
Centella asiatica — Centella asiatica (L.) Urb.
Petite herbacée rampante des zones tropicales humides, Centella asiatica est l’une des plantes médicinales les plus anciennement utilisées dans les médecines traditionnelles asiatiques. Surnommée « herbe du tigre » en Asie du Sud-Est, elle est réputée pour ses remarquables propriétés cicatrisantes et neuroprotectrices. Ses triterpènes pentacycliques, en particulier l’asiaticoside et l’acide asiatique, en font un sujet d’étude majeur en dermatologie, en neurologie et en médecine vasculaire.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Centella asiatica appartient à l’embranchement des Spermatophytes, sous-embranchement des Angiospermes, classe des Dicotylédones, ordre des Apiales, famille des Apiacées (Umbelliferae). Le genre Centella comprend environ 40 à 50 espèces réparties dans les régions tropicales et subtropicales. L’espèce a été décrite par Linné sous le nom de Hydrocotyle asiatica L. avant d’être transférée au genre Centella par Ignatz Urban en 1879.
Synonymes nomenclaturaux : Hydrocotyle asiatica L., Hydrocotyle lunata Lam., Trisanthus cochinchinensis Lour. Les noms vernaculaires sont très nombreux : gotu kola (cinghalais), brahmi (sanscrit, à ne pas confondre avec Bacopa monnieri), pegaga (malais), herbe du tigre (français), Indian pennywort (anglais), ji xue cao (chinois).
La classification APG IV confirme le placement dans les Apiacées, ordre des Apiales. Le genre Centella est phylogénétiquement proche des genres Hydrocotyle et Platysace, bien que les études moléculaires récentes aient montré que Centella est monophylétique et bien distinct.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Centella asiatica est une plante herbacée vivace, rampante et stolonifère, de petite taille (5 à 15 cm de hauteur). Les tiges sont grêles, glabres ou faiblement pubescentes, rampantes, s’enracinant aux nœuds et formant des touffes denses. Les stolons peuvent s’étendre sur plusieurs dizaines de centimètres, assurant une multiplication végétative efficace.
Les feuilles sont longuement pétiolées (5 à 15 cm), disposées en rosettes aux nœuds. Le limbe est réniforme à orbiculaire, de 2 à 6 cm de diamètre, à marge crénelée ou dentée. La base est profondément cordée, le sommet arrondi ou émarginé. La nervation est palmée, avec 5 à 7 nervures principales partant du point d’insertion du pétiole. La texture est légèrement charnue, la couleur vert vif à vert foncé. Le pétiole est glabre, cylindrique, parfois teinté de pourpre à la base.
Les inflorescences sont des ombelles simples, pauciflores (1 à 5 fleurs), portées par des pédoncules courts (1 à 3 cm) axillaires. Les fleurs sont très petites (1 à 2 mm), pentamères, à pétales blanc rosâtre ou blanc verdâtre, ovales. Le calice est réduit à des dents minuscules. Les étamines sont au nombre de cinq, alternant avec les pétales. L’ovaire est infère, biloculaire.
Le fruit est un diakène aplati latéralement, ovoïde, de 3 à 5 mm de long, réticulé, contenant deux méricarpes. Les graines sont minuscules, à albumen abondant.
Le système racinaire est fasciculé, constitué de racines adventives grêles issues des nœuds des stolons. La plante forme rapidement un tapis végétal dense dans les milieux favorables.
Écologie et répartition
Centella asiatica possède une distribution pantropicale et subtropicale remarquablement large. On la trouve à l’état spontané dans toute l’Asie du Sud et du Sud-Est (Inde, Sri Lanka, Chine méridionale, Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Vietnam), en Afrique tropicale et australe (Madagascar, Afrique de l’Est et du Sud), en Australie septentrionale et dans les zones tropicales des Amériques. Elle a été introduite et naturalisée dans de nombreuses régions tropicales et subtropicales du monde.
L’espèce est typiquement hygrophile, colonisant les milieux humides : bords de cours d’eau, fossés, rizières, prairies inondables, marécages, sous-bois humides. Elle tolère un ombrage partiel et préfère les sols riches en matière organique, humides à détrempés, à pH légèrement acide à neutre (5,5-7,0). L’altitude de répartition s’étend du niveau de la mer jusqu’à 2500 m dans l’Himalaya.
La pluviométrie optimale est de 1500 à 2500 mm par an. La plante supporte des températures allant de 10 à 40 °C, avec un optimum entre 20 et 30 °C. Elle ne tolère pas le gel prolongé. En zones subtropicales, elle peut se comporter comme une annuelle pendant la saison froide, repartant des stolons au printemps.
