
Boldo — Peumus boldus Molina
Le boldo est un arbre aromatique endémique du Chili, dont les feuilles sont utilisées depuis des temps immémoriaux par les peuples autochtones mapuche pour le traitement des affections hépatobiliaires et digestives. Seul représentant du genre Peumus, cette espèce occupe une place singulière dans la botanique et la pharmacognosie. Son principal alcaloïde, la boldine, possède des propriétés hépatoprotectrices, antioxydantes et cholérétiques solidement documentées. Inscrit dans de nombreuses pharmacopées, le boldo constitue l’un des remèdes phytothérapeutiques les plus prescrits en Europe pour les troubles fonctionnels hépatobiliaires et digestifs. La présente monographie réunit l’ensemble des connaissances botaniques, phytochimiques et pharmacologiques relatives à cette espèce remarquable.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Peumus boldus Molina appartient à la famille des Monimiaceae, petite famille de plantes à fleurs comprenant environ 200 espèces réparties en 25 à 30 genres, distribuées principalement dans les régions tropicales et subtropicales de l’hémisphère sud. Le genre Peumus est monospécifique : il ne contient qu’une seule espèce, P. boldus.
Classification systématique :
- Règne : Plantae
- Sous-règne : Tracheobionta
- Division : Magnoliophyta
- Classe : Magnoliopsida
- Sous-classe : Magnoliidae
- Ordre : Laurales
- Famille : Monimiaceae
- Genre : Peumus
- Espèce : Peumus boldus Molina
L’espèce a été décrite par l’abbé Juan Ignacio Molina en 1782 dans son Saggio sulla storia naturale del Chili. Le nom générique Peumus dérive du nom mapuche de l’arbre (peumo), tandis que l’épithète boldus vient du nom vernaculaire espagnol-chilien boldo, lui-même d’origine mapuche (voldu ou boldu).
Synonymes nomenclaturaux : Boldea boldus (Molina) Looser, Boldoa fragrans Gay, Peumus fragrans Pers.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Peumus boldus est un arbre dioïque, sempervirent, atteignant 6 à 20 mètres de hauteur, à port dense et arrondi, à tronc droit ou sinueux pouvant atteindre 50 centimètres de diamètre.
Appareil végétatif. L’écorce est rugueuse, crevassée, de couleur gris-brunâtre. Le bois est dur, dense, de couleur jaune pâle, aromatique. Les rameaux jeunes sont cylindriques, pubescents-tomenteux, de couleur vert grisâtre. Les feuilles sont opposées, simples, coriaces, persistantes, de forme ovale à elliptique, longues de 3 à 7 centimètres, larges de 2 à 4 centimètres, à base arrondie ou légèrement cordée, à sommet obtus ou brièvement apiculé, à marge entière, légèrement révolutée. La face supérieure est vert foncé, rugueuse, parsemée de protubérances glandulaires (poches sécrétrices d’huile essentielle) visibles à la loupe et perceptibles au toucher. La face inférieure est plus claire, densément tomenteuse, de couleur gris-verdâtre. Le pétiole est court, de 3 à 8 millimètres, pubescent. Le froissement des feuilles libère une odeur aromatique caractéristique, camphrée et épicée.
Appareil reproducteur. L’espèce est dioïque : les fleurs mâles et femelles sont portées par des individus différents. Les inflorescences sont des racèmes terminaux ou axillaires, courts, portant 5 à 12 fleurs. Les fleurs sont petites (5 à 8 millimètres de diamètre), de couleur blanc-verdâtre à blanc-jaunâtre, parfumées. Le périanthe est constitué de 5 à 12 tépales disposés en spirale. Les fleurs mâles portent de nombreuses étamines (12 à 40), entourées de staminodes nectarifères. Les fleurs femelles ont un ovaire supère à 2 à 5 carpelles libres, chacun contenant un ovule, entourés de staminodes. La pollinisation est entomophile (coléoptères, diptères). La floraison intervient de septembre à décembre au Chili (printemps austral).
