GRANDE CAMOMILLE

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Planche botanique Grande camomille

Parmi les Astéracées d’intérêt médicinal, la grande camomille (Tanacetum parthenium (L.) Sch.Bip.) occupe une place singulière à la croisée de la tradition herboriste européenne et de la pharmacologie moléculaire contemporaine. Plante vivace des décombres, des vieux murs et des jardins abandonnés, elle fut longtemps confondue avec les « camomilles » au sens large, avant que la chimie des lactones sesquiterpéniques ne vienne éclairer la spécificité de son profil pharmacognosique. Présente dans la matière médicale européenne depuis l’Antiquité gréco-romaine — Dioscoride la mentionne sous le nom de parthenion —, elle connaît depuis les années 1980 un regain d’intérêt considérable après la validation clinique de son activité anti-migraineuse, fondée sur la parthénolide, un germacranolide aux propriétés anti-inflammatoires et antiagrégantes plaquettaires remarquables.

La grande camomille constitue aujourd’hui un cas d’école en pharmacognosie : elle illustre parfaitement le passage d’un remède traditionnel, documenté par des siècles d’usage empirique, à un médicament à base de plante dont le mécanisme d’action est désormais caractérisé au niveau moléculaire. L’inhibition du facteur de transcription NF-κB par la parthénolide, la modulation des voies de signalisation inflammatoires et la régulation de la libération de sérotonine plaquettaire en font un sujet d’étude particulièrement fécond, à l’interface entre ethnopharmacologie, biologie moléculaire et thérapeutique clinique. Cette monographie propose une synthèse rigoureuse des données botaniques, phytochimiques, pharmacologiques et cliniques actuellement disponibles sur cette espèce.


I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

La grande camomille appartient à la famille des Asteraceae (Compositae), sous-famille des Asteroideae, tribu des Anthemideae, genre Tanacetum L. L’espèce est désignée sous le binôme Tanacetum parthenium (L.) Sch.Bip. (1844). Le basionyme est Matricaria parthenium L. (1753), et l’espèce a connu de nombreux synonymes taxonomiques au fil des révisions : Chrysanthemum parthenium (L.) Bernh., Pyrethrum parthenium (L.) Sm., Leucanthemum parthenium (L.) Gren. & Godr. La classification actuelle, confirmée par les analyses phylogénétiques moléculaires, rattache fermement cette espèce au genre Tanacetum, aux côtés de la tanaisie commune (T. vulgare L.).

A. Étymologie

Tanacetum parthenium — planche Köhler (1887)
Tanacetum parthenium
Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1887

Le nom générique Tanacetum dérive probablement du grec médiéval athanasia (immortalité), en référence à la longévité des capitules séchés. L’épithète spécifique parthenium vient du grec parthenos (jeune fille, vierge), allusion traditionnelle à son usage en gynécologie populaire, notamment pour les troubles menstruels. Le nom vernaculaire français « grande camomille » est source de confusion car la plante n’appartient pas au genre Chamaemelum ni au genre Matricaria. Les autres noms populaires incluent : partenelle, matricaire odorante, herbe à la Vierge, pyrèthre doré, feverfew en anglais (de febrifuge, par déformation du latin febrifugia).

B. Sous-espèces et variétés

On distingue la forme type T. parthenium var. parthenium à ligules blanches et la variété horticole ‘Aureum’ à feuillage doré, utilisée en ornementation. Des cultivars à fleurs doubles (‘Flore Pleno’, ‘White Bonnet’) existent en horticulture mais présentent généralement des teneurs en parthénolide inférieures à la forme sauvage. Le nombre chromosomique est 2n = 18.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

A. Port et architecture

La grande camomille est une plante herbacée vivace, parfois bisannuelle selon les conditions, atteignant 30 à 80 cm de hauteur, rarement jusqu’à 1 m en stations ombragées. Le port est dressé, buissonnant, ramifié dans la partie supérieure. La plante dégage une odeur aromatique forte et pénétrante, caractéristique, nettement camphrée et amère, perceptible au froissement des feuilles. L’architecture végétative correspond à un modèle sympodial, avec une ramification abondante à partir de la base lors de la deuxième année de croissance.