La pollinisation est entomophile (petits insectes) et la dissémination est principalement hydrochore (par l’eau) et végétative (par les stolons). Centella asiatica est considérée comme une adventice dans certaines régions, colonisant les pelouses, les cultures irriguées et les zones perturbées humides.
Écologie, durabilité et conservation
Centella asiatica est une espèce à large répartition et à fort potentiel de multiplication végétative, ce qui limite les risques d’extinction. Toutefois, la demande industrielle croissante (phytothérapie, cosmétique) a conduit à une intensification de la récolte sauvage, en particulier à Madagascar et en Inde.
À Madagascar, l’espèce est récoltée massivement pour l’industrie pharmaceutique française (Madecassol®). Des programmes de culture durable ont été mis en place, mais la cueillette sauvage persiste. L’espèce n’est pas menacée globalement (non inscrite sur la Liste rouge UICN), mais certaines populations locales peuvent subir une pression excessive.
La culture est relativement facile : multiplication végétative par stolons, faibles exigences en intrants, récoltes multiples. Des systèmes de culture biologique et de commerce équitable (FairTrade, FairWild) existent pour les filières malgaches et indiennes.
Écologiquement, Centella asiatica joue un rôle dans la stabilisation des berges et des sols humides, la protection contre l’érosion et le maintien de la biodiversité dans les zones humides tropicales. Sa présence est indicatrice de sols humides et riches.
III. PARTIES UTILISÉES
La drogue est constituée par les parties aériennes (feuilles et tiges stolonifères) récoltées sur la plante en pleine végétation. En médecine ayurvédique et en pharmacopée chinoise, la plante entière (parties aériennes + racines) est traditionnellement employée. La Pharmacopée européenne (Ph. Eur.) possède une monographie « Centella (parties aériennes de) — Centellae asiaticae herba » qui spécifie les caractéristiques de la drogue.
La drogue sèche se présente sous forme de fragments de tiges et de feuilles, de couleur vert-brun. L’odeur est faible, la saveur légèrement amère et astringente. La teneur minimale en dérivés triterpéniques totaux (exprimés en asiaticoside) exigée par la Ph. Eur. est de 6 % calculée par rapport à la drogue desséchée.
La récolte s’effectue de préférence pendant la saison de croissance active, à un stade où les feuilles sont bien développées. Plusieurs récoltes par an sont possibles (3 à 5) car la plante repousse rapidement après la coupe. Le séchage doit être rapide, à l’ombre ou en étuve à basse température (35-45 °C), pour préserver les triterpènes. Les conditions de stockage doivent minimiser l’exposition à l’humidité et à la lumière.
La culture de Centella asiatica est pratiquée à grande échelle en Inde (Kerala, Karnataka, Tamil Nadu), à Madagascar, en Chine et en Asie du Sud-Est. La multiplication se fait par éclats de stolons ou par semis. Des techniques de culture en hydroponie et en aéroponie ont été développées pour optimiser les rendements en principes actifs.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
La phytochimie de Centella asiatica est dominée par les triterpènes pentacycliques et leurs glycosides, qui constituent les marqueurs pharmacologiques de l’espèce. Les quatre composés majeurs, souvent désignés collectivement sous le nom de « fraction triterpénique totale de Centella asiatica » (TTFCA) ou « triterpènes totaux », sont :
Asiaticoside : glycoside triterpénique majeur (C₄₈H₇₈O₁₉, MM 959,12 g/mol), constitué d’un aglycone (acide asiatique) lié à un trisaccharide (glucose-glucose-rhamnose). Teneur dans la drogue : 1 à 8 % selon l’origine. C’est le composé le plus abondant et le mieux étudié.
Madécassoside : glycoside triterpénique (C₄₈H₇₈O₂₀, MM 975,12 g/mol), structurellement proche de l’asiaticoside, avec un groupement hydroxyle supplémentaire sur l’aglycone (acide madécassique). Teneur : 1 à 5 %.
Acide asiatique : aglycone triterpénique (C₃₀H₄₈O₅, MM 488,70 g/mol), de type ursane. Présent sous forme libre et comme aglycone de l’asiaticoside.
Acide madécassique : aglycone triterpénique (C₃₀H₄₈O₆, MM 504,70 g/mol), hydroxylé en position 6. Présent sous forme libre et comme aglycone du madécassoside.
D’autres triterpènes mineurs ont été identifiés : brahmoside, brahminoside, centelloside, isothankuniside, thankuniside. Des saponines stéroïdiques et des triterpènes libres (acide terminolique, acide 3-épimaslinique) complètent le profil triterpénique.
