
Le curcuma, Curcuma longa L., est une plante herbacée tropicale de la famille des Zingibéracées dont le rhizome jaune vif est utilisé depuis des millénaires comme épice, colorant et remède dans les civilisations d’Asie du Sud. Connu sous le nom de haldi en hindi, de haridra en sanskrit et de jianghuang (姜黄) en chinois, il occupe une place centrale dans la cuisine indienne (composant majeur du curry), dans les rituels religieux hindous et dans la médecine ayurvédique, où il est prescrit comme anti-inflammatoire, hépatoprotecteur et cicatrisant. L’identification de la curcumine par Vogel et Pelletier dès 1815 en fait l’une des premières molécules naturelles isolées de l’histoire de la chimie.
Aujourd’hui, avec plus de 15 000 publications référencées sur PubMed, Curcuma longa est l’une des plantes médicinales les plus étudiées au monde. La curcumine a démontré des activités anti-inflammatoires, antioxydantes, anticancéreuses, neuroprotectrices et antimicrobiennes dans un nombre impressionnant d’études précliniques. Cependant, sa très faible biodisponibilité orale constitue un défi pharmacocinétique majeur qui tempère l’enthousiasme suscité par les données in vitro et conduit à un débat scientifique nourri sur la réalité de son efficacité clinique.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Curcuma longa L. appartient à la famille des Zingiberaceae, ordre des Zingiberales, clade des Commélinidées (APG IV). Le genre Curcuma L. comprend environ 120 espèces réparties principalement en Asie tropicale. L’espèce a été décrite par Linné en 1753. Le synonyme Curcuma domestica Valeton est encore rencontré mais n’est pas accepté. La plante est un hybride triploïde stérile (2n = 3x = 63), probablement originaire d’une hybridation ancienne entre espèces sauvages, qui ne se reproduit que par voie végétative.
Les analyses phylogénétiques (ITS, matK) placent C. longa dans la section Curcuma, proche de C. aromatica Salisb. (curcuma aromatique), C. zedoaria (Berg.) Roscoe (zédoaire) et C. xanthorrhiza Roxb. (curcuma de Java).
Le nom Curcuma dérive de l’arabe kurkum (safran), par analogie de couleur. L’épithète longa (long) décrit la forme du rhizome. Les noms vernaculaires incluent : curcuma, safran des Indes, terre-mérite (français), turmeric (anglais), Gelbwurz (allemand), haldi (hindi), haridra (sanskrit), ukon (ウコン, japonais).
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
A. Port général

Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1887
Curcuma longa est une plante herbacée vivace de 60 à 100 cm de hauteur, à port dressé, émergeant d’un rhizome souterrain ramifié. Le port est élégant, les grandes feuilles formant un bouquet vertical et l’inflorescence s’élevant au centre. L’aspect général évoque celui du gingembre (Zingiber officinale), mais avec un feuillage plus ample.
B. Appareil végétatif
Le rhizome, organe officinal, est constitué d’un rhizome principal (« rhizome mère ») ovoïde de 3 à 5 cm, duquel partent des rhizomes secondaires (« doigts ») cylindriques, de 3 à 10 cm de longueur et de 1 à 2 cm de diamètre. L’épiderme est brun pâle à grisâtre, annelé par les cicatrices des écailles foliaires. La section révèle un parenchyme d’un jaune orangé intense (dû aux curcuminoïdes), aromatique, à odeur chaude et camphrée, à saveur épicée, amère et légèrement piquante. Des canaux sécréteurs d’huile essentielle parcourent le parenchyme.
Les feuilles sont alternes, distiques, engainantes à la base, formant un pseudo-tronc. Le limbe est oblong-lancéolé, de 30 à 60 cm de longueur et de 10 à 20 cm de largeur, à apex acuminé, entier, glabre, d’un vert vif. La nervation est pennée parallèle. Le pétiole-gaine est de 20 à 40 cm.
