PSYLLIUM BLOND

Lecture : ~19 min
Planche botanique Psyllium blond

Psyllium blond — Plantago ovata Forssk.

Le psyllium blond, également connu sous le nom d’ispaghul ou d’ispaghula, est l’une des sources végétales de mucilages les plus utilisées au monde, tant en phytothérapie qu’en médecine conventionnelle. Inscrit dans toutes les grandes pharmacopées internationales, il occupe une place de choix dans la prise en charge des troubles du transit intestinal, de l’hypercholestérolémie et du diabète de type 2. Son tégument, extraordinairement riche en polysaccharides mucilagineux, possède une capacité de gonflement remarquable qui fonde l’essentiel de ses propriétés thérapeutiques. La présente monographie synthétise les données scientifiques les plus complètes relatives à cette plante dont l’apparente simplicité masque une richesse pharmacologique considérable.



I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Plantago ovata Forssk. appartient à la famille des Plantaginaceae, famille cosmopolite comprenant environ 1 900 espèces réparties en une centaine de genres. Le genre Plantago est le plus vaste de la famille, avec environ 250 espèces distribuées dans les régions tempérées et subtropicales du monde entier.

Classification systématique :

  • Règne : Plantae
  • Sous-règne : Tracheobionta
  • Division : Magnoliophyta
  • Classe : Magnoliopsida
  • Sous-classe : Asteridae
  • Ordre : Lamiales
  • Famille : Plantaginaceae
  • Genre : Plantago
  • Espèce : Plantago ovata Forssk.

L’espèce a été décrite par Peter Forsskål en 1775 dans sa Flora Aegyptiaco-Arabica. Le nom générique Plantago dérive du latin planta (plante du pied), en référence aux feuilles appliquées au sol de certaines espèces du genre. L’épithète ovata fait référence à la forme ovale des feuilles. Le nom « psyllium » vient du grec psylla (puce), en allusion à la petite taille et à la couleur des graines.

Synonymes nomenclaturaux : Plantago ispaghula Roxb. ex Fleming, Plantago decumbens Forssk. Le synonyme P. ispaghula reste très usité dans la littérature indienne et dans le commerce international. Le nom « ispaghul » ou « ispaghula » dérive du persan asp-ghol (oreille de cheval), en référence à la forme des graines.

Il convient de distinguer le psyllium blond (P. ovata) du psyllium noir ou psyllium brun (Plantago afra L., synonyme P. psyllium L.), espèce méditerranéenne dont les graines sont également riches en mucilages mais dont le tégument est moins épais et moins mucilagineux que celui de P. ovata.



II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Plantago ovata est une plante herbacée annuelle, acaule ou subcaulescente, de petite taille, atteignant 10 à 40 centimètres de hauteur, formant des touffes compactes.

Appareil végétatif. La racine est pivotante, mince, peu ramifiée, atteignant 10 à 20 centimètres de profondeur. Les feuilles sont toutes basales, disposées en rosette, linéaires à linéaires-lancéolées, longues de 5 à 20 centimètres, larges de 2 à 6 millimètres, sessiles ou brièvement pétiolées, entières ou légèrement denticulées, à 3 nervures parallèles, couvertes d’une pilosité blanchâtre douce (trichomes non glanduleux). La couleur est vert grisâtre à vert blanchâtre en raison de l’indument dense.

Appareil reproducteur. Les hampes florales sont nombreuses (10 à 30 par plante), grêles, dressées ou ascendantes, longues de 10 à 35 centimètres, pubescentes. Les inflorescences sont des épis cylindriques, ovoïdes à oblongs, denses, longs de 1,5 à 4 centimètres, portant 30 à 70 fleurs. Les bractées sont ovales, concaves, carénées, longues de 2 à 3 millimètres. Les fleurs sont petites, tétramères, hermaphrodites, protérandres (favorisant l’allopollinisation). Le calice est formé de 4 sépales scarieux, persistants. La corolle est membraneuse, tubulaire, à 4 lobes réfléchis, blanchâtre, avec un tube persistant. Les étamines sont au nombre de 4, longuement exsertes, à anthères blanches, bien visibles, oscillant au vent (pollinisation anémophile). L’ovaire est supère, biloculaire, surmonté d’un style filiforme. La floraison est brève, survenant 60 à 70 jours après le semis.

