er siècle) le recommandait pour les troubles digestifs et comme antidote. Pline l’Ancien mentionnait son usage contre les douleurs oculaires. Au Moyen Âge, il fut l’une des épices les plus prisées en Europe, utilisée aussi bien en cuisine qu’en médecine.

La médecine traditionnelle arabe (tibb unani) considère le gingembre comme « chaud et sec au troisième degré », indiqué pour les troubles digestifs, les affections respiratoires et l’impuissance. Il est l’un des ingrédients de la célèbre ma’jun (confiture médicinale).


Risques de confusion

Le risque de confusion est limité pour le rhizome entier, dont la morphologie, l’odeur et la saveur sont très caractéristiques. Cependant, certaines confusions peuvent survenir :

Curcuma longa L. (curcuma) : le rhizome séché en poudre peut être confondu ou mélangé frauduleusement au gingembre en poudre. Le curcuma se distingue par sa couleur orange vif intense et sa saveur terreuse, peu piquante.

Alpinia officinarum Hance (galanga) : cette Zingibéracée voisine est parfois commercialisée sous le nom de « gingembre chinois ». Le rhizome est plus petit, plus dur, à saveur camphrée et épicée différente.

Zingiber zerumbet (L.) Roscoe ex Sm. (gingembre amer, shampoo ginger) : espèce proche, à rhizome extrêmement amer, utilisée localement en médecine traditionnelle mais non interchangeable avec le gingembre officinal.

La chromatographie (CCM, HPLC) avec identification des gingérols et du zingibérène est la méthode de référence pour confirmer l’authenticité de la drogue.



XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Zingiber officinale est l’une des plantes médicinales les mieux documentées scientifiquement, avec un corpus de données cliniques robuste pour l’indication antiémétique. Son profil de sécurité remarquable, y compris pendant la grossesse, en fait un recours thérapeutique de choix dans des situations cliniques où les options pharmacologiques conventionnelles sont limitées ou déconseillées.

Les perspectives de recherche actuelles incluent l’approfondissement de l’activité anti-inflammatoire dans l’arthrose et les maladies inflammatoires chroniques, l’exploration du potentiel antidiabétique et hypolipidémiant, le développement de formulations à biodisponibilité améliorée (les gingérols étant rapidement métabolisés par glucuronoconjugaison), et l’étude des effets neuroprotecteurs des shogaols dans les modèles de neurodégénérescence.

La standardisation des préparations reste un enjeu important, car la teneur et le ratio gingérols/shogaols varient considérablement selon la forme galénique (rhizome frais versus sec) et les conditions de transformation. L’élaboration de monographies pharmacopéiques harmonisées au niveau international contribuera à garantir la qualité et l’efficacité des produits commercialisés.



XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

  • Viljoen E. et al. A systematic review and meta-analysis of the effect and safety of ginger in the treatment of pregnancy-associated nausea and vomiting. Nutrition Journal, 2014, 13 : 20.
  • Chaiyakunapruk N. et al. The efficacy of ginger for the prevention of postoperative nausea and vomiting: a meta-analysis. American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2006, 194(1) : 95-99.
  • Ryan J.L. et al. Ginger (Zingiber officinale) reduces acute chemotherapy-induced nausea: a URCC CCOP study of 576 patients. Supportive Care in Cancer, 2012, 20(7) : 1479-1489.
  • Altman R.D., Marcussen K.C. Effects of a ginger extract on knee pain in patients with osteoarthritis. Arthritis & Rheumatism, 2001, 44(11) : 2531-2538.
  • Bartels E.M. et al. Efficacy and safety of ginger in osteoarthritis patients: a meta-analysis of randomized placebo-controlled trials. Osteoarthritis and Cartilage, 2015, 23(1) : 13-21.
  • Semwal R.B. et al. Gingerols and shogaols: Important nutraceutical principles from ginger. Phytochemistry, 2015, 117 : 554-568.
  • Mao Q.Q. et al. Bioactive compounds and bioactivities of ginger (Zingiber officinale Roscoe). Foods, 2019, 8(6) : 185.
  • Pharmacopée européenne. Monographie Zingiberis rhizoma (01/2017:1522). 9e édition, Strasbourg, 2017.
  • Bruneton J. Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales. 5e édition, Lavoisier Tec & Doc, Paris, 2016.
  • Ravindran P.N., Babu K.N. (éd.). Ginger: The genus Zingiber. CRC Press, Boca Raton, 2005.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★★☆ Antiémétique (nausées, mal des transports, grossesse)
  • ★★★☆☆ Anti-inflammatoire
  • ★★★☆☆ Digestif / carminatif
  • ★★☆☆☆ Antioxydant

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