C. Appareil reproducteur
L’inflorescence est un épi dense, cylindrique, de 10 à 20 cm, porté par un pédoncule robuste émergeant du centre de la touffe foliaire ou directement du rhizome. L’épi est composé de bractées imbriquées, verdâtres dans la partie inférieure (fertiles) et rosées à violacées au sommet (stériles, constituant la « coma » décorative). Les fleurs, insérées à l’aisselle des bractées, sont zygomorphes, trimères, tubulaires, jaune pâle. Le labelle (pétale modifié) est jaune vif, émarginé. L’étamine fertile est unique (les deux autres sont transformées en staminodes pétaloïdes). L’ovaire est infère, triloculaire.
La plante étant triploïde, elle est stérile et ne produit pas de graines viables. La reproduction est exclusivement végétative, par division des rhizomes. Cette stérilité est un indice fort de l’ancienneté de la domestication.
D. Phénologie
En conditions tropicales, le cycle végétatif débute avec les premières pluies de la mousson (juin en Inde). Le feuillage se développe pendant 6 à 7 mois. La floraison intervient en août-septembre. Les parties aériennes sénescent en décembre-janvier (saison sèche), les rhizomes entrant en dormance. La récolte s’effectue 9 à 10 mois après la plantation, lorsque les parties aériennes jaunissent et se dessèchent.
E. Habitat naturel
L’habitat originel de C. longa est incertain en raison de la domestication ancienne et de la stérilité de l’espèce. Elle est vraisemblablement originaire du sous-continent indien ou de l’Asie du Sud-Est continentale. L’espèce requiert un climat tropical humide, avec des températures de 20 à 35 °C, des précipitations annuelles de 1 000 à 2 500 mm et une saison sèche marquée (nécessaire à la dormance). Elle préfère les sols profonds, fertiles, bien drainés, riches en matière organique, à pH légèrement acide à neutre (5,5-7,0). Elle ne tolère pas l’engorgement hydrique.
F. Distribution géographique
L’Inde est le premier producteur mondial (environ 80 % de la production globale), avec plus de 250 000 hectares cultivés, principalement dans les États d’Andhra Pradesh, Tamil Nadu, Odisha, Karnataka et Maharashtra. Les autres pays producteurs incluent le Bangladesh, la Chine (Sichuan, Guizhou), l’Indonésie, le Viêtnam, le Pérou et Madagascar. La production mondiale dépasse un million de tonnes de rhizomes frais par an.
G. Associations végétales
En culture, le curcuma est fréquemment associé en systèmes agroforestiers avec des arbres fournissant un ombrage partiel (cocotiers, manguiers, aréquiers). En rotation, il succède au riz ou précède des légumineuses. En intercalaire, il est associé au gingembre, au piment, au maïs ou à la canne à sucre.
III. PARTIES UTILISÉES
Le rhizome (Curcumae longae rhizoma) constitue la drogue officinale, inscrite à la Pharmacopée européenne (monographie 01/2017:2543). Après la récolte, les rhizomes subissent un traitement spécifique :
1. Cuisson (ébullition pendant 30 à 60 minutes dans l’eau ou la vapeur) : cette étape gélatinise l’amidon, distribue uniformément les curcuminoïdes dans le parenchyme, inactive les enzymes et durcit le rhizome.
2. Séchage au soleil (7 à 15 jours) jusqu’à une teneur en eau de 8-10 %.
3. Polissage (frottement mécanique) pour lisser la surface et donner l’aspect commercial caractéristique.
La poudre de curcuma, jaune orangé intense, est obtenue par broyage des rhizomes séchés. C’est la forme la plus largement commercialisée, tant en alimentation qu’en phytothérapie.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
Le rhizome de Curcuma longa contient deux groupes principaux de métabolites bioactifs : les curcuminoïdes et l’huile essentielle.
Curcuminoïdes — Les curcuminoïdes sont des diarylheptanoïdes, polyphénols à structure dicinnamoylméthane. Ils représentent 2 à 8 % de la masse sèche du rhizome. Trois composés majeurs sont identifiés :
— Curcumine (diferuloylméthane) : composé majoritaire (75-80 % des curcuminoïdes totaux). Pigment jaune intense, point de fusion 183 °C, insoluble dans l’eau à pH neutre, soluble dans l’éthanol, le DMSO et les corps gras. C’est le principe actif le plus étudié.