B. Appareil végétatif

Tiges : les tiges sont dressées, cylindriques, striées longitudinalement, pubescentes (poils tecteurs courts et poils sécréteurs capitulés), pleines, de couleur vert clair à vert jaunâtre, devenant ligneuses à la base avec l’âge. La ramification est surtout développée dans le tiers supérieur. Les tiges portent des glandes sécrétrices sessiles visibles à la loupe, responsables de l’odeur aromatique.

Feuilles : les feuilles sont alternes, pétiolées (pétiole de 1 à 3 cm), de contour ovale à oblong, longues de 3 à 8 cm, bipennatipartites à bipennatifides, à segments oblongs, lobés-dentés, à dents mucronées. Le limbe est vert jaunâtre, plus pâle à la face inférieure, pubescent sur les deux faces avec des poils tecteurs et de nombreuses glandes sécrétrices schizogènes visibles en microscopie. Les feuilles supérieures sont sessiles, plus petites, simplement pennatipartites. La nervation est pennée.

Système racinaire : le système racinaire est fasciculé, relativement superficiel, à racines fibreuses partant d’une souche épaisse et courte, parfois stolonifère, assurant une propagation végétative modeste. La souche ligneuse persiste plusieurs années et émet chaque printemps de nouvelles tiges aériennes.

C. Appareil reproducteur

Inflorescence : les capitules sont groupés en corymbes terminaux lâches, composés de 5 à 30 capitules. Chaque capitule mesure 1,5 à 2,5 cm de diamètre, porté par un pédoncule pubescent de 2 à 5 cm. L’involucre est hémisphérique, formé de 2 à 3 rangs de bractées imbriquées, oblongues, pubescentes, à marge scarieuse blanchâtre.

Fleur : le réceptacle est convexe, garni de paillettes (réceptacle paléacé) chez certaines populations, nu chez d’autres. Les fleurs ligulées périphériques sont femelles, au nombre de 12 à 20, à ligule blanche, oblongue, longue de 4 à 8 mm, tridentée au sommet. Les fleurs tubuleuses du disque sont hermaphrodites, nombreuses (plus de 100), à corolle jaune d’or, tubuleuse, à 5 dents, longue de 2 à 3 mm.

Androcée : cinq étamines synanthérées, à anthères soudées en tube autour du style, à déhiscence introrse. Le pollen est tricolporé, échinulé, de 20 à 25 µm de diamètre.

Gynécée : ovaire infère, bicarpellé, uniloculaire, uniovulé. Le style est filiforme, bifide au sommet, à branches stigmatiques tronquées, pourvues de poils collecteurs.

Fruit : akène oblong-obovale, long de 1 à 1,5 mm, côtelé (5 à 10 côtes longitudinales), surmonté d’une couronne membraneuse courte (pappus coroniforme) ou parfois absent. La dissémination est barochore et épizoochore.

D. Phénologie et biologie reproductive

La floraison s’étend de juin à septembre, avec un pic en juillet. La pollinisation est entomogame, assurée principalement par les diptères (syrphes) et les hyménoptères. L’autogamie est possible grâce à la protandrie incomplète des fleurs tubuleuses. La germination des akènes nécessite de la lumière (espèce photoblastique positive) et des températures comprises entre 15 et 20 °C. La plante se comporte en hémicryptophyte à rosette hivernale et peut aussi se multiplier par division de touffe ou par bouturage de tige.