Le fruit est un pyxide (capsule à déhiscence circumscissile), ovoïde, long de 4 à 5 millimètres, s’ouvrant par un opercule transversal. Chaque pyxide contient 2 graines (rarement 1 ou 3). Les graines sont petites (1,5 à 3,5 millimètres de longueur), ovales à naviculaires (en forme de nacelle), lisses, brillantes, de couleur rose pâle à brun clair (d’où le qualificatif « blond »). Elles sont concaves sur la face ventrale, portant un hile ovale blanchâtre. La surface est recouverte d’un tégument (enveloppe) translucide, mucilagineux, qui gonfle considérablement au contact de l’eau.


Écologie et répartition géographique

Plantago ovata est originaire du bassin méditerranéen oriental, du Moyen-Orient et de l’Asie occidentale (Iran, Afghanistan, Pakistan, Inde nord-occidentale). Son aire de répartition naturelle s’étend des îles Canaries et de l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte) à travers le Moyen-Orient (Turquie, Syrie, Irak, Iran, Afghanistan) jusqu’au sous-continent indien (Pakistan, Inde — Rajasthan, Gujarat, Madhya Pradesh, Maharashtra).

L’Inde est de très loin le premier producteur mondial, avec environ 80 % de la production globale, concentrée dans les États du Rajasthan et du Gujarat. La production indienne annuelle dépasse 100 000 tonnes de graines et 50 000 tonnes de téguments (husk). L’Inde est également le premier exportateur mondial, principalement vers les États-Unis, l’Europe et le Japon.

La plante est une espèce de climat aride à semi-aride, adaptée aux régions à faible pluviométrie (100 à 400 millimètres par an). Elle est typiquement cultivée comme culture d’hiver (rabi) en Inde, semée en octobre-novembre et récoltée en mars-avril, tirant parti des températures fraîches et de la rosée matinale. Les températures optimales de croissance sont de 15 à 25 °C ; la floraison est inhibée au-dessus de 30 °C. Les sols préférentiels sont des sols sableux à sablo-limoneux, bien drainés, de pH neutre à légèrement alcalin (7,0 à 8,5).


Écologie, conservation et culture

Plantago ovata est une espèce cultivée à grande échelle et ne présente aucun problème de conservation. La culture est concentrée en Inde (Rajasthan, Gujarat) et, dans une moindre mesure, au Pakistan, en Iran, en Espagne (Castille-La Manche) et en France (sud-ouest).

La culture est pratiquée comme culture d’hiver (rabi) en conditions de faible irrigation ou en pluvial. Le semis s’effectue en octobre-novembre, à la volée ou en lignes espacées de 25 à 30 centimètres, à une densité de 4 à 6 kg de semences par hectare. La profondeur de semis est faible (0,5 à 1 cm). La plante requiert des sols légers, bien drainés, et une pluviométrie modérée (200 à 400 mm pendant le cycle). L’excès d’humidité à la récolte est le principal facteur de perte de rendement (éclatement des capsules et perte de graines).

La récolte intervient 120 à 130 jours après le semis, lorsque 75 % des capsules sont matures. La plante entière est coupée, mise en andains et battue après séchage au champ. Le rendement en graines est de 500 à 1 200 kg par hectare en culture traditionnelle, pouvant atteindre 2 000 kg en culture irriguée optimisée. Le tégument représente environ 25 à 30 % de la masse de la graine et est séparé industriellement par broyage et tamisage.

Les principaux défis de la culture sont la sensibilité à l’excès d’eau et aux maladies fongiques (mildiou : Peronospora plantaginis), la verse en cas de vent fort, et la difficulté de la récolte mécanique en raison de la petite taille de la plante et de la facilité d’égrenage des capsules.



III. PARTIES UTILISÉES

Deux drogues sont distinguées :

Graines de psyllium (Plantaginis ovatae semen) : graines entières, matures, séchées. La graine entière contient le tégument mucilagineux (25-30 % de la masse), l’albumen (endosperme) et l’embryon.

Tégument de graines de psyllium (Plantaginis ovatae seminis tegumentum) : enveloppe externe des graines, séparée mécaniquement par broyage et tamisage. Le tégument, communément appelé psyllium husk en anglais ou ispaghula husk, est la forme la plus utilisée en thérapeutique car il est environ 3 à 4 fois plus concentré en mucilages que la graine entière.

La Pharmacopée européenne (9e édition) comprend des monographies distinctes pour les deux drogues :

  • Plantaginis ovatae semen (01/2017:1154) : la drogue doit avoir un indice de gonflement minimum de 9 (méthode Ph. Eur.).
  • Plantaginis ovatae seminis tegumentum (01/2008:1094) : la drogue doit avoir un indice de gonflement minimum de 40.