— Déméthoxycurcumine (DMC) : 10-20 % des curcuminoïdes. Différence structurale : un seul groupement méthoxy.
— Bisdéméthoxycurcumine (BDMC) : 2-5 % des curcuminoïdes. Absence de groupement méthoxy.
Huile essentielle — L’huile essentielle (2-7 % de la masse sèche) est composée principalement de turmérone (ar-turmérone, α-turmérone, β-turmérone : 40-60 %), de zingibérène (15-25 %), de curlone (3-8 %) et de 1,8-cinéole (3-6 %). L’ar-turmérone possède des propriétés anti-inflammatoires et neuroprotectrices propres.
Autres composés — Polysaccharides (ukonane A) à activité immunostimulante ; turmérine (peptide antioxydant) ; amidon (30-40 %) ; protéines (6-8 %) ; minéraux (potassium, fer, manganèse).
La Pharmacopée européenne exige une teneur minimale de 2,0 % en dérivés du dicinnamoylméthane (exprimés en curcumine, par spectrophotométrie à 425 nm) et de 25 mL/kg d’huile essentielle (par hydrodistillation). Le dosage HPLC des trois curcuminoïdes permet un contrôle qualité plus précis.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
La curcumine est une molécule pléiotrope qui interagit avec plus de 60 cibles moléculaires identifiées. Cette polyvalence, si elle est pharmacologiquement remarquable, soulève aussi des interrogations sur la spécificité de ses effets.
Anti-inflammation — La curcumine inhibe la voie NF-κB en bloquant la phosphorylation de l’IKKβ et la dégradation de l’IκBα. Elle inhibe directement les enzymes COX-2 et 5-LOX, réduisant la production de prostaglandines (PGE2) et de leucotriènes (LTB4). Elle bloque l’inflammasome NLRP3, plateforme clé de l’immunité innée, réduisant la production d’IL-1β. Elle inhibe la sécrétion de TNF-α, d’IL-6 et d’IL-8 par les macrophages et les cellules dendritiques.
Activité antioxydante — La curcumine piège les radicaux hydroxyle, superoxyde et peroxyle. Elle active la voie Nrf2/ARE, induisant l’expression de l’hème oxygénase-1 (HO-1), de la SOD, de la catalase et de la glutathion réductase. Paradoxalement, à haute concentration, la curcumine peut exercer un effet pro-oxydant dans les cellules tumorales, contribuant à son activité anticancéreuse.
Activité anticancéreuse — La curcumine inhibe la prolifération cellulaire en bloquant le cycle en phase G2/M et en inhibant les voies PI3K/Akt/mTOR et Wnt/β-caténine. Elle induit l’apoptose par la voie mitochondriale (augmentation de Bax, diminution de Bcl-2, activation des caspases 3 et 9). Elle inhibe l’angiogenèse tumorale (réduction du VEGF) et les métalloprotéases matricielles (MMP-2, MMP-9), réduisant le potentiel invasif. Ces effets sont bien documentés in vitro et dans des modèles animaux ; leur transposition clinique est limitée par la biodisponibilité.
Neuroprotection — La curcumine traverse faiblement la barrière hémato-encéphalique mais se lie au peptide β-amyloïde, inhibant sa fibrillation et favorisant sa clairance. L’ar-turmérone stimule la neurogenèse dans la zone sous-ventriculaire et le gyrus denté. La curcumine réduit la neuroinflammation microgliale et augmente les taux de BDNF.