ÉCOLOGIE ET DISTRIBUTION

A. Habitat

La grande camomille est une espèce rudérale et subnitrophile, typique des milieux anthropisés. Elle colonise préférentiellement les vieux murs, les décombres, les talus, les bords de chemins, les friches urbaines et périurbaines, les abords des habitations et les jardins en friche. Elle tolère des sols secs à modérément frais, calcaires à neutres, riches en azote. C’est une espèce héliophile à semi-sciaphile, supportant un ombrage modéré. Elle se situe aux étages collinéen à montagnard inférieur (0 à 1 200 m d’altitude). En phytosociologie, elle relève des Chenopodietea muralis et des Artemisietea vulgaris.

B. Distribution géographique

L’aire d’origine de T. parthenium est le sud-est de l’Europe (Balkans) et le sud-ouest de l’Asie (Caucase, Anatolie). L’espèce est aujourd’hui largement naturalisée dans toute l’Europe occidentale et centrale, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande. En France, elle est présente dans la quasi-totalité des départements, plus fréquente dans le Midi, la vallée du Rhône, le Bassin parisien et l’Ouest. Elle est considérée comme archéophyte dans une grande partie du territoire, introduite dès le Moyen Âge via les jardins monastiques. Elle figure dans la plupart des flores régionales, avec un statut de plante naturalisée ou subspontanée.

C. Associations végétales

La grande camomille s’associe fréquemment à d’autres espèces rudérales et nitrophiles : Urtica dioica, Chelidonium majus, Artemisia vulgaris, Ballota nigra, Parietaria judaica, Cymbalaria muralis. Dans les jardins et les friches, on la trouve en compagnie de Malva sylvestris, Verbascum thapsus et Digitalis purpurea. Elle colonise rapidement les espaces perturbés grâce à sa production abondante de semences et sa capacité de régénération par la souche.


III. PARTIES UTILISÉES

La drogue officinale est constituée par les parties aériennes fleuries (Tanaceti parthenii herba), récoltées au moment de la pleine floraison, généralement en juillet-août. Les feuilles fraîches sont également utilisées en phytothérapie traditionnelle anglo-saxonne (mastication de 2 à 3 feuilles fraîches par jour dans la prévention de la migraine). La récolte s’effectue par temps sec, en coupant les tiges à mi-hauteur, de préférence le matin après évaporation de la rosée.

Le séchage doit être rapide, à l’ombre, en couche mince, à une température ne dépassant pas 40 °C pour préserver les lactones sesquiterpéniques thermosensibles. La drogue sèche se conserve à l’abri de la lumière et de l’humidité, dans des récipients hermétiques, pendant un maximum de 12 à 18 mois. Le rendement en drogue sèche est d’environ 25 à 30 % du poids frais. Le contrôle de qualité doit porter sur le dosage de la parthénolide par HPLC, avec un seuil minimal de 0,2 % recommandé par plusieurs pharmacopées.


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

Le profil phytochimique de Tanacetum parthenium est dominé par les lactones sesquiterpéniques et l’huile essentielle, mais comprend également des flavonoïdes et d’autres composés phénoliques.

A. Lactones sesquiterpéniques

La classe majeure et pharmacologiquement déterminante est celle des germacranolides. La parthénolide (un 10,5-époxygermacrène-4,11(13)-dién-12,6-olide) est le composé principal, représentant 0,2 à 1,8 % de la masse sèche des parties aériennes fleuries selon les populations et les conditions de culture. D’autres lactones sesquiterpéniques ont été identifiées : la 3β-hydroxyparthénolide, le costunolide, la canine, l’artécanine, la secotanapartholide A, la secotanapartholide B et plusieurs guaianolides. La parthénolide se caractérise par un groupement α-méthylène-γ-butyrolactone et une fonction époxyde, tous deux essentiels à son activité biologique.

B. Huile essentielle

Le rendement en huile essentielle varie de 0,02 à 0,5 % (v/m). Les principaux composés sont le camphre (15-40 %), le chrysanthényl acétate (5-20 %), le camphène, le bornéol, le p-cymène, le trans-chrysanthénol, le β-farnésène, le germacrène D et le spathulénol. La composition varie considérablement selon l’origine géographique et le chémotype. Des chémotypes à dominante camphre, à dominante chrysanthényl acétate et à dominante trans-chrysanthénol ont été décrits.