L’indice de gonflement, qui mesure la capacité d’absorption d’eau du mucilage, est le critère de qualité principal. Les téguments de bonne qualité présentent des indices de gonflement de 40 à 80 ou davantage.



IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

Mucilages (polysaccharides)

Les mucilages constituent 20 à 30 % de la masse de la graine entière et 60 à 85 % de la masse du tégument. Ils sont composés principalement d’un hétéroxylane hautement ramifié, constitué :

  • D’une chaîne principale de résidus D-xylose liés en bêta-(1→4).
  • De ramifications fréquentes en positions O-2 et O-3, portant des résidus L-arabinose, D-xylose, L-rhamnose et D-acide galacturonique.

Le polysaccharide natif est constitué d’environ 75 % de D-xylose, 15 % de L-arabinose, 5 % de L-rhamnose, 3 % d’acide D-galacturonique et 2 % d’autres sucres. Le poids moléculaire est compris entre 500 000 et 2 000 000 daltons.

Ce polysaccharide est partiellement soluble dans l’eau froide (fraction soluble : 15-20 %) et très hygroscopique. Au contact de l’eau, il forme un gel visqueux et volumineux : 1 gramme de tégument peut absorber 40 à 60 fois son poids en eau. Cette propriété de gélification est la base de toutes les applications thérapeutiques.

Le mucilage de psyllium est classé parmi les fibres alimentaires solubles, bien qu’il contienne aussi une fraction insoluble (environ 20-30 %). La fraction soluble est fermentée lentement et partiellement par la flore colique, produisant des acides gras à chaîne courte (acétate, propionate, butyrate) en quantité modérée par rapport aux fibres hautement fermentescibles comme l’inuline.

Autres composés

La graine contient également des lipides (5-10 % de la graine entière), avec une prédominance d’acide linoléique (C18:2) et d’acide oléique (C18:1), des protéines (15-18 %), des stérols (bêta-sitostérol, campestérol, stigmastérol), des iridoïdes en traces (aucubine, catalpol) et des flavonoïdes.



V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Régulation du transit intestinal

Le psyllium est un laxatif de lest (laxatif de masse, bulk-forming laxative), agissant par un mécanisme purement physique :

  • Le mucilage hydraté forme un gel volumineux qui augmente le volume du bol fécal, stimulant le péristaltisme par distension mécanique des parois coliques (réflexe de Bayliss-Starling).
  • Le gel retient l’eau dans la lumière intestinale, ramollissant les selles et facilitant leur progression.
  • La viscosité du gel ralentit le transit dans l’intestin grêle (augmentation du temps de contact avec la muqueuse), mais accélère le transit colique par augmentation du volume fécal.

Fait remarquable, le psyllium normalise le transit dans les deux sens : il ramollit les selles dures (constipation) et raffermit les selles liquides (diarrhée), ce qui en fait un régulateur du transit plutôt qu’un simple laxatif. Ce double effet s’explique par la capacité du gel à absorber l’excès d’eau (effet antidiarrhéique) ou à céder de l’eau (effet laxatif) selon le contenu hydrique du côlon.

Effet hypocholestérolémiant

Le psyllium réduit le cholestérol sanguin par plusieurs mécanismes convergents :

  • Séquestration des acides biliaires : le gel de mucilage piège les acides biliaires dans la lumière intestinale, empêchant leur réabsorption dans le cycle entéro-hépatique. Le foie compense en convertissant davantage de cholestérol en acides biliaires, réduisant le pool de cholestérol hépatique.
  • Stimulation de l’expression des récepteurs LDL hépatiques : la diminution du cholestérol intrahépatique active la voie SREBP-2, augmentant l’expression des récepteurs du LDL-cholestérol à la surface des hépatocytes et accélérant la clairance du LDL-C circulant.
  • Inhibition de l’absorption intestinale du cholestérol : la viscosité du gel réduit la diffusion du cholestérol et des micelles biliaires vers la bordure en brosse entérocytaire.
  • Production d’acides gras à chaîne courte : le propionate, issu de la fermentation colique partielle du mucilage, inhibe la HMG-CoA réductase hépatique (mécanisme similaire aux statines, mais de moindre ampleur).