Le fruit est une drupe charnue, ovoïde, petite (6 à 8 millimètres de diamètre), de couleur verte devenant jaune-verdâtre à maturité, comestible mais de saveur peu agréable (astringente et résineuse). Chaque fleur femelle peut produire 2 à 5 drupes. Le noyau est dur, contenant une graine unique. Les fruits mûrissent en février-mars (été austral).
Écologie et répartition géographique
Peumus boldus est endémique du Chili, où il est l’un des arbres les plus caractéristiques et les plus abondants de la formation végétale sclérophylle méditerranéenne appelée matorral. Son aire de distribution s’étend le long de la Cordillère de la Côte et de la Dépression intermédiaire, depuis la région de Coquimbo (30° S) au nord jusqu’à la région des Lacs (40° S) au sud, principalement entre 50 et 1 000 mètres d’altitude.
Le boldo est un élément dominant du matorral sclérophylle chilien, en association avec le quillay (Quillaja saponaria), le litre (Lithraea caustica), le peumo (Cryptocarya alba) et le molle (Schinus latifolius). Il prospère sous un climat de type méditerranéen, avec des étés chauds et secs (15-30 °C) et des hivers doux et humides (5-15 °C). La pluviométrie annuelle dans son aire de distribution varie de 200 à 1 500 millimètres, concentrée entre mai et août (hiver austral). Les sols sont variés : argilo-limoneux, sableux, granitiques, d’acides à neutres.
L’espèce est extrêmement résistante à la sécheresse grâce à ses feuilles coriaces, à la présence de poils tomenteux réduisant la transpiration, et à un système racinaire profond. Elle tolère une faible gelée (jusqu’à -5 °C) mais ne supporte pas les gelées prolongées. Après un incendie, le boldo rejette vigoureusement de souche, ce qui témoigne d’une adaptation ancienne aux feux naturels du matorral chilien.
Le boldo a été introduit avec un succès variable dans d’autres régions à climat méditerranéen : côte méditerranéenne de l’Europe (Italie, sud de la France), nord de l’Afrique et Californie, mais il n’y est pas cultivé commercialement à grande échelle. La quasi-totalité de la production commerciale provient de la récolte en milieu naturel au Chili.
Écologie, conservation et culture
Peumus boldus est un élément structurant majeur de l’écosystème sclérophylle chilien, formation végétale considérée comme un « hotspot » de biodiversité mondiale. L’espèce n’est actuellement pas considérée comme menacée à l’échelle nationale (classée « Préoccupation mineure » par la CONAF chilienne), en raison de sa large distribution et de sa capacité de régénération après perturbation.
Cependant, les forêts sclérophylles chiliennes sont soumises à des pressions croissantes : expansion urbaine (région de Valparaíso, de Santiago), conversion agricole, incendies de forêt (en forte augmentation liée au changement climatique), surexploitation du feuillage pour l’exportation phytothérapeutique. La récolte commerciale des feuilles est réglementée par la CONAF (Corporación Nacional Forestal) qui délivre des permis de coupe et impose des rotations.
La culture du boldo est techniquement possible mais peu pratiquée. La multiplication par semis est difficile (faible pouvoir germinatif, germination lente et irrégulière). Le bouturage semi-ligneux est plus fiable mais la croissance est lente (l’arbre atteint sa maturité productive vers 10-15 ans). Des essais de plantation ont été réalisés au Chili, en Argentine, en Italie et au Maroc, avec des résultats variables.
La quasi-totalité de la production commerciale (estimée à plusieurs milliers de tonnes de feuilles sèches par an) provient encore de la cueillette en milieu naturel au Chili. L’enjeu de la durabilité de cette exploitation est une préoccupation croissante pour les autorités chiliennes et les importateurs européens.