C. Flavonoïdes

Les flavonoïdes représentent une classe secondaire importante : lutéoline, apigénine, chrysoériol, ainsi que leurs glucosides et glucuronides. La tanetin (6-hydroxy-3,5,7,3′,4′-pentamethoxyflavone) est un flavonoïde méthoxylé spécifique du genre Tanacetum. On note également la présence de jacéidine, centauréidine et santin.

D. Autres composés

Des acides phénoliques (acide caféique, acide chlorogénique, acide 3,5-dicaféoylquinique), des polyacétylènes (ponticaépoxyde) et des mélatonine (traces) ont aussi été signalés. La présence de pyréthrine parfois mentionnée dans la littérature ancienne est erronée et résulte d’une confusion avec Tanacetum cinerariifolium.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

A. Activité anti-inflammatoire et inhibition de NF-κB

La parthénolide est un inhibiteur puissant du facteur de transcription NF-κB (Nuclear Factor kappa-light-chain-enhancer of activated B cells). Son mécanisme repose sur l’alkylation directe du résidu cystéine-38 de la sous-unité p65 (RelA) de NF-κB, empêchant la liaison à l’ADN. Par ailleurs, la parthénolide inhibe l’IκB kinase β (IKKβ) en se liant à la cystéine-179, bloquant ainsi la phosphorylation et la dégradation de l’inhibiteur IκBα. Cette double inhibition entraîne une suppression de la transcription des gènes pro-inflammatoires codant pour les cytokines IL-1β, IL-6, TNF-α, les enzymes COX-2 et iNOS, ainsi que les molécules d’adhésion ICAM-1 et VCAM-1.

B. Activité anti-migraineuse

L’action anti-migraineuse implique plusieurs mécanismes complémentaires. La parthénolide inhibe la libération de sérotonine (5-HT) par les plaquettes sanguines en bloquant les groupements sulfhydryles membranaires. Elle réduit la synthèse et la libération de prostaglandines (PGE2, PGI2) par inhibition de la phospholipase A2 et de la cyclo-oxygénase (COX-1/COX-2). Elle diminue également la libération de CGRP (Calcitonin Gene-Related Peptide) par les neurones trigéminaux, un neuropeptide vasodilatateur clé dans la physiopathologie de la migraine. Elle module enfin les canaux TRP (Transient Receptor Potential), en particulier le canal TRPA1, impliqué dans la nociception trigéminale.

C. Activité antiagrégante plaquettaire

La parthénolide inhibe l’agrégation plaquettaire induite par l’ADP, le collagène, la thrombine et l’acide arachidonique. Ce mécanisme passe par l’inhibition de la thromboxane synthase et la neutralisation des groupements thiols des protéines plaquettaires impliquées dans la transduction du signal d’activation.

D. Activité antitumorale

L’inhibition de NF-κB confère à la parthénolide une activité pro-apoptotique sur diverses lignées tumorales. Elle induit l’apoptose par activation de la voie mitochondriale (libération du cytochrome c, activation des caspases 3, 8 et 9), génération de dérivés réactifs de l’oxygène (ROS) et déplétion en glutathion intracellulaire. Des travaux précliniques ont montré une activité sur les leucémies aiguës myéloïdes, les cancers du sein, du côlon et de la prostate, avec une sélectivité pour les cellules souches leucémiques épargnant les cellules souches hématopoïétiques normales.

E. Activité antioxydante et cytoprotectrice

Les flavonoïdes de la grande camomille (lutéoline, apigénine) contribuent à une activité antioxydante par piégeage des radicaux libres et chélation des ions métalliques. La mélatonine, même à l’état de traces, pourrait exercer un effet neuroprotecteur synergique.