Biodisponibilité — Le défi pharmacocinétique majeur de la curcumine est sa très faible biodisponibilité orale (< 1 %). Les causes sont multiples : faible solubilité aqueuse, métabolisme de premier passage hépatique rapide (conjugaison en glucuronides et sulfates), élimination biliaire rapide. Des stratégies d'amélioration ont été développées : association avec la pipérine (inhibiteur de la glucuronidation, augmentation de la biodisponibilité de 2 000 %), nanoparticules lipidiques, micelles, complexes phospholipidiques (phytosomes) et curcumine amorphe.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Arthrose — L’essai de Henrotin et al. (2014, BMC Complement Altern Med), randomisé en double aveugle chez 150 patients, a montré qu’un extrait de curcuma bio-optimisé (Meriva, complexe phytosomique, 1 000 mg/jour, 8 mois) réduisait significativement les scores de douleur (WOMAC), la consommation d’AINS et les marqueurs biologiques de l’inflammation (CRP). Une méta-analyse de Daily et al. (2016, J Med Food) portant sur 8 essais a confirmé l’efficacité de la curcumine sur la douleur et la fonction articulaire dans l’arthrose du genou.
Syndrome de l’intestin irritable (SII) — Bundy et al. (2004, J Altern Complement Med) ont rapporté une réduction significative des symptômes abdominaux avec un extrait de curcuma standardisé (72 mg de curcumine, 2 comprimés par jour, 8 semaines) chez 207 patients atteints de SII.
Dyslipidémie — Qin et al. (2017, Nutr J), dans une méta-analyse de 7 essais (n = 649), ont conclu à une réduction significative des triglycérides (-21 mg/dL) et du LDL-cholestérol (-14 mg/dL) avec la curcumine, sans effet significatif sur le HDL-cholestérol.
Dépression — Lopresti et al. (2014, J Affect Disord) ont conduit un essai randomisé en double aveugle chez 56 patients, montrant que la curcumine (1 000 mg/jour, BCM-95, 8 semaines) réduisait significativement les scores de dépression (IDS-SR30) par rapport au placebo, avec un effet comparable à celui de la fluoxétine dans une étude comparative (Sanmukhani et al., 2014).
Cancer — Les essais cliniques en cancérologie sont préliminaires. Des études de phase I/II ont montré que la curcumine (8 g/jour) était biologiquement active et bien tolérée chez des patients atteints de cancer pancréatique (Dhillon et al., 2008, Clin Cancer Res), mais les effets cliniques restent modestes.
Limites et controverses — Nelson et al. (2017, J Med Chem) ont publié un article provocateur qualifiant la curcumine de « PAINS » (Pan-Assay Interference Compound) et de « IMPS » (Invalid Metabolic Panaceas), suggérant que nombre de ses activités biologiques in vitro seraient des artefacts liés à ses propriétés physico-chimiques (fluorescence, agrégation, réactivité chimique non spécifique). Ce débat souligne l’importance de distinguer les effets du rhizome total (phytocomplexe incluant l’huile essentielle et les polysaccharides) de ceux de la curcumine isolée.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Curcumine | Curcuminoïde | Anti-inflammatoire, antioxydant majeur |
| Déméthoxy- et bisdéméthoxycurcumine | Curcuminoïdes | Anti-inflammatoires |
| ar-turmérone | Sesquiterpène (HE) | Anti-inflammatoire, neuroprotecteur |
| Turmérine | Peptide | Antioxydant |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Poudre de rhizome — 1 à 3 g par jour (cuillère à café rase), incorporée dans l’alimentation ou en gélules de 500 mg. La poudre totale contient l’ensemble du phytocomplexe (curcuminoïdes + huile essentielle + polysaccharides).
Extrait standardisé à 95 % de curcuminoïdes — 500 à 1 500 mg par jour, en 2 à 3 prises avec un repas gras pour améliorer l’absorption. Association recommandée avec la pipérine (5-10 mg) pour augmenter la biodisponibilité.
Complexe phytosomique (Meriva) — Curcumine complexée à la lécithine de soja (phosphatidylcholine). 500 à 1 000 mg par jour. Biodisponibilité multipliée par 29 par rapport à la curcumine standard.
Curcumine micellaire (NovaSOL) — Micelles de curcumine dans un tensioactif (polysorbate 80). Biodisponibilité multipliée par 185 par rapport à la poudre native.