Effet hypoglycémiant

La viscosité du gel de psyllium dans l’intestin grêle ralentit la vidange gastrique, retarde l’absorption intestinale du glucose et atténue le pic glycémique postprandial. Le mécanisme est purement physique : le gel forme une barrière visqueuse à la surface de la muqueuse intestinale, réduisant la vitesse de diffusion du glucose vers les transporteurs SGLT1 et GLUT2 entérocytaires.

Effet prébiotique

La fermentation lente et partielle du mucilage par la flore colique favorise la production de butyrate, acide gras à chaîne courte aux propriétés trophiques pour les colonocytes, anti-inflammatoires et potentiellement anti-carcinogènes. Le psyllium favorise également la croissance de bactéries bénéfiques (Bifidobacterium, Lactobacillus) et modifie favorablement la composition du microbiote intestinal.



VI. DONNÉES CLINIQUES

Constipation chronique

L’efficacité du psyllium dans la constipation chronique est solidement établie par de nombreux essais cliniques. Une revue systématique (Suares et Ford, 2011) portant sur 7 essais randomisés contrôlés a confirmé la supériorité du psyllium sur le placebo pour améliorer la fréquence des selles et leur consistance. L’American Gastroenterological Association (AGA) recommande le psyllium comme traitement de première intention de la constipation chronique fonctionnelle (recommandation forte, niveau de preuve élevé).

Syndrome de l’intestin irritable

Une méta-analyse (Moayyedi et al., 2014) portant sur 12 essais randomisés a montré que les fibres solubles (principalement le psyllium) amélioraient significativement les symptômes globaux du syndrome de l’intestin irritable (SII), avec un NNT (number needed to treat) de 7. Le psyllium est recommandé par le NICE (National Institute for Health and Care Excellence) britannique comme première ligne de traitement du SII.

Hypercholestérolémie

Une méta-analyse (Wei et al., 2009) portant sur 21 essais randomisés (1 717 participants) a conclu que la supplémentation en psyllium (3 à 20,4 g/jour, durée médiane de 8 semaines) réduisait significativement le LDL-cholestérol de 0,28 mmol/L (-7 %) et le cholestérol total de 0,37 mmol/L (-6 %) par rapport au placebo, sans effet significatif sur le HDL-cholestérol ni les triglycérides. La FDA américaine autorise l’allégation de santé : « La consommation de fibres solubles de cosse de psyllium, dans le cadre d’un régime pauvre en graisses saturées et en cholestérol, peut réduire le risque de maladie cardiaque. »

Diabète de type 2

Gibb et al. (2015) ont réalisé une méta-analyse de 35 essais randomisés montrant que la supplémentation en psyllium (3,5 à 15 g/jour) réduisait significativement la glycémie à jeun (-37 mg/dL), l’hémoglobine glyquée (-0,97 %) et la glycémie postprandiale chez les patients diabétiques de type 2, en complément du traitement conventionnel.

Diarrhée

Plusieurs essais cliniques ont montré l’efficacité du psyllium pour réduire la fréquence et améliorer la consistance des selles chez des patients souffrant de diarrhée fonctionnelle ou de diarrhée associée à l’alimentation entérale.


Indications thérapeutiques retenues

  • Constipation chronique fonctionnelle : niveau de preuve A (recommandations AGA, NICE)
  • Syndrome de l’intestin irritable (tous sous-types) : niveau de preuve A (méta-analyse, recommandations NICE)
  • Hypercholestérolémie (adjuvant du régime diététique) : niveau de preuve A (méta-analyse, allégation FDA)
  • Diabète de type 2 (contrôle glycémique adjuvant) : niveau de preuve B
  • Diarrhée fonctionnelle : niveau de preuve B
  • Maintien de la régularité intestinale après chirurgie anorectale (hémorroïdectomie, fissurectomie) : niveau de preuve B

L’usage bien établi du tégument de graines de psyllium est reconnu pour le traitement de la constipation habituelle et pour les situations nécessitant des selles molles (fissures anales, hémorroïdes, post-chirurgie). La Commission E allemande approuve les mêmes indications.



VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Arabinoxylanes (hétéroxylane) Mucilages Laxatif de lest, régulateur du transit
Fibres solubles Polysaccharides Hypocholestérolémiantes, prébiotiques
Acides gras (linoléique, oléique) Lipides Constituants mineurs

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Tégument de graines (husk) en poudre ou en granulés. C’est la forme la plus courante. Posologie laxative : 3,5 à 7 grammes de tégument, 1 à 3 fois par jour, soit 7 à 21 grammes par jour. Chaque prise doit impérativement être accompagnée d’au moins 200 à 300 ml d’eau ou de liquide. Le tégument est mélangé au liquide, agité vigoureusement et bu immédiatement (le gel se forme en quelques minutes).