III. PARTIES UTILISÉES
La drogue officinale est constituée par les feuilles séchées (Boldi folium). Les feuilles sont récoltées sur les arbres sauvages ou semi-cultivés, principalement entre janvier et mars (été austral), période correspondant à la teneur maximale en alcaloïdes et en huile essentielle. La récolte s’effectue par élagage des rameaux feuillés, qui sont ensuite séchés à l’ombre ou dans des séchoirs à air chaud à basse température (30 à 40 °C).
La drogue sèche se présente sous forme de feuilles entières ou fragmentées, ovales, coriaces, cassantes, de couleur gris-verdâtre, à surface supérieure rugueuse (protubérances glandulaires), à face inférieure tomenteuse. L’odeur est aromatique, camphrée, épicée, caractéristique. La saveur est aromatique, amère, légèrement piquante.
La Pharmacopée européenne (monographie 01/2011:1396) définit Boldi folium comme les feuilles entières ou fragmentées, séchées, de Peumus boldus Molina. La drogue doit contenir au minimum 0,1 % d’alcaloïdes totaux, calculés en boldine (C19H21NO4), et au minimum 20 ml/kg d’huile essentielle (drogue desséchée).
L’écorce est également utilisée en médecine traditionnelle au Chili, mais elle n’est pas inscrite aux pharmacopées européennes. Elle contient des alcaloïdes en plus grande concentration que les feuilles.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
Alcaloïdes isoquinoléiques

Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1887
Les feuilles contiennent 0,2 à 0,5 % d’alcaloïdes totaux, tous de type aporphine (sous-classe des alcaloïdes isoquinoléiques) :
- Boldine (1,10-diméthoxyaporphine-2,9-diol) — alcaloïde majoritaire, représentant 12 à 25 % des alcaloïdes totaux de la feuille (mais jusqu’à 75 % dans l’écorce). C’est le principal marqueur analytique et le composé le plus étudié pharmacologiquement. Formule brute : C19H21NO4, masse molaire : 327,38 g/mol.
- Isoboldine — diastéréoisomère de la boldine, moins actif.
- N-méthyllaurétanine
- Laurolitsine (norboldine)
- Isocoridine
- Réticuline — précurseur biosynthétique des alcaloïdes aporphiniques.
- Sinoacutine, lauroténanine — en traces.
La boldine possède un noyau aporphinique comportant deux groupements hydroxyles phénoliques (positions 2 et 9) et deux groupements méthoxyles (positions 1 et 10), conférant des propriétés antioxydantes remarquables.
Huile essentielle
La teneur en huile essentielle est de 1 à 3 % (m/m) de la drogue sèche. Les composés majoritaires sont :
- Ascaridole — peroxyde monoterpénique cyclique, constituant 16 à 40 % de l’huile essentielle. C’est un composé toxique (hépatotoxique et neurotoxique à forte dose) qui limite l’usage de l’huile essentielle pure.
- p-Cymène (10-25 %)
- 1,8-Cinéole (eucalyptol, 8-20 %)
- Linalol (3-8 %)
- Fenchone (2-5 %)
- Alpha-terpinéol, bêta-pinène, camphre — en quantité variable.
Flavonoïdes et autres composés phénoliques
Les feuilles contiennent des flavonols et leurs glycosides : isorhamnétine 3-O-glucoside, isorhamnétine 3-O-rhamnosylglucoside, quercétine, kaempférol. Des acides phénoliques (acide caféique, acide chlorogénique) et des tanins catéchiques sont également présents.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Activité cholérétique et cholagogue
La boldine et l’extrait total de feuilles de boldo stimulent la sécrétion biliaire (effet cholérétique) et favorisent l’évacuation de la vésicule biliaire (effet cholagogue). Chez le rat, l’administration intraveineuse de boldine (5 à 20 mg/kg) provoque une augmentation dose-dépendante du débit biliaire de 40 à 200 % par rapport au témoin. Le mécanisme implique une stimulation directe des hépatocytes et une augmentation de la sécrétion des acides biliaires et du cholestérol biliaire.