Outre les triterpènes, Centella asiatica contient des flavonoïdes (quercétine, kaempférol, catéchine, rutine), des acides phénoliques (acide chlorogénique, acide rosmarinique), des polyacétylènes (dont le cadiyénol), des huiles essentielles (monoterpènes, sesquiterpènes : β-caryophyllène, germacrène D, α-humulène), des phytostérols (β-sitostérol, stigmastérol, campestérol), des acides gras (palmitique, oléique, linoléique), des vitamines (C, B₁, B₂) et des minéraux (calcium, fer, magnésium).
Le dosage des triterpènes est réalisé par HPLC avec détection UV (à 206 nm) ou par HPLC-ELSD (détecteur évaporatif à diffusion de lumière). La spectrométrie de masse (LC-MS/MS) permet un profilage chimique complet.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Les propriétés pharmacologiques de Centella asiatica sont principalement attribuées à sa fraction triterpénique. Les mécanismes d’action sont multiples et bien documentés :
Activité cicatrisante et régénératrice cutanée : c’est la propriété la plus étudiée et la mieux établie. L’asiaticoside et l’acide asiatique stimulent la synthèse de collagène de type I et III par les fibroblastes dermiques, en activant la voie de signalisation TGF-β/Smad. Ils augmentent également la production de fibronectine et d’acide hyaluronique. L’asiaticoside favorise la prolifération des kératinocytes et l’angiogenèse dans le tissu de granulation. Des études in vivo (rat, lapin, porc) ont démontré une accélération significative de la fermeture des plaies cutanées, des brûlures et des ulcères.
Action veinotonique et vasculoprotectrice : la TTFCA renforce la paroi veineuse en stimulant la synthèse de collagène et d’élastine dans la tunique adventice des veines. Elle réduit la perméabilité capillaire et améliore la microcirculation. Cet effet est médié par une inhibition des métalloprotéinases matricielles (MMP-2, MMP-9) et une stabilisation de l’endothélium vasculaire.
Activité neuroprotectrice et nootrope : l’acide asiatique et l’asiaticoside exercent des effets neuroprotecteurs multiples : inhibition de l’apoptose neuronale (voie mitochondriale), réduction du stress oxydatif (augmentation du glutathion, de la superoxyde dismutase), diminution de la neuroinflammation (inhibition de NF-κB, réduction de TNF-α, IL-1β, IL-6), et stimulation de la neuritogenèse (élongation des dendrites et des axones). Des études chez le rongeur ont montré une amélioration de l’apprentissage et de la mémoire (labyrinthe de Morris, évitement passif), avec une augmentation de la potentialisation à long terme (LTP) dans l’hippocampe.
Activité anti-inflammatoire : les triterpènes inhibent la production de prostaglandines (via l’inhibition de la COX-2), de leucotriènes (via l’inhibition de la 5-LOX) et de cytokines pro-inflammatoires. L’acide madécassique est particulièrement actif sur l’inhibition de la voie NF-κB dans les macrophages activés.
Activité antioxydante : les flavonoïdes et les triterpènes contribuent à une activité antioxydante significative, avec piégeage des radicaux libres (DPPH, ABTS), inhibition de la peroxydation lipidique et chélation des métaux de transition.
Activité anxiolytique : l’acide asiatique module les récepteurs GABAergiques (potentialisation allostérique des récepteurs GABA-A) et sérotoninergiques, expliquant l’effet anxiolytique observé dans les modèles animaux (labyrinthe en croix surélevé, test en champ ouvert).
VI. DONNÉES CLINIQUES
L’utilisation clinique de Centella asiatica est soutenue par plusieurs décennies d’études, principalement dans les domaines de la dermatologie et de la phlébologie.
Insuffisance veineuse chronique (IVC) : la TTFCA (fraction triterpénique totale, commercialisée sous le nom de Madecassol®) a fait l’objet de plusieurs essais randomisés contrôlés contre placebo. Cesarone et al. (2001) ont montré une réduction significative de l’œdème des membres inférieurs et une amélioration de la microcirculation chez des patients atteints d’IVC traités par 60 mg de TTFCA deux fois par jour pendant 8 semaines. Pointel et al. (1987) avaient déjà rapporté des résultats similaires avec une amélioration des symptômes (lourdeur, douleur, crampes) et des paramètres pléthysmographiques. Une méta-analyse de Pittella et al. confirme un effet bénéfique modéré mais significatif dans l’IVC.