Graines entières. Posologie : 7 à 14 grammes par jour, en 2 à 3 prises, avec un grand verre d’eau. L’efficacité est environ 3 fois moindre que celle du tégument à poids égal.

Gélules de poudre de tégument. Moins pratiques en raison du nombre élevé de gélules nécessaires pour atteindre la dose efficace (environ 6 à 12 gélules de 500 mg pour une dose). L’avantage est d’éviter la texture désagréable du gel.

Sachets-doses. Formulations prêtes à l’emploi contenant le tégument, parfois aromatisé, à diluer dans un verre d’eau. C’est la forme la plus utilisée en officine (spécialités pharmaceutiques type Spagulax, Metamucil, Ispaghul Mucivital).

Posologie hypocholestérolémiante : 7 à 15 grammes de tégument par jour, en 2 à 3 prises avant les repas, pendant au moins 8 semaines. Posologie pour le contrôle glycémique : 5 à 15 grammes de tégument par jour, à prendre 15 à 30 minutes avant les repas principaux.

Recommandation essentielle : toujours prendre le psyllium avec une quantité suffisante de liquide (minimum 150 ml par dose) pour éviter le risque d’obstruction œsophagienne ou intestinale.



IX. TOXICOLOGIE

Toxicité aiguë. Le psyllium est considéré comme un produit de très faible toxicité. Aucune DL50 n’a été déterminée car il est impossible d’administrer des doses suffisantes pour provoquer une toxicité aiguë chez l’animal.

Effets indésirables. Les effets indésirables sont généralement bénins et transitoires :

  • Ballonnements et flatulences : fréquents en début de traitement (10-30 % des patients), diminuant avec le temps. L’introduction progressive des doses (augmentation sur 1 à 2 semaines) réduit ce désagrément.
  • Distension abdominale et inconfort gastrique.
  • Risque d’obstruction œsophagienne ou intestinale : en cas de prise avec insuffisamment de liquide ou en présence d’une sténose préexistante. Des cas graves (obstruction œsophagienne nécessitant une endoscopie) ont été rapportés, quasi exclusivement chez des patients ayant pris la poudre sèche sans eau suffisante.
  • Réactions allergiques : rares mais documentées, allant de la rhinite allergique à l’urticaire et exceptionnellement au choc anaphylactique. Le risque est plus élevé chez les professionnels manipulant la poudre (exposition par inhalation). La sensibilisation est liée aux protéines résiduelles de la graine, non aux polysaccharides.

Contre-indications. Occlusion intestinale ou fécalome, sténoses œsophagiennes ou gastro-intestinales, dysphagie, difficulté de déglutition, déshydratation sévère, atonie colique. Hypersensibilité connue au psyllium ou au plantain.

Interactions médicamenteuses. Le gel de mucilage peut retarder ou réduire l’absorption de médicaments administrés concomitamment. Il est recommandé d’espacer la prise de psyllium d’au moins 30 minutes à 1 heure de la prise de tout autre médicament oral. Interactions spécifiques rapportées avec le lithium (réduction de l’absorption), la carbamazépine, les digitaliques et la warfarine (effets cliniquement modestes mais justifiant une surveillance).



X. USAGES HISTORIQUES

L’usage médicinal du psyllium remonte à l’Antiquité. Les graines de Plantago spp. sont mentionnées dans les traités médicaux égyptiens, grecs et romains. Dioscoride (1er siècle) recommandait les graines de plantain pour les affections intestinales et les inflammations. Les médecins arabes médiévaux, notamment Avicenne (XIe siècle), décrivaient l’ispaghul comme un remède contre la constipation, la dysenterie, les hémorroïdes et les ulcères gastriques.

En Ayurveda, l’ispaghul (ashvagola, de ashva « cheval » et gola « oreille ») est utilisé depuis des siècles pour la constipation, la diarrhée, la dysenterie, les hémorroïdes et les troubles urinaires. Il est considéré comme émollient, rafraîchissant et régulateur de Pitta.

En médecine persane (Unani), l’ispaghul (isparzeh) est un remède traditionnel de la constipation, des inflammations intestinales, de la toux et des brûlures d’estomac. Il entre dans la composition de nombreuses formulations multi-ingrédients.