Curcumine nanoparticulaire (Theracurmin) — Nanoparticules submicroniques. Biodisponibilité multipliée par 27.
Teinture mère (1:5) — 2 à 5 mL par jour. Extraction hydroalcoolique (éthanol 50-70 %).
Lait d’or (golden milk) — Préparation traditionnelle ayurvédique : 1 cuillère à café de poudre de curcuma dans 250 mL de lait chaud (vache, amande ou coco), avec une pincée de poivre noir et une cuillère d’huile de coco. Consommation quotidienne.
IX. TOXICOLOGIE
La curcumine et la poudre de curcuma sont considérées comme sûres par la FDA (statut GRAS — Generally Recognized As Safe). La DL50 orale chez le rat est supérieure à 12 g/kg pour la curcumine. Les études de toxicité chronique (2 ans) n’ont pas révélé de toxicité significative à 10 000 ppm dans l’alimentation chez le rat.
Effets indésirables — Troubles gastro-intestinaux dose-dépendants (nausées, diarrhée, douleurs abdominales) à haute dose (> 4 g/jour de curcumine). Des cas d’hépatotoxicité idiosyncrasique ont été rapportés en Europe depuis 2018, associés à des compléments de curcumine à haute dose ou à biodisponibilité augmentée. L’ANSES (France) a émis un avis de vigilance en 2022, recommandant la prudence avec les formes à biodisponibilité améliorée.
Interactions médicamenteuses — La curcumine inhibe les CYP3A4, CYP2C9, CYP1A2 et la glycoprotéine P, pouvant augmenter les concentrations plasmatiques de nombreux médicaments (immunosuppresseurs, anticoagulants, statines, antirétroviraux). L’association avec les anticoagulants (warfarine) est à surveiller (potentialisation du risque hémorragique). L’effet hypoglycémiant additif avec les antidiabétiques impose une surveillance glycémique.
Contre-indications — Obstruction des voies biliaires (effet cholérétique puissant), calculs biliaires, grossesse à haute dose (effet utérotonique chez l’animal), traitement anticoagulant (surveillance renforcée). Les formes à biodisponibilité augmentée doivent être utilisées avec prudence chez les patients présentant une fragilité hépatique.
X. USAGES HISTORIQUES
Le curcuma est l’une des épices les plus utilisées au monde. En Inde, la consommation quotidienne moyenne est estimée à 1,5-2 g de poudre par habitant. Il est le composant principal des mélanges de curry, auxquels il confère sa couleur jaune caractéristique. Il est utilisé dans la préparation du riz, des légumes, des viandes, des soupes et des condiments. En pâtisserie indienne, il colore les laddu et les barfi.
Comme colorant alimentaire (E100, curcumine), il est utilisé dans les moutardes, les fromages, les boissons et les confiseries en Occident. L’industrie textile utilise le curcuma comme teinture jaune depuis l’Antiquité, bien que sa résistance à la lumière soit faible.
En Ayurveda, le curcuma (haridra) est l’un des remèdes les plus polyvalents, prescrit en usage interne (anti-inflammatoire, digestif, hépatoprotecteur) et externe (pâte cicatrisante sur les plaies, le visage — le masque de curcuma est un rituel de beauté nuptial indien). Il est classé comme ushna virya (nature chaude) et katu rasa (saveur piquante), capable de pacifier les trois doshas.
La pâte de curcuma frais, appliquée sur le visage de la mariée (haldi ceremony), est un rituel incontournable des mariages hindous, symbolisant la purification, la protection et la beauté.
Intérêt écologique
Curcuma longa est une plante cultivée sans forme sauvage connue, dont l’intérêt écologique est principalement agronomique. En systèmes agroforestiers tropicaux, la culture du curcuma sous couvert arboré contribue à la diversification des systèmes de production, à la couverture du sol et à la lutte contre l’érosion pendant la mousson.
Les rhizomes de curcuma possèdent des propriétés allélopathiques : les curcuminoïdes et les sesquiterpènes libérés dans le sol inhibent la germination de certaines adventices, réduisant le besoin en herbicides. Les propriétés antimicrobiennes de la poudre de curcuma sont exploitées comme biopesticide en protection des récoltes stockées (traitement des grains de riz et de blé pour prévenir les attaques d’insectes et de champignons).