Activité hépatoprotectrice
La boldine exerce un effet hépatoprotecteur démontré dans de nombreux modèles expérimentaux d’hépatotoxicité :
- Protection contre l’hépatotoxicité induite par le tétrachlorure de carbone (CCl4) chez le rat : réduction significative des taux de transaminases (ALAT, ASAT), de phosphatase alcaline et de bilirubine, et préservation de l’architecture histologique hépatique.
- Protection contre l’hépatotoxicité du paracétamol, de la D-galactosamine et du lipopolysaccharide bactérien.
- Le mécanisme hépatoprotecteur implique la neutralisation des radicaux libres (activité antioxydante), l’inhibition de la peroxydation lipidique membranaire, la stabilisation des membranes hépatocytaires et la stimulation de la régénération hépatocytaire.
Activité antioxydante
La boldine est un antioxydant remarquablement puissant. Elle piège les radicaux hydroxyles (HO·), les radicaux peroxyles (ROO·) et le radical DPPH avec une efficacité supérieure à celle de la vitamine E (alpha-tocophérol) et comparable à celle de la quercétine dans les tests in vitro. L’activité antioxydante est liée à la présence des deux groupements hydroxyles phénoliques sur le noyau aporphinique, qui permettent la donation d’hydrogène aux radicaux libres et la formation d’un radical phénoxyle stabilisé par résonance.
La boldine inhibe également la peroxydation lipidique induite par le fer (système Fe2+/ascorbate) dans les microsomes hépatiques et les liposomes, avec une CI50 de l’ordre du micromolaire.
Activité anti-inflammatoire
La boldine inhibe la production de TNF-α, d’IL-6 et de NO par les macrophages activés, par un mécanisme impliquant l’inhibition de la voie NF-kB. Elle réduit l’œdème de la patte de rat induit par la carragénine et inhibe la migration leucocytaire dans les modèles d’inflammation aiguë.
Activité digestive
Les feuilles de boldo exercent un effet antispasmodique sur le muscle lisse gastro-intestinal, démontré in vitro sur l’iléon isolé de cobaye. Le mécanisme implique un antagonisme calcique non spécifique et une action antimuscarinique modérée. Cet effet antispasmodique complète l’action cholérétique-cholagogue dans le soulagement de la dyspepsie biliaire.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Dyspepsie et troubles hépatobiliaires
Les données cliniques spécifiques au boldo sont limitées en nombre et en qualité méthodologique. La majorité des essais cliniques ont été réalisés avec des associations phytothérapeutiques comprenant le boldo en combinaison avec d’autres plantes hépatoprotectrices ou cholérétiques (artichaut, romarin, chardon-Marie, fumeterre).
Un essai clinique ouvert (Saller et al., 1995) a évalué une préparation associant boldo et fumeterre chez 60 patients atteints de dyspepsie fonctionnelle biliaire, montrant une amélioration significative des symptômes (nausées, ballonnements, douleurs de l’hypochondre droit, intolérance aux graisses) après 14 jours de traitement. Un essai similaire avec une combinaison boldo-chardon-Marie a montré des résultats comparables.
L’efficacité clinique est principalement établie sur la base de l’usage traditionnel de longue durée et des données pharmacologiques précliniques solides (activité cholérétique et hépatoprotectrice de la boldine), plutôt que sur la base d’essais cliniques randomisés de haute qualité.
Limites des données cliniques
Aucun essai clinique randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo, portant sur le boldo en monothérapie n’a été publié à ce jour dans des revues à comité de lecture international. Les preuves cliniques reposent sur des études ouvertes, des études d’observation et sur l’expérience clinique accumulée sur plus d’un siècle d’usage en Europe.
