BOSWELLIA

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Planche botanique Boswellia

Le boswellia, Boswellia serrata Roxb. (Roxb. ex Colebr. selon GBIF), est un arbre des forêts sèches d’Inde dont la résine oléogommeuse — l’encens indien ou salai guggul — est utilisée depuis plus de trois millénaires en médecine ayurvédique comme anti-inflammatoire et analgésique. Cette résine, exsudée naturellement ou après incision de l’écorce, partage une parenté botanique et culturelle avec le célèbre oliban (Boswellia sacra) des encens liturgiques, mais s’en distingue par un profil phytochimique et des usages thérapeutiques propres. La découverte des acides boswelliques dans les années 1980, inhibiteurs spécifiques de la 5-lipoxygénase, a ouvert un chapitre nouveau dans la pharmacologie des anti-inflammatoires naturels.

L’intérêt scientifique pour B. serrata a connu une croissance exponentielle depuis les travaux pionniers de Safayhi et al. à l’Université de Tübingen (Safayhi H, Mack T, Sabieraj J et al., J Pharmacol Exp Ther 1992). Plus de 2 000 publications sur PubMed documentent les propriétés anti-inflammatoires, anticancéreuses et neuroprotectrices des acides boswelliques. Les essais cliniques dans l’arthrose, les maladies inflammatoires intestinales et l’asthme ont fourni des résultats encourageants, positionnant l’extrait de boswellia comme une alternative sérieuse aux AINS conventionnels pour certaines indications.


I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Boswellia serrata Roxb. ex Colebr. appartient à la famille des Burseraceae, ordre des Sapindales, clade des Rosidées (APG IV). Le genre Boswellia Roxb. ex Colebr. comprend environ 25 espèces réparties dans les régions arides et semi-arides d’Afrique, d’Arabie et d’Inde. L’espèce a été décrite par William Roxburgh et publiée par Henry Thomas Colebrooke en 1807.

Les espèces les plus proches incluent B. sacra Flückiger (oliban, encens d’Arabie, originaire d’Oman et du Yémen), B. carterii Birdw. (encens de Somalie, souvent considéré comme synonyme de B. sacra), B. frereana Birdw. (maydi, Somalie) et B. papyrifera (Del.) Hochst. (encens d’Éthiopie). Les relations phylogénétiques au sein du genre, étudiées par les marqueurs chloroplastiques et nucléaires, confirment la distinction de B. serrata comme espèce indienne endémique.

Le nom Boswellia honore le botaniste écossais John Boswell (1710-1780). L’épithète serrata (du latin serratus, en dents de scie) décrit la marge foliaire dentée. Les noms vernaculaires incluent : boswellia, encens indien (français), Indian frankincense (anglais), sàlai ou sàlai guggul (hindi), shallaki (शल्लकी, sanskrit), Weihrauchbaum (allemand), kundur (arabe, désignant l’encens en général).


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

A. Port général

Boswellia sacra — planche Köhler (1887)
Boswellia sacra
Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1887

Boswellia serrata est un arbre de taille moyenne à grande, atteignant 9 à 15 m de hauteur (rarement 18 m). Le tronc, souvent tortueux, atteint 30 à 60 cm de diamètre. L’écorce est une caractéristique diagnostique remarquable : elle se desquame en larges plaques papyracées, minces et translucides, brun-vert à grisâtre, rappelant celle du platane ou du bouleau. Sous les plaques se révèle un liber lisse, vert pâle à rosâtre. La cime est étalée, irrégulière, à ramification sympodiale.

B. Appareil végétatif

Le système racinaire est puissant, profond, adapté aux sols rocheux et aux conditions de sécheresse. Les racines s’insinuent dans les fissures de la roche, ancrant solidement l’arbre sur les pentes escarpées.

Les feuilles sont alternes, imparipennées, regroupées à l’extrémité des rameaux, de 20 à 45 cm de longueur. Elles comprennent 17 à 31 folioles opposées, sessiles, oblongues à elliptiques, de 3 à 8 cm de longueur et de 1 à 2,5 cm de largeur, à marge crénelée-dentée (d’où l’épithète serrata). La face adaxiale est vert terne, pubescente ; la face abaxiale est plus pâle, à pubescence tomenteuse dense. Les feuilles apparaissent après la floraison et sont caduques en saison sèche.

Le tronc et les branches contiennent un réseau de canaux résinifères dans l’écorce secondaire (phloème). La résine oléogommeuse (salai guggul) exsude naturellement aux sites de blessure ou est obtenue par incision (gemmage). Elle se solidifie au contact de l’air en larmes ou en masses irrégulières, translucides à opaques, jaunâtres à brun doré, à odeur aromatique balsamique et résineuse.