En médecine populaire pakistanaise et indienne, les graines entières trempées dans l’eau sucrée ou dans le lait sont consommées comme aliment rafraîchissant pendant les mois chauds, et comme remède contre la dysenterie et les troubles digestifs.

L’exploitation commerciale moderne a débuté en Inde au début du XXe siècle, avec une expansion massive dans les années 1960-1970 en réponse à la demande occidentale croissante pour les produits riches en fibres alimentaires.


Risques de confusion

La confusion la plus fréquente est avec le psyllium noir (Plantago afra L., synonyme P. psyllium L.) ou le psyllium de Provence (Plantago indica L., synonyme P. arenaria Waldst. & Kit.). Ces espèces méditerranéennes produisent des graines plus petites, plus foncées (brun à noir), avec un tégument moins épais et un indice de gonflement inférieur (4 à 10 contre 40 à 80 pour le tégument de P. ovata). Leurs propriétés sont qualitativement similaires mais quantitativement moindres.

Plantago major L. (grand plantain) et Plantago lanceolata L. (plantain lancéolé) : espèces communes en Europe, dont les graines contiennent des mucilages mais en quantité nettement insuffisante pour un usage laxatif de lest. Elles sont principalement utilisées pour leurs propriétés anti-inflammatoires (feuilles).

Les graines de lin (Linum usitatissimum L.) constituent une alternative thérapeutique au psyllium pour l’effet laxatif de lest, mais avec un profil phytochimique très différent (teneur élevée en acides gras oméga-3, lignanes) et un indice de gonflement moindre.



XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Le tégument de graines de Plantago ovata est l’un des produits phytothérapeutiques les plus solidement validés par la médecine fondée sur les preuves. Son mécanisme d’action, essentiellement physique et mécanique, en fait un traitement sûr et efficace, dépourvu de toxicité systémique, adapté à une utilisation prolongée. Ses bénéfices multiples sur le transit intestinal, le cholestérol, la glycémie et le microbiote intestinal en font un outil thérapeutique polyvalent, à la frontière entre l’alimentation fonctionnelle et le médicament.

Les perspectives de recherche incluent l’exploration des effets prébiotiques sur le microbiote intestinal (caractérisation des modifications taxonomiques et métabolomiques), l’évaluation dans la prévention du cancer colorectal (rôle du butyrate), le développement de nouvelles formes galéniques (microsphères de mucilage, matrices à libération contrôlée pour médicaments), et l’exploitation du mucilage comme biopolymère dans l’industrie alimentaire et pharmaceutique (émulsifiant, stabilisant, épaississant naturel).



XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

  • Suares N.C., Ford A.C. Systematic review: the effects of fibre in the management of chronic idiopathic constipation. Alimentary Pharmacology & Therapeutics, 2011, 33(8) : 895-901.
  • Moayyedi P. et al. The effect of fiber supplementation on irritable bowel syndrome: a systematic review and meta-analysis. American Journal of Gastroenterology, 2014, 109(9) : 1367-1374.
  • Wei Z.H. et al. Time- and dose-dependent effect of psyllium on serum lipids. European Journal of Clinical Nutrition, 2009, 63(7) : 821-827.
  • Gibb R.D. et al. Psyllium fiber improves glycemic control proportional to loss of glycemic control: a meta-analysis of data in euglycemic subjects, patients at risk of type 2 diabetes mellitus, and patients being treated for type 2 diabetes mellitus. American Journal of Clinical Nutrition, 2015, 102(6) : 1604-1614.
  • Singh B. Psyllium as therapeutic and drug delivery agent. International Journal of Pharmaceutics, 2007, 334(1-2) : 1-14.
  • Uehleke B. et al. A systematic review of Plantago ovata seed husk for the treatment of chronic constipation. Journal of Medicinal Plants Research, 2008, 2(7) : 174-181.
  • Pharmacopée européenne. Monographies Plantaginis ovatae semen (01/2017:1154) et Plantaginis ovatae seminis tegumentum (01/2008:1094). 9e édition, Strasbourg, 2017.
  • Bruneton J. Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales. 5e édition, Lavoisier Tec & Doc, Paris, 2016.
  • FDA. Food labeling: health claims; soluble fiber from certain foods and coronary heart disease. Federal Register, 1998, 63(32) : 8103-8121.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★★☆ Laxatif de lest
  • ★★★☆☆ Régulateur intestinal (diarrhée/constipation)
  • ★★★☆☆ Hypocholestérolémiant
  • ★★☆☆☆ Hypoglycémiant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués par *