Indications thérapeutiques retenues
- Traitement symptomatique des troubles dyspeptiques (ballonnements, flatulences, digestion lente) : usage traditionnel bien établi
- Traitement adjuvant des troubles fonctionnels hépatobiliaires (dyskinésie biliaire, cholécystopathie fonctionnelle) : usage traditionnel
- Stimulation de l’appétit et de la sécrétion biliaire : usage traditionnel
Le boldo est reconnu d’usage traditionnel de longue durée pour le soulagement symptomatique des troubles digestifs légers (dyspepsie, flatulences). La Commission E allemande approuve l’usage pour la dyspepsie et les spasmes gastro-intestinaux légers. L’ESCOP reconnaît l’usage pour la dyspepsie fonctionnelle et les troubles hépatobiliaires mineurs.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Boldine | Alcaloïde aporphine | Cholérétique, cholagogue, antioxydant |
| Ascaridole | Monoterpène (HE) | Aromatique (toxique à forte dose) |
| Flavonoïdes | Flavonols | Antioxydants, hépatoprotecteurs |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Infusion de feuilles. 1 à 2 grammes de feuilles séchées par tasse d’eau bouillante, infuser 10 à 15 minutes, filtrer. 1 tasse, 2 à 3 fois par jour, avant ou après les repas. C’est la forme la plus traditionnelle.
Extrait sec en gélules ou comprimés. Extrait sec hydroalcoolique standardisé à 2 à 5 % de boldine. Posologie : 200 à 500 mg d’extrait par jour en 2 à 3 prises, correspondant à 4 à 25 mg de boldine.
Teinture mère. Préparée à partir de feuilles sèches dans de l’éthanol à 60 %. Posologie : 0,5 à 2 ml, 3 fois par jour.
Extrait fluide. 0,5 à 1 ml, 2 à 3 fois par jour.
Huile essentielle. L’utilisation de l’huile essentielle pure est déconseillée en raison de la toxicité de l’ascaridole. Son usage est réservé à des formulations pharmaceutiques contrôlées et à dose très faible.
La durée de traitement recommandée est de 2 à 4 semaines. Un usage prolongé au-delà de 4 semaines nécessite un avis médical.
IX. TOXICOLOGIE
Toxicité de la boldine. La DL50 orale de la boldine chez la souris est d’environ 500 mg/kg, ce qui est relativement faible pour un alcaloïde. Cependant, les doses thérapeutiques humaines (4 à 25 mg/jour) sont environ 100 à 500 fois inférieures à la dose toxique extrapolée, assurant une marge de sécurité confortable.
Toxicité de l’ascaridole. L’ascaridole, composant majeur de l’huile essentielle, est hépatotoxique et neurotoxique à forte dose. Des cas d’intoxication grave (hépatite toxique, convulsions, voire décès) ont été rapportés après l’ingestion d’huile essentielle de boldo pure ou d’huile essentielle de chénopode (Dysphania ambrosioides), riche en ascaridole. C’est la raison pour laquelle l’huile essentielle de boldo ne doit jamais être utilisée pure par voie orale.
Effets indésirables des préparations feuilles. Aux doses thérapeutiques, les effets indésirables sont rares et bénins : nausées, diarrhée légère, réactions allergiques cutanées exceptionnelles. Un goût amer peut être perceptible.
Contre-indications. Obstruction des voies biliaires (cholédocholithiase, tumeur des voies biliaires), cholangite, hépatite aiguë, insuffisance hépatique sévère (le boldo stimule la sécrétion biliaire, ce qui est contre-productif en cas d’obstruction). Grossesse et allaitement (par prudence, en l’absence de données de sécurité). Enfants de moins de 12 ans.
Interactions médicamenteuses. Le boldo peut potentialiser l’effet des anticoagulants oraux (un cas rapporté d’augmentation de l’INR sous warfarine avec une tisane de boldo). Interaction théorique avec les médicaments hépatotoxiques et les substrats du CYP. Par prudence, une surveillance est recommandée chez les patients sous anticoagulants.
