MYRRHE ODORANTE

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Planche botanique Cerfeuil musqué

Malgré son nom vernaculaire de « myrrhe odorante », Myrrhis odorata n’a aucun lien botanique avec la vraie myrrhe des pharmacopées (Commiphora myrrha, Burseraceae). C’est une grande Apiacée vivace des prairies et lisières montagnardes d’Europe, appréciée pour son puissant parfum anisé et son port élégant. Tout dans cette plante évoque l’anis : feuilles froissées, graines mordues, racine grattée libèrent un arôme suave qui l’a fait adopter comme aromate, légume et plante de jardin depuis le Moyen Âge. Sa phytochimie, dominée par l’anéthole et d’autres phénylpropanoïdes, la rapproche du fenouil et de l’anis vert, avec des propriétés carminatives, digestives et expectorantes bien établies dans la tradition herboriste européenne.

Myrrhis odorata (L.) Scop.

Famille : Apiaceae (Umbelliferae)


I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

  • Famille : Apiaceae
  • Genre : Myrrhis (genre monospécifique)
  • Espèce : Myrrhis odorata (L.) Scop.
  • Noms vernaculaires : Myrrhe odorante, Cerfeuil musqué, Cerfeuil anisé, Cerfeuil d’Espagne, Fougère musquée. En anglais : sweet cicely, garden myrrh.

Étymologie : Le nom Myrrhis évoque la myrrhe par analogie d’odeur aromatique (le latin myrrha désignant toute résine odorante), et non par parenté botanique. L’épithète odorata souligne le caractère parfumé de toutes les parties de la plante. Le nom anglais sweet cicely fait référence à la douceur du goût et à la ressemblance foliaire avec la ciguë (Cicuta).


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Port et appareil végétatif

Myrrhis odorata est une plante herbacée vivace robuste, de 60 à 150 cm de hauteur, à souche épaisse et racine pivotante charnue. Les tiges sont dressées, creuses, cannelées, finement pubescentes, ramifiées dans la partie supérieure.

Feuilles

Les feuilles sont grandes, tripennatiséquées, mollement velues, d’un vert tendre, à segments finement découpés donnant un aspect de fougère. Elles dégagent une forte odeur d’anis au froissement. C’est l’une des premières plantes à émerger au printemps et l’une des dernières à perdre ses feuilles en automne, ce qui en fait un couvre-sol utile au jardin.

Fleurs et inflorescence

L’inflorescence est une ombelle composée lâche, à 5-10 rayons inégaux. Les fleurs sont blanches, les fleurs périphériques légèrement zygomorphes. L’involucre est absent ou réduit à une bractée. La floraison a lieu de mai à juillet.

Fruits

Le fruit est spectaculaire : un diakène de 20 à 25 mm de long, allongé, noir et luisant à maturité, à côtes saillantes. C’est l’un des plus grands fruits d’Apiacée européenne. La saveur des graines fraîches est intensément anisée et sucrée.


HABITAT, ÉCOLOGIE ET RÉPARTITION

La myrrhe odorante est une espèce montagnarde et submontagnarde, originaire des montagnes d’Europe méridionale et centrale (Pyrénées, Alpes, Apennins, Balkans, Carpates). Elle pousse dans les prairies fraîches, les mégaphorbiaies, les lisières forestières, les haies et les bords de chemins en altitude (800-2 000 m). Elle affectionne les sols riches en matière organique, frais à humides, neutres à basiques.

Largement cultivée dans les jardins d’herbes depuis le Moyen Âge, elle s’est naturalisée dans les régions de plaine au climat frais (Angleterre, Scandinavie, nord de la France). En France, elle est spontanée dans les Pyrénées, les Alpes, le Massif central et le Jura, et subspontanée dans les anciens jardins monastiques de plaine.