Cicatrisation des plaies et des brûlures : le Madecassol® (crème ou poudre contenant l’asiaticoside et le madécassoside) est utilisé depuis les années 1960 comme cicatrisant topique. Des études cliniques en chirurgie et en dermatologie ont montré une accélération de la cicatrisation des plaies chirurgicales, des brûlures du deuxième degré, des ulcères de jambe et des cicatrices hypertrophiques. Une étude randomisée de Widgerow et al. (2000) a confirmé l’efficacité d’une crème à base de centella dans la prévention des cicatrices hypertrophiques post-chirurgicales.
Sclérodermie : Soumyanath et al. ont étudié l’effet de la TTFCA dans la sclérodermie systémique, avec une amélioration de l’élasticité cutanée et une réduction de la fibrose cutanée dans un essai ouvert.
Cognition et anxiété : Wattanathorn et al. (2008) ont mené un essai randomisé, en double aveugle, contre placebo, chez des personnes âgées en bonne santé. L’administration de 250-750 mg d’extrait aqueux de centella par jour pendant 2 mois a amélioré la mémoire de travail et l’humeur (réduction de l’anxiété état). Jana et al. (2010) ont rapporté des résultats similaires chez des sujets anxieux. Dev et al. (2009) ont montré une amélioration de l’attention et du temps de réaction chez des sujets sains.
Cellulite et vergetures : l’application topique d’extraits de centella est largement utilisée en cosmétique pour le traitement de la cellulite et la prévention des vergetures pendant la grossesse. Les données cliniques sont moins robustes dans ces indications, bien que quelques études ouvertes rapportent des résultats favorables.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Asiaticoside | Saponine triterpénique | Cicatrisant, stimule le collagène |
| Madécassoside | Saponine triterpénique | Cicatrisant, anti-inflammatoire |
| Acide asiatique, acide madécassique | Triterpènes | Réparation tissulaire |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Les formes galéniques disponibles sont variées :
Extrait titré standardisé (TTFCA) : fraction triterpénique totale purifiée, standardisée à 40 % d’asiaticoside, 30 % d’acide asiatique et 30 % d’acide madécassique. Posologie : 30 à 60 mg deux à trois fois par jour (60 à 180 mg/jour). C’est la forme la mieux documentée cliniquement (Madecassol® comprimés).
Extrait sec hydroalcoolique : standardisé à 8-12 % de triterpènes totaux. Gélules de 300 à 500 mg, 2 à 3 fois par jour.
Poudre de plante : gélules de poudre de parties aériennes, 500 à 1000 mg deux à trois fois par jour. Forme traditionnelle, moins standardisée.
Teinture-mère : macération hydro-alcoolique de la plante fraîche. Posologie : 50 à 100 gouttes par jour en 2-3 prises.
Infusion : 1 à 2 g de drogue sèche dans 150 ml d’eau bouillante, infusion 10 minutes, 2 à 3 tasses par jour.
Formes topiques : crème, gel ou pommade à 1-2 % de TTFCA ou 0,5-1 % d’asiaticoside, application 2 fois par jour sur les zones concernées. Madecassol® crème 1 % et poudre pour application cutanée sont les spécialités de référence.
La durée du traitement est en général de 4 à 12 semaines dans l’IVC et la cicatrisation, et de 2 à 6 mois pour les indications neurologiques. Des cures intermittentes sont recommandées pour un usage prolongé (3 semaines de traitement, 1 semaine de pause).
IX. TOXICOLOGIE
Centella asiatica est considérée comme une plante de bonne innocuité, utilisée depuis des millénaires dans l’alimentation et la médecine traditionnelle asiatique (les feuilles sont consommées en salade au Sri Lanka et en Asie du Sud-Est).
La DL₅₀ orale chez le rat est très élevée (supérieure à 1 g/kg pour l’extrait standardisé), témoignant d’une faible toxicité aiguë. Les études de toxicité subchronique (90 jours) et chronique (6 mois) chez le rat n’ont pas révélé d’effets toxiques significatifs aux doses thérapeutiques.
Effets indésirables : ils sont rares et généralement bénins. Par voie orale : troubles digestifs mineurs (nausées, ballonnements, diarrhée), céphalées, vertiges. Par voie topique : des réactions allergiques de contact (dermatite de contact) ont été rapportées, en particulier chez des sujets sensibilisés aux Apiacées (réactivité croisée possible avec le céleri, le persil, la carotte, le fenouil).
Hépatotoxicité : quelques cas d’hépatite ont été rapportés dans la littérature (Jorge et Jorge, 2005 ; Dantuluri et al., 2011), suggérant un potentiel hépatotoxique idiosyncrasique rare. Un bilan hépatique est recommandé en cas de traitement prolongé (plus de 6 semaines). L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament, France) mentionne ce risque dans leurs rapports d’évaluation.