VI. DONNÉES CLINIQUES

A. Essais cliniques dans la prophylaxie de la migraine

L’essai clinique fondateur est celui de Johnson et al. (1985), publié dans le British Medical Journal, un essai randomisé en double aveugle contre placebo portant sur 17 patients migraineux qui consommaient déjà des feuilles fraîches de grande camomille. L’arrêt de la plante (groupe placebo) a entraîné une augmentation significative de la fréquence et de l’intensité des crises, confirmant l’efficacité prophylactique.

L’essai de Murphy et al. (1988), randomisé, en double aveugle, contre placebo, sur 72 patients, a montré une réduction de 24 % de la fréquence des crises de migraine et une diminution significative des nausées et vomissements associés, sur une période de 4 mois de traitement avec des capsules de feuilles séchées contenant au minimum 0,2 % de parthénolide.

L’essai de Pfaffenrath et al. (2002), utilisant un extrait standardisé de CO2 supercritique (MIG-99) contenant 0,5 mg de parthénolide par dose, a montré une tendance à la réduction de la fréquence des crises sans atteindre la significativité statistique sur l’ensemble de la population, mais un effet significatif dans le sous-groupe des patients ayant plus de 4 crises par mois.

L’essai de Diener et al. (2005), portant sur 170 patients avec le même extrait MIG-99 à la dose de 6,25 mg trois fois par jour, a confirmé une réduction significative de la fréquence des crises de migraine par rapport au placebo (réduction de 1,9 crises par mois contre 1,3 dans le groupe placebo, p = 0,0456).

B. Méta-analyses et revues systématiques

La revue Cochrane de Pittler et Ernst (2004), mise à jour en 2015, a conclu que les données disponibles suggèrent un bénéfice de la grande camomille dans la prophylaxie de la migraine, mais que l’hétérogénéité des préparations et des protocoles rend difficile une conclusion définitive. L’ESCOP et la Commission E allemande reconnaissent l’usage de la grande camomille dans la prophylaxie de la migraine.

C. Autres indications explorées

Des études préliminaires ont exploré l’intérêt de T. parthenium dans l’arthrite rhumatoïde (résultats non concluants), les dysménorrhées (tradition d’usage non validée par essais cliniques) et comme adjuvant en oncologie (phase préclinique uniquement).


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Parthénolide Lactone sesquiterpénique Antimigraineux (inhibe la sérotonine plaquettaire)
Flavonoïdes Flavonols Anti-inflammatoires
Huile essentielle (camphre) Terpènes Aromatique

VIII. FORMES GALÉNIQUES

A. Poudre de plante et gélules

La forme la plus utilisée en prophylaxie de la migraine est la poudre de parties aériennes fleuries en gélules, à la posologie de 100 à 300 mg par jour en une ou deux prises, standardisée à un minimum de 0,2 % de parthénolide (soit 0,2 à 0,6 mg de parthénolide par jour). Le traitement prophylactique doit être poursuivi pendant au moins 4 à 6 semaines avant d’évaluer l’efficacité, et idéalement pendant 3 à 4 mois.

B. Extrait sec standardisé

L’extrait MIG-99 (extrait de CO2 supercritique) est dosé à 6,25 mg d’extrait, trois fois par jour, pour un apport de 0,5 mg de parthénolide par prise. D’autres extraits hydroalcooliques ou éthanoliques sont disponibles, standardisés à 0,2-0,7 % de parthénolide.

C. Teinture mère

La teinture mère homéopathique (Tanacetum parthenium TM) est préparée à partir de la plante fraîche entière récoltée en début de floraison. En phytothérapie, la teinture (1:5, éthanol 45-55 %) se prescrit à raison de 30 à 60 gouttes, deux à trois fois par jour.