DIFFÉRENCIATION AVEC LES ESPÈCES PROCHES

  • Avec Anthriscus sylvestris (cerfeuil des bois) : feuilles similaires mais sans odeur anisée, fruits beaucoup plus petits (7-10 mm), lisses et non côtelés. Pas de confusion possible si l’on froisse les feuilles.
  • Avec Chaerophyllum spp. (cerfeuil sauvage) : tiges souvent tachées de pourpre, fruits plus petits, odeur non anisée.
  • Avec Conium maculatum (grande ciguë) : odeur fétide (souris, urine), tiges tachées de pourpre. Toxicité mortelle. La confusion est improbable en raison de l’odeur radicalement différente.

III. PARTIES UTILISÉES

Toutes les parties de la plante sont aromatiques et utilisables :

  • Feuilles : aromate frais, légume, infusion.
  • Graines (fruits) : épice, condiment, aromatisant de liqueurs.
  • Racine : légume-racine cuit, cordial aromatique.

IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

A. Huile essentielle et phénylpropanoïdes

L’huile essentielle, présente dans toutes les parties de la plante (0,3-1 % de la matière sèche dans les graines), est dominée par le trans-anéthole (60-90 %), le même composé qui donne au fenouil et à l’anis leur parfum caractéristique. D’autres phénylpropanoïdes sont présents : estragole (méthylchavicol), eugénol, myristicine à l’état de traces.

B. Sesquiterpènes

Le germacrène D et le bêta-caryophyllène complètent le profil de l’huile essentielle, contribuant à la complexité aromatique.

C. Flavonoïdes et acides phénoliques

Les feuilles contiennent des flavonoïdes (apigénine, lutéoline) et des acides phénoliques (acide chlorogénique, acide rosmarinique) en quantités modérées, contribuant à l’activité antioxydante.

D. Polyacétylènes

Comme la plupart des Apiacées, Myrrhis odorata contient des polyacétylènes (falcarinol) en faible quantité, principalement dans la racine.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Activité carminative et digestive

L’anéthole exerce un effet spasmolytique sur les muscles lisses du tractus gastro-intestinal, réduisant les spasmes, les ballonnements et les flatulences. Ce mécanisme, commun au fenouil et à l’anis, est bien documenté et constitue la propriété médicinale principale de la plante.

Activité expectorante

L’anéthole stimule la sécrétion du mucus bronchique et facilite l’expectoration, propriété classiquement attribuée aux plantes anisées. Cet usage est surtout empirique mais pharmacologiquement plausible.

Activité antioxydante

Les flavonoïdes et les acides phénoliques confèrent une activité antioxydante modérée aux extraits de feuilles, documentée par les tests DPPH et FRAP.

Activité oestrogénique faible

L’anéthole et ses métabolites possèdent une faible activité oestrogénique, documentée pour le fenouil et extrapolable à la myrrhe odorante. Cette propriété fonde l’usage traditionnel contre les troubles menstruels et pour favoriser la lactation, mais impose la prudence chez les femmes ayant un antécédent de cancer hormonodépendant.


PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Carminatif / Digestif
  • ★★☆☆☆ Expectorant
  • ★★☆☆☆ Antispasmodique
  • ★★☆☆☆ Antioxydant
  • ★☆☆☆☆ Galactogène (traditionnel)

VI. DONNÉES CLINIQUES

Il n’existe pas d’essai clinique spécifiquement consacré à Myrrhis odorata. Les données probantes reposent sur l’extrapolation des propriétés de l’anéthole, bien étudié dans le contexte du fenouil (Foeniculum vulgare) et de l’anis vert (Pimpinella anisum), et sur l’usage traditionnel européen bien documenté (plus de 500 ans).

Le niveau de preuve peut être qualifié de modéré pour les propriétés carminatives (par analogie avec le fenouil) et de faible pour les autres indications.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Trans-anéthole Métabolite Constituant
Estragole Métabolite Constituant
Eugénol Métabolite Constituant
Myristicine Métabolite Constituant
Germacrène d Métabolite Constituant

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Infusion : 2 à 4 g de feuilles fraîches (ou 1-2 g de feuilles séchées) dans 200 ml d’eau (départ à froid), 10 minutes. Deux à trois tasses par jour, après les repas.