C. Appareil reproducteur

Les inflorescences sont des grappes axillaires, de 10 à 20 cm, apparaissant avant ou en même temps que les nouvelles feuilles. Les fleurs sont petites (8-10 mm de diamètre), pentamères, actinomorphes, hermaphrodites. Le calice comprend 5 sépales soudés, persistants, pubescents. La corolle porte 5 pétales libres, blanc crème à rosé, oblongs-ovales. Le disque nectarifère est annulaire, charnu, rouge orangé. Les 10 étamines sont insérées à la base du disque. L’ovaire supère, triloculaire, contient 2 ovules par loge.

Le fruit est une drupe trigone (à trois valves), de 1 à 1,5 cm de longueur, contenant 1 à 3 noyaux piriformes, brun-rouge. La dissémination est barochore et zoochore (rongeurs, oiseaux). La pollinisation est entomophile (abeilles, guêpes).

D. Phénologie

La floraison précède ou accompagne le débourrement, en mars-avril (fin de la saison sèche en Inde). Le feuillage se développe de avril à juin. La fructification a lieu de mai à juillet. Les feuilles tombent en novembre-décembre. Le gemmage est pratiqué pendant la saison sèche (octobre-juin), lorsque la production de résine est maximale.

E. Habitat naturel

B. serrata est une espèce des forêts sèches à feuilles caduques tropicales et des collines rocheuses, poussant du niveau de la mer jusqu’à 1 200 m d’altitude. Elle préfère les terrains rocheux, les falaises, les éboulis et les sols squelettiques peu profonds, latéritiques ou gréseux, bien drainés. L’espèce est remarquablement xérophile, tolérant des précipitations annuelles aussi faibles que 300 mm et des températures dépassant 45 °C. Cette adaptation aux milieux les plus ingrats lui confère un rôle écologique de « pionnier des rochers ».

F. Distribution géographique

L’aire de répartition est limitée au sous-continent indien : collines de l’Inde centrale et péninsulaire (Madhya Pradesh, Rajasthan, Gujarat, Maharashtra, Andhra Pradesh, Karnataka, Chhattisgarh, Jharkhand). L’espèce est absente d’Asie du Sud-Est et d’Afrique, où elle est remplacée par d’autres espèces du genre (B. sacra, B. papyrifera, B. frereana).

G. Associations végétales

B. serrata est caractéristique des forêts sèches à feuilles caduques du type Anogeissus-Boswellia-Lannea, défini par Champion et Seth (1968). Les espèces associées incluent Anogeissus latifolia, Lannea coromandelica, Sterculia urens, Gardenia gummifera, Terminalia tomentosa, Diospyros melanoxylon et Hardwickia binata. Le sous-bois est composé de graminées (Themeda triandra, Heteropogon contortus) et d’arbustes xérophiles.


III. PARTIES UTILISÉES

La résine oléogommeuse (Olibanum indicum, salai guggul) constitue la drogue officinale. Elle est obtenue par gemmage de l’écorce : des incisions obliques de 5 à 10 cm sont pratiquées dans le tronc et les grosses branches, à travers l’écorce jusqu’au phloème. La résine exsude sous forme de larmes laiteuses qui se solidifient en 2 à 3 semaines, formant des masses irrégulières, translucides à opaques, de couleur jaunâtre à brun doré. Un arbre adulte produit 1 à 3 kg de résine par an.

La résine brute est constituée de trois fractions : la résine proprement dite (60-70 %, contenant les acides boswelliques), la gomme (20-30 %, polysaccharides hydrosolubles) et l’huile essentielle (3-8 %, terpènes volatils). L’extrait thérapeutique est obtenu par extraction sélective de la fraction résineuse dans des solvants organiques (éthanol, acétate d’éthyle).


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La fraction résineuse de B. serrata contient un mélange complexe de triterpènes pentacycliques, dont les acides boswelliques constituent les composés bioactifs majeurs.

Acides boswelliques — Six acides boswelliques principaux ont été caractérisés :

Acide β-boswellique (β-BA) : triterpène à squelette ursane, composant majoritaire (15-25 % de la fraction résineuse).

Acide acétyl-β-boswellique (ABA) : ester acétylé de β-BA (5-10 %).

Acide 11-céto-β-boswellique (KBA) : dérivé oxydé en C-11, l’un des inhibiteurs de la 5-LOX les plus puissants (3-8 %).

Acide acétyl-11-céto-β-boswellique (AKBA) : ester acétylé de KBA, considéré comme le principe actif le plus puissant et le plus spécifique (1-5 %). C’est le marqueur pharmacognosique principal.

Acide α-boswellique (α-BA) : épimère de β-BA (5-10 %).

Acide acétyl-α-boswellique (AαBA) : ester acétylé d’α-BA (2-5 %).

Huile essentielle — L’huile essentielle (3-8 %) est composée principalement de monoterpènes : α-thujène (25-40 %), α-pinène (5-15 %), sabinène (5-10 %), limonène (3-8 %), myrcène (3-7 %). Des sesquiterpènes (β-caryophyllène, α-humulène) sont présents en proportion moindre. Le diterpène incensole et son dérivé acétate d