X. USAGES HISTORIQUES
Le boldo occupe une place centrale dans la pharmacopée et la culture traditionnelle du Chili. Les Mapuche (Araucans), peuple autochtone du centre-sud du Chili, utilisent les feuilles en infusion depuis des temps immémoriaux pour les troubles digestifs, les affections du foie, les rhumatismes, les infections urinaires et comme sédatif léger. L’écorce était employée pour le tannage des cuirs et la teinture des textiles.
Le boldo fut introduit en Europe au XIXe siècle par les voyageurs et naturalistes français et allemands qui explorèrent la flore chilienne. La première étude pharmacologique moderne est attribuée au pharmacien français Claude Verne (1869), qui isola un principe amer des feuilles. La boldine fut isolée pour la première fois en 1872 par Bourgoin et Verne. L’usage du boldo en phytothérapie européenne se développa rapidement à partir de la fin du XIXe siècle, particulièrement en France, en Allemagne et en Espagne.
Au Chili, le boldo est considéré comme un arbre patrimonial. L’infusion de boldo (agua de boldo) est la tisane digestive la plus populaire du pays, consommée quotidiennement par des millions de Chiliens. Les fruits sont consommés localement, bien que peu savoureux. Le bois est utilisé en menuiserie et comme combustible. Le charbon de bois de boldo est réputé de haute qualité.
Risques de confusion
Le risque de confusion botanique est limité dans la mesure où Peumus boldus est le seul représentant de son genre et possède des caractères morphologiques et organoleptiques très distinctifs (feuilles rugueuses, arome caractéristique). Cependant, au niveau commercial, certaines substitutions ont été rapportées :
Les feuilles de Cryptocarya alba (Mol.) Looser (peumo), arbre chilien de la famille des Lauraceae, sont morphologiquement similaires (feuilles opposées, coriaces) mais se distinguent par leur surface lisse (absence de protubérances glandulaires) et l’absence de l’odeur camphrée caractéristique du boldo.
Des mélanges avec des feuilles de divers Lauraceae chiliens (Beilschmiedia spp., Persea lingue) ont été occasionnellement signalés dans les lots commerciaux de qualité inférieure.
L’identification microscopique (présence de cellules sécrétrices d’huile essentielle dans le mésophylle, poils étoilés sur la face inférieure) et le dosage de la boldine par HPLC permettent de confirmer l’authenticité de la drogue.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Peumus boldus est une espèce endémique chilienne d’importance phytothérapeutique mondiale, dont les propriétés hépatoprotectrices, cholérétiques et antioxydantes sont solidement établies par la pharmacologie préclinique. La boldine, son alcaloïde caractéristique, est l’un des antioxydants phénoliques naturels les plus puissants connus.
La principale faiblesse du dossier thérapeutique réside dans la rareté des essais cliniques de haute qualité en monothérapie. Des essais cliniques randomisés, en double aveugle, contrôlés par placebo sont nécessaires pour confirmer les indications traditionnelles et éventuellement en identifier de nouvelles.
Les perspectives de recherche les plus prometteuses concernent l’exploration du potentiel neuroprotecteur de la boldine (des propriétés antiparkinsonniennes et anti-Alzheimer ont été suggérées dans des modèles précliniques), le développement de la boldine comme agent antioxydant dans la protection cardiovasculaire, et la mise en place de filières de production durable (culture, certification) pour assurer la pérennité de la ressource naturelle chilienne.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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- ESCOP. Boldi folium. ESCOP Monographs, 2e édition, Thieme, Stuttgart, 2003.
- Pharmacopée européenne. Monographie Boldi folium (01/2011:1396). 9e édition, Strasbourg, 2017.
- Bruneton J. Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales. 5e édition, Lavoisier Tec & Doc, Paris, 2016.
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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★★☆ Cholagogue / cholérétique
- ★★★☆☆ Digestif
- ★★☆☆☆ Hépatoprotecteur
- ★★☆☆☆ Diurétique