D. Feuilles fraîches

L’usage traditionnel anglais consiste à mâcher 1 à 3 feuilles fraîches par jour (environ 50 à 150 mg) en prévention de la migraine. Cette forme pose le problème de la variabilité de la teneur en parthénolide et des ulcérations buccales possibles.

E. Infusion

L’infusion de parties aériennes fleuries (1 à 2 g pour 150 ml d’eau (départ à froid), infuser 10 à 15 minutes, 2 à 3 tasses par jour) est une forme traditionnelle mais non validée cliniquement pour la migraine, en raison de la faible solubilité aqueuse de la parthénolide.


IX. TOXICOLOGIE

A. Toxicité aiguë et chronique

La toxicité aiguë de la grande camomille est faible. La DL50 de la parthénolide par voie orale chez la souris n’a pas été atteinte dans les études disponibles (pas de mortalité à 500 mg/kg). Les études de toxicité chronique (6 mois chez le rat) n’ont pas révélé de toxicité d’organe significative aux doses thérapeutiques.

B. Effets indésirables

Les effets indésirables rapportés sont généralement bénins : ulcérations buccales et glossite lors de la mastication de feuilles fraîches (10-18 % des utilisateurs), troubles digestifs légers (nausées, ballonnements, diarrhée), dermatite de contact allergique chez les sujets sensibilisés aux Astéracées (réaction croisée avec Artemisia, Ambrosia, Chrysanthemum). Un syndrome de sevrage modéré (céphalées rebond, insomnie, raideurs articulaires) a été décrit à l’arrêt brutal après un usage prolongé.

C. Contre-indications

La grande camomille est contre-indiquée pendant la grossesse en raison de l’activité utérotonique et emménagogue documentée expérimentalement. Elle est contre-indiquée chez les patients présentant une allergie connue aux Astéracées. Elle est déconseillée chez l’enfant de moins de 12 ans en l’absence de données de sécurité. Elle est contre-indiquée chez les patients sous anticoagulants ou en pré-opératoire en raison de l’activité antiagrégante plaquettaire.

D. Interactions médicamenteuses

Des interactions potentielles existent avec les anticoagulants (warfarine, héparine) et les antiagrégants plaquettaires (aspirine, clopidogrel) par addition d’effet. La parthénolide est un substrat et un inhibiteur modéré du CYP1A2 et du CYP3A4 in vitro, mais la pertinence clinique de ces interactions est incertaine aux doses thérapeutiques.


X. USAGES HISTORIQUES

A. Usages culinaires

La grande camomille n’a pas d’usage alimentaire établi en raison de son amertume prononcée. Toutefois, les jeunes feuilles sont parfois ajoutées en très petites quantités dans les salades composées ou les sandwichs en Angleterre, dans le cadre de l’automédication anti-migraineuse. En herboristerie traditionnelle, elle entre dans la composition de certains « vins médicinaux » amers et de liqueurs digestives artisanales.

B. Traditions populaires

Dans la médecine populaire européenne, la grande camomille était employée comme fébrifuge (d’où son nom anglais feverfew), emménagogue (pour provoquer les règles), vermifuge, tonique amer et antirhumatismal. En Angleterre, la tradition de mâcher les feuilles fraîches contre les maux de tête est documentée depuis le XVIIe siècle. Culpeper (1653) la recommandait contre « toute douleur de la tête ». En médecine populaire française, elle était utilisée en cataplasme contre les piqûres d’insectes et en fumigations contre les « vapeurs ». Matthiole (XVIe siècle) la préconisait contre les vertiges et la mélancolie.


INTÉRÊT ÉCOLOGIQUE

La grande camomille joue un rôle écologique notable dans les milieux anthropisés. Ses capitules, abondamment fleuris en été, constituent une source de nectar et de pollen pour une entomofaune diversifiée : syrphes (Episyrphus balteatus, Syrphus ribesii), abeilles solitaires (Halictus spp., Lasioglossum spp.), petits coléoptères floricoles (Oedemera nobilis) et papillons diurnes. La plante s’inscrit dans le cortège des espèces rudérales qui assurent la continuité florale en milieu urbain pendant la période estivale.