Les fleurs de curcuma, bien que discrètes, sont visitées par divers pollinisateurs (abeilles, papillons), contribuant à la biodiversité entomologique des paysages agricoles tropicaux. Cependant, la stérilité de la plante (triploïdie) rend sans objet la pollinisation pour la reproduction.
La culture intensive en monoculture, pratiquée dans certaines régions d’Inde, peut entraîner un appauvrissement des sols et une augmentation des maladies telluriques (pourriture des rhizomes par Pythium, Fusarium et Ralstonia solanacearum). La rotation culturale et l’amendement organique sont essentiels pour maintenir la durabilité de la production.
Confusions et adultérations
Plusieurs espèces du genre Curcuma sont commercialisées et peuvent être confondues :
— Curcuma aromatica Salisb. (curcuma aromatique, wild turmeric) : rhizome jaune pâle à blanc, plus aromatique que C. longa, à profil en curcuminoïdes distinct (teneur plus faible en curcumine, plus élevée en turmérone). Utilisé en cosmétique indienne et en médecine traditionnelle, il ne doit pas être substitué à C. longa en thérapeutique.
— Curcuma zedoaria (Berg.) Roscoe (zédoaire) : rhizome à odeur camphrée, pauvre en curcuminoïdes, riche en sesquiterpènes (curcumol, furanodiènes). Utilisé en médecine chinoise sous le nom de e zhu (莪术).
— Curcuma xanthorrhiza Roxb. (curcuma de Java, temu lawak) : rhizome d’Asie du Sud-Est, riche en xanthorrhizol (phénol sesquiterpénique). Inscrit à la Pharmacopée européenne sous une monographie distincte.
— Adultération par le Curcuma longa de qualité inférieure ou par des colorants synthétiques : l’ajout de métanil yellow (colorant azoïque interdit) ou de tartrazine (E102) à la poudre de curcuma est une fraude fréquente en Inde et au Bangladesh. La détection repose sur la chromatographie et les tests colorimétriques spécifiques.
La distinction entre espèces repose sur la couleur de la section du rhizome (jaune orangé intense pour C. longa, jaune pâle pour C. aromatica, gris-bleu pour C. zedoaria), l’odeur, le profil HPLC des curcuminoïdes et l’analyse GC-MS de l’huile essentielle.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Curcuma longa est une plante médicinale et alimentaire majeure dont la curcumine constitue le principe actif le plus étudié en pharmacologie contemporaine. Les activités anti-inflammatoires, antioxydantes, anticancéreuses et neuroprotectrices, abondamment documentées in vitro et chez l’animal, reposent sur des mécanismes moléculaires multiples (inhibition de NF-κB, activation de Nrf2, modulation de plus de 60 cibles).
Cependant, la très faible biodisponibilité orale de la curcumine constitue un obstacle pharmacocinétique fondamental qui limite la transposition clinique des données précliniques. Les formulations à biodisponibilité améliorée (phytosomes, micelles, nanoparticules) représentent une avancée importante mais soulèvent de nouvelles questions de sécurité, comme en témoignent les cas d’hépatotoxicité récemment rapportés.
L’approche pharmacognosique la plus rationnelle privilégie l’utilisation du rhizome total (phytocomplexe curcuminoïdes + huile essentielle + polysaccharides) plutôt que la curcumine isolée, bénéficiant de la synergie entre les différentes classes de métabolites et d’un profil de sécurité éprouvé par des millénaires d’usage alimentaire. Les données cliniques les plus solides concernent l’arthrose, le syndrome de l’intestin irritable, la dyslipidémie et la dépression. La standardisation des extraits et le contrôle des adultérations demeurent des enjeux de qualité essentiels.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★★☆ Anti-inflammatoire
- ★★★★☆ Antioxydant
- ★★★☆☆ Cholérétique
- ★★★☆☆ Hépatoprotecteur