
Cucurbita pepo L.
Famille : Cucurbitaceae
La courge appartient à cette famille végétale généreuse qui nourrit, couvre le sol, produit abondamment et traverse les saisons. Dans le jardin, elle est expansion, feu large, vrille, fleur jaune et réserve automnale. Dans l’usage médicinal, ce ne sont pas tant ses chairs que ses graines qui retiennent l’attention pharmacognosique. Les graines de courge — ou pépins de courge — constituent l’une des drogues végétales les mieux validées pour le traitement symptomatique de l’hypertrophie bénigne de la prostate, indication soutenue par les monographies officielles de l’ESCOP et de la Commission E allemande.
La courge est donc une plante doublement utile : alimentaire par ses fruits, médicinale par ses graines — un concentré de phytostérols, d’acides gras insaturés et de minéraux qui fait d’elle un sujet d’étude pharmacognosique de premier plan.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Classification : Règne Plantae — Division Magnoliophyta — Classe Magnoliopsida — Ordre Cucurbitales — Famille Cucurbitaceae — Genre Cucurbita — Espèce Cucurbita pepo L.
Noms vernaculaires : Courge, Citrouille, Courgette, Pâtisson, Coloquinte ornementale (tous cultivars de C. pepo). En anglais : pumpkin, squash, zucchini. En allemand : Kürbis.
Étymologie : Cucurbita est le nom latin de la gourde, d’étymologie incertaine. L’épithète pepo, du grec pepôn (melon, courge cuite au soleil), désigne aussi le type de fruit caractéristique (péponide) : baie à écorce durcie, à graines aplaties, à placentation pariétale.
Le genre Cucurbita comprend cinq espèces cultivées principales : C. pepo, C. maxima (potiron), C. moschata (courge musquée), C. argyrosperma et C. ficifolia. Toutes sont originaires des Amériques.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Cucurbita pepo est une plante annuelle herbacée, rampante ou grimpante, à croissance rapide. Les tiges, anguleuses, creuses, hérissées de poils rudes, peuvent atteindre 5 à 10 m de longueur chez les cultivars coureuses. Des vrilles ramifiées, opposées aux feuilles, permettent l’ancrage sur les supports.
Les feuilles, alternes, sont grandes (20-40 cm), palmatilobées à 5 lobes, cordiformes à la base, rugueuses, à longs pétioles. La face supérieure porte souvent des marbrures argentées caractéristiques.
Les fleurs sont grandes (8-12 cm), jaune orangé vif, en entonnoir, unisexuées mais portées sur le même pied (monoécie). Les fleurs mâles, à pédoncule long, s’ouvrent le matin et se fanent en quelques heures. Les fleurs femelles, reconnaissables à l’ovaire infère renflé sous la corolle, sont pollinisées par les insectes, principalement les abeilles et les bourdons.
Le fruit (péponide) est extrêmement polymorphe selon les cultivars : rond, oblong, acorn-shaped, allongé (courgette), aplati (pâtisson), verruqueux (coloquinte ornementale). Les graines, aplaties, ovales, de 10 à 15 mm, à tégument blanc, lisse ou marginé, contiennent un embryon huileux riche en nutriments.
Écologie et répartition
Cucurbita pepo est originaire du Mexique et du sud des États-Unis, où les plus anciens vestiges archéobotaniques datent d’environ 10 000 ans — ce qui en fait l’une des premières plantes domestiquées au monde, antérieure au maïs et au haricot. Introduite en Europe au XVIe siècle par les conquistadors, elle est aujourd’hui cultivée sur tous les continents.
La courge est une plante thermophile, exigeante en chaleur (germination au-dessus de 15°C), en eau et en nutriments. Elle ne pousse pas à l’état sauvage en Europe, sauf subspontanément sur les tas de compost et les décombres.
III. PARTIES UTILISÉES
La drogue officinale est constituée des graines (Cucurbitae peponis semen), séchées et débarrassées de leur tégument externe dans certaines préparations. La Pharmacopée européenne exige un profil en acides gras et en phytostérols conforme aux spécifications.
L’huile de graines de courge, pressée à froid, est également utilisée en phytothérapie et en nutrition. Elle est d’un vert foncé caractéristique (pigments chlorophylliens et porphyrines) et possède un goût de noisette prononcé.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
Les graines de courge possèdent une composition phytochimique riche et complexe.
Acides gras insaturés : l’huile des graines (30-50 % de la matière sèche) est dominée par l’acide linoléique (45-60 %, oméga-6) et l’acide oléique (20-35 %, oméga-9). L’acide palmitique (10-15 %) et l’acide stéarique (5-8 %) complètent le profil.