Par son caractère aromatique, elle exerce un effet répulsif sur certains insectes phytophages et est parfois utilisée en jardinage biologique comme plante compagne. Ses propriétés insecticides sont toutefois nettement inférieures à celles de la pyrèthre de Dalmatie (Tanacetum cinerariifolium). La colonisation des murs et des décombres contribue à la stabilisation des substrats et à la biodiversité des milieux rupestres anthropiques.


CONFUSIONS POSSIBLES

Plusieurs espèces sont fréquemment confondues avec la grande camomille, d’où l’importance d’une identification rigoureuse :

  • Camomille romaine (Chamaemelum nobile (L.) All.) : plante plus basse (10-30 cm), rampante, à feuilles bi- à tripennatiséquées à segments très fins, filiformes. Le réceptacle est plein et conique. L’odeur est sucrée, fruitée, non camphrée. La camomille romaine est riche en esters d’angélate et de tiglate, non en parthénolide.
  • Matricaire (Matricaria chamomilla L., syn. M. recutita L.) : plante annuelle, glabre, à feuilles bi- à tripennatiséquées à segments filiformes. Le réceptacle est creux et conique (critère diagnostique majeur). L’odeur est aromatique, sucrée. Elle est riche en α-bisabolol et en chamazulène, absents chez la grande camomille.
  • Tanaisie commune (Tanacetum vulgare L.) : plante plus grande (60-150 cm), à feuilles pennatiséquées régulières, à capitules en boutons jaunes sans ligules (ou ligules très courtes). L’odeur est camphrée, plus piquante. Elle contient de la thuyone, neurotoxique.
  • Marguerite commune (Leucanthemum vulgare Lam.) : capitules plus grands (3-6 cm), solitaires, à feuilles simples, spatulées, dentées, non découpées. Pas d’odeur aromatique notable.

La distinction repose sur l’examen des feuilles (bipennatipartites à lobes larges et dentés chez T. parthenium, versus segments filiformes chez Matricaria et Chamaemelum), l’odeur (camphrée et amère chez la grande camomille), la morphologie du réceptacle et le profil chimique.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

La grande camomille, Tanacetum parthenium, est l’une des rares plantes médicinales européennes dont l’usage traditionnel dans la prophylaxie de la migraine a été conforté par des essais cliniques randomisés et par l’élucidation de mécanismes pharmacologiques moléculaires précis. La parthénolide, lactone sesquiterpénique de type germacranolide, est le principe actif majeur, agissant comme inhibiteur direct du facteur de transcription NF-κB et modulateur de la libération plaquettaire de sérotonine.

La standardisation des préparations à un minimum de 0,2 % de parthénolide est une condition sine qua non de l’efficacité thérapeutique, ce qui exclut les formes galéniques aqueuses (infusions) et certains cultivars ornementaux appauvris. Le profil de sécurité est globalement favorable, avec comme principale réserve la contre-indication pendant la grossesse et le risque allergique chez les sujets sensibilisés aux Astéracées.

Au-delà de la migraine, les perspectives ouvertes par l’inhibition de NF-κB — en oncologie, en rhumatologie et en neurologie — font de la parthénolide un composé chef de file (lead compound) prometteur, dont les dérivés hémi-synthétiques (diméthylaminoparthénolide, DMAPT) sont actuellement en développement préclinique avancé. La grande camomille incarne ainsi la démarche pharmacognosique moderne : de l’observation ethnobotanique à la cible moléculaire, en passant par la validation clinique.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

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  • Pharmacopée européenne, 11e édition (2023). Monographie « Tanaisie (grande camomille) ».

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★★☆ Antimigraineux (prévention)
  • ★★★☆☆ Anti-inflammatoire
  • ★★☆☆☆ Antispasmodique

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