Contre-indications : hypersensibilité connue aux Apiacées, grossesse (données de sécurité insuffisantes par voie orale, bien que l’usage topique soit généralement considéré comme sûr), allaitement (données insuffisantes), insuffisance hépatique sévère.
Interactions médicamenteuses : des interactions théoriques avec les médicaments hépatotoxiques (paracétamol à forte dose, statines, antifongiques azolés) et les sédatifs (potentialisation de l’effet GABAergique) sont évoquées. Pas d’interaction cliniquement significative documentée à ce jour.
X. USAGES HISTORIQUES
Centella asiatica est l’une des plantes les plus vénérées des pharmacopées traditionnelles asiatiques. Son usage est documenté depuis plus de 3000 ans.
Ayurveda : sous le nom de « brahmi » (à ne pas confondre avec Bacopa monnieri, également appelée brahmi dans certaines régions), la centella est classée comme medhya rasayana, c’est-à-dire un tonique cérébral rajeunissant. Elle est prescrite pour améliorer la mémoire, l’intelligence et la concentration, pour traiter l’épilepsie, l’anxiété, l’insomnie et les troubles mentaux. Elle est également utilisée comme cicatrisant (prise interne et application locale), comme diurétique et comme traitement de la lèpre.
Médecine traditionnelle chinoise : sous le nom de ji xue cao (積雪草), la centella est classée comme « herbe qui clarifie la chaleur et élimine l’humidité ». Elle est prescrite dans les infections urinaires, les diarrhées, les ictères, les traumatismes et les morsures de serpent.
Médecine traditionnelle malaise et indonésienne : la plante est utilisée en cataplasme sur les plaies, les furoncles et les ulcères, et en boisson pour la mémoire et la longévité.
Afrique (Madagascar, Afrique du Sud) : les feuilles sont utilisées en infusion contre les rhumatismes, la lèpre, les ulcères gastriques et comme dépuratif général.
Une légende cinghalaise rapporte que les éléphants, connus pour leur longévité et leur mémoire prodigieuse, consomment régulièrement de la centella. Au Sri Lanka, la plante est consommée quotidiennement en salade (« gotukola sambola ») ou en jus frais, et est considérée comme un aliment de longévité.
Confusions et falsifications
La principale source de confusion est nomenclaturale : le nom « brahmi » est utilisé en Inde à la fois pour Centella asiatica et pour Bacopa monnieri, deux plantes aux propriétés nootropes distinctes. Cette ambiguïté persiste dans le commerce international et peut conduire à des substitutions. Bacopa monnieri se distingue aisément par ses feuilles sessiles, oblongues-spatulées, et ses fleurs bleues ou blanches, contrairement aux feuilles pétiolées, réniformes et aux fleurs minuscules de la centella.
D’autres espèces du genre Centella (notamment Centella villosa, Centella coriacea) ou du genre Hydrocotyle (Hydrocotyle sibthorpioides, Hydrocotyle vulgaris) peuvent être confondues avec C. asiatica, mais elles ne contiennent pas les mêmes profils de triterpènes et ne présentent pas les mêmes propriétés pharmacologiques.
Sur le marché des compléments alimentaires, l’adultération des extraits de centella par des extraits moins coûteux (extraits de thé, poudres de feuilles indéterminées) a été documentée. Le contrôle qualité par HPLC/HPTLC (empreinte chromatographique) est essentiel pour vérifier l’authenticité et la teneur en triterpènes.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Centella asiatica est une plante médicinale majeure dont le profil pharmacologique est remarquablement diversifié. Ses triterpènes pentacycliques, en particulier l’asiaticoside, l’acide asiatique et le madécassoside, en font un outil thérapeutique validé dans l’insuffisance veineuse chronique et la cicatrisation cutanée, et un candidat prometteur en neuroprotection et en oncologie.
Les perspectives de recherche sont nombreuses : développement de nanoformulations pour améliorer la biodisponibilité des triterpènes, études cliniques de grande envergure dans les maladies neurodégénératives (maladie d’Alzheimer, déclin cognitif lié à l’âge), évaluation du potentiel anticancéreux (inhibition de la prolifération, induction de l’apoptose tumorale), et optimisation agronomique pour une production durable et standardisée. La biotechnologie végétale (cultures de cellules, hairy roots) offre également des perspectives pour la production de triterpènes in vitro.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★★☆ Cicatrisant
- ★★★☆☆ Veinotonique
- ★★★☆☆ Anti-inflammatoire
- ★★☆☆☆ Nootrope (tradition)