Phytostérols : les graines contiennent des concentrations élevées de phytostérols (2 000-4 000 mg/kg d’huile), en particulier le delta-7-stérol (delta-7-stigmastérol, delta-7-avénastérol), spécifique des Cucurbitaceae, le bêta-sitostérol, le campestérol et le stigmastérol. Les phytostérols sont considérés comme les principaux responsables de l’activité sur l’hypertrophie bénigne de la prostate.
Protéines : teneur élevée (25-35 %), riche en arginine, en acide glutamique et en tryptophane.
Minéraux : les graines sont particulièrement riches en zinc (7-10 mg/100 g), en magnésium (550-600 mg/100 g), en fer (8-10 mg/100 g) et en sélénium. La teneur en zinc est l’une des plus élevées du règne végétal.
Tocophérols : gamma-tocophérol (forme principale de vitamine E dans les graines de courge), antioxydant lipophile majeur.
Cucurbitine : acide aminé non protéique (3-amino-3-carboxypyrrolidine), présent à des concentrations de 1 à 2 % dans les graines. La cucurbitine est responsable de l’activité anthelminthique (ténifuge) traditionnellement attribuée aux graines de courge.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Activité sur l’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) : c’est l’indication phare des graines de courge. Les phytostérols (delta-7-stérols, bêta-sitostérol) exercent une activité anti-androgénique locale par inhibition de la 5-alpha-réductase, enzyme qui convertit la testostérone en dihydrotestostérone (DHT) dans le tissu prostatique. La DHT est le principal médiateur hormonal de l’hyperplasie prostatique. Les phytostérols inhibent également l’aromatase et exercent un effet anti-inflammatoire local (inhibition de la COX et de la 5-LOX dans le tissu prostatique). Le zinc, abondant dans les graines, joue un rôle complémentaire : il est concentré dans le tissu prostatique sain et sa carence est associée à l’HBP.
Activité anthelminthique : la cucurbitine paralyse les vers plats (cestodes : ténia) par inhibition de la neurotransmission musculaire du parasite. Cet usage traditionnel, documenté depuis l’Antiquité, a été confirmé par des études parasitologiques. Le traitement consiste à consommer 200 à 400 g de graines décortiquées à jeun, suivi d’un purgatif léger. L’efficacité est moindre que celle des ténifuges de synthèse mais reste une option dans les contextes où ceux-ci ne sont pas disponibles.
Activité sur la vessie hyperactive : l’extrait de graines de courge a montré des effets bénéfiques sur les symptômes du bas appareil urinaire (SBAU) chez la femme, en particulier l’incontinence urinaire par urgenturie et la nycturie. Le mécanisme impliquerait une modulation des récepteurs sérotoninergiques et muscariniques de la vessie.
Activité antioxydante : le gamma-tocophérol, les phytostérols et les composés phénoliques confèrent aux graines de courge une activité antioxydante significative.
Propriétés médicinales — Notation
- ★★★★☆ Confort prostatique (HBP)
- ★★★☆☆ Anthelminthique (ténifuge)
- ★★☆☆☆ Antioxydant
- ★★☆☆☆ Confort urinaire (femme)
- ★☆☆☆☆ Anti-inflammatoire
VI. DONNÉES CLINIQUES
Les graines de courge bénéficient d’une monographie positive de l’ESCOP et de la Commission E allemande pour l’indication suivante : « soulagement des symptômes du bas appareil urinaire liés à l’hypertrophie bénigne de la prostate (stades I et II) et de la vessie instable ».
Plusieurs essais cliniques randomisés ont évalué l’efficacité des extraits de graines de courge dans l’HBP. L’étude de Friederich et al. (2000), portant sur 2 245 patients, a montré une amélioration significative des scores symptomatiques (IPSS) après 12 semaines de traitement par extrait de graines de courge, avec une tolérance excellente. L’étude de Vahlensieck et al. (2015), randomisée et contrôlée contre placebo sur 1 431 patients, a confirmé l’amélioration des symptômes de nycturie après 12 mois de traitement.
Les preuves, bien que de niveau modéré, sont jugées suffisantes pour un classement en « usage traditionnel bien établi » et « usage médical bien établi » selon la forme galénique.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Acides gras insaturés | Métabolite | Constituant |
| Acide linoléique | Métabolite | Constituant |
| Acide oléique | Métabolite | Constituant |
| Acide palmitique | Métabolite | Constituant |
| Acide stéarique | Métabolite | Constituant |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Graines entières : 10 à 15 g de graines décortiquées par jour (environ 2 à 3 cuillères à soupe), à mâcher ou à intégrer dans l’alimentation.
Huile de graines de courge : 1 à 2 cuillères à café par jour (5-10 ml), pressée à froid, en assaisonnement (ne pas chauffer).