Graines : 1 à 2 g de graines écrasées en infusion, comme le fenouil.

Teinture : plante fraîche 1:5 dans éthanol à 45°. 30 à 50 gouttes, deux à trois fois par jour.

L’huile essentielle n’est pas commercialisée couramment pour cette espèce, l’huile de fenouil ou d’anis étant préférée.


IX. TOXICOLOGIE

La myrrhe odorante est considérée comme une plante alimentaire sûre aux doses culinaires habituelles. L’estragole, présent à l’état de traces, est classé comme potentiellement génotoxique par l’EFSA, mais sa concentration dans la myrrhe odorante est très inférieure à celle de l’estragon ou du basilic tropical.

Contre-indications : par précaution, l’usage thérapeutique concentré (huile essentielle, extraits titrés) est déconseillé pendant la grossesse (effet oestrogénique potentiel de l’anéthole) et chez les personnes ayant un antécédent de cancer hormonodépendant.

Identification : la cueillette en milieu sauvage exige une identification sûre pour éviter toute confusion avec des Apiacées toxiques. Le critère olfactif (odeur d’anis) est le plus fiable.


X. USAGES HISTORIQUES

La myrrhe odorante est cultivée dans les jardins monastiques et les potagers européens depuis au moins le IXe siècle. Le Capitulare de Villis (vers 795), édit de Charlemagne sur les jardins royaux, mentionne le cerefolium, terme qui pourrait englober le cerfeuil musqué. Gérard (1597) et Parkinson (1629) la décrivent en détail comme plante de jardin aromatique et médicinale.

En Angleterre, les feuilles et les racines cuites étaient un légume courant des cottages jusqu’au XIXe siècle. En Scandinavie, les graines servaient à parfumer l’aquavit et les liqueurs traditionnelles. Dans les Alpes et les Pyrénées, l’infusion de feuilles était un remède populaire contre la toux, les maux d’estomac et les flatulences.


USAGE ALIMENTAIRE

La myrrhe odorante est un aromate et un légume polyvalent. Les feuilles fraîches, finement ciselées, parfument les salades, les omelettes, les soupes et les desserts. Elles servent d’édulcorant naturel pour les compotes de fruits acides (rhubarbe, groseille), réduisant le besoin de sucre ajouté. Les graines vertes, encore tendres, se croquent comme une friandise anisée. La racine, cuite à l’eau ou rôtie, a une saveur douce entre le céleri-rave et l’anis. Les tiges confites se préparent comme celles de l’angélique.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Myrrhis odorata est une Apiacée montagnarde au triple intérêt : aromate de jardin d’une finesse exceptionnelle, légume ancien à redécouvrir, et plante médicinale douce aux propriétés carminatives et expectorantes fondées sur l’anéthole. Sa phytochimie la rapproche du fenouil, avec un profil de sécurité favorable en usage culinaire. La myrrhe odorante mérite une place plus large dans les jardins et dans les cuisines, en tant que plante vivace rustique, productive et parfumée, héritière d’une tradition horticole et herboriste européenne de plusieurs siècles.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

  • Bruneton, J. — Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, 5e éd., Lavoisier, 2016.
  • Fournier, P.-V. — Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Omnibus, 1947.
  • Tison, J.-M. et de Foucault, B. — Flora Gallica, Biotope, 2014.
  • Guilhon, C.C. et al. — Characterisation of the essential oil of Myrrhis odorata, Flavour and Fragrance Journal, 2011.
  • Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens, Kew : Myrrhis odorata.
  • Tela Botanica, eFlore : Myrrhis odorata.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★☆☆☆ Expectorant (usage traditionnel)
  • ★★☆☆☆ Antispasmodique
  • ★★☆☆☆ Digestif
  • ★★☆☆☆ Carminatif

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