Extrait sec : standardisé en phytostérols, en gélules. Posologie usuelle : 500 à 1 000 mg par jour.
Usage ténifuge : 200 à 400 g de graines décortiquées pilées avec du miel, consommées à jeun en une seule prise, suivies 2 heures plus tard d’un purgatif salin (sulfate de magnésium). Usage unique, non quotidien.
IX. TOXICOLOGIE
Les graines de courge sont un aliment courant et ne présentent pas de toxicité aux doses alimentaires et thérapeutiques. L’huile de graines de courge est classée GRAS (Generally Recognized as Safe) par la FDA américaine.
Effets indésirables : rares et bénins — troubles gastro-intestinaux légers (ballonnements, nausées) à forte dose.
Précautions : les graines de courge ne remplacent pas la surveillance médicale de l’HBP. Un examen prostatique et un dosage du PSA doivent être réalisés avant d’attribuer des symptômes urinaires à une HBP bénigne.
X. USAGES HISTORIQUES
La courge est l’une des trois composantes de la triade agricole amérindienne — les « Trois Sœurs » : maïs, haricot, courge — qui a nourri les civilisations mésoaméricaines pendant des millénaires. Les graines de courge étaient consommées comme aliment riche et comme vermifuge par les Aztèques, les Mayas et les peuples pueblos.
En Europe, l’usage ténifuge des graines de courge est attesté dès le XVIIe siècle. En médecine populaire, les graines étaient recommandées aux enfants parasités par le ténia, sous forme de « pâte de graines de citrouille » au miel — préparation encore mentionnée dans les formulaires pharmaceutiques du XIXe siècle.
L’huile de pépins de courge (Kürbiskernöl) est un produit gastronomique emblématique de la Styrie autrichienne, protégé par une IGP européenne depuis 1996.
Intérêt écologique et conservation
Cucurbita pepo est une espèce exclusivement cultivée, sans intérêt de conservation au sens strict. Cependant, la diversité génétique de ses cultivars traditionnels (variétés paysannes de citrouilles, pâtissons, courgettes) est menacée par la standardisation variétale industrielle. La conservation ex situ (banques de semences) et in situ (jardins conservatoires, réseaux de semences paysannes) est essentielle.
Les grandes fleurs jaunes de la courge sont une ressource nectarifère importante pour les abeilles domestiques et les bourdons. La pollinisation de la courge est strictement entomophile et dépendante des populations de pollinisateurs — ce qui en fait un indicateur indirect de la santé des écosystèmes entomologiques.
Confusions possibles
Cucurbita maxima (potiron) et C. moschata (courge musquée) : les graines de ces espèces possèdent un profil phytochimique voisin et sont souvent utilisées de manière interchangeable en phytothérapie. Les monographies officielles s’appliquent principalement à C. pepo.
Coloquinte (Citrullus colocynthis) : Cucurbitaceae toxique, à ne pas confondre. Les fruits de la coloquinte sont extrêmement amers et purgatifs drastiques. Les courges ornementales amères de C. pepo contiennent parfois des cucurbitacines en cas de pollinisation croisée accidentelle avec des formes amères — ces fruits ne doivent pas être consommés.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Les graines de courge constituent une drogue végétale bien validée pour le traitement symptomatique de l’hypertrophie bénigne de la prostate, grâce à un mécanisme d’action multiple (inhibition de la 5-alpha-réductase, anti-inflammatoire prostatique, apport en zinc). Les données cliniques, les monographies officielles et la tradition d’usage séculaire convergent pour soutenir cette indication. L’activité ténifuge (cucurbitine) et la richesse nutritionnelle (zinc, magnésium, acides gras insaturés, protéines) complètent un profil pharmacognosique remarquablement complet pour un simple « pépin de citrouille ».
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
- Bruneton, J. — Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, 5e éd., Lavoisier, 2016.
- Pharmacopée européenne, 11e éd. — monographie Cucurbitae peponis semen.
- ESCOP — Monographs: Cucurbitae peponis semen, 2e éd., Thieme, 2003.
- Friederich, M. et al. — « Prosta Fink Forte capsules in the treatment of BPH: a multicentric surveillance study », Forschende Komplementärmedizin, 7, 2000.
- Vahlensieck, W. et al. — « Effects of pumpkin seed in men with LUTS due to BPH: a randomized, placebo-controlled study », Urologia Internationalis, 94, 2015.
- Nishimura, M. et al. — « Pumpkin seed oil extracted from Cucurbita maxima improves urinary disorder in human overactive bladder », Journal of Traditional and Complementary Medicine, 4, 2014.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire (usage traditionnel)
- ★★☆☆☆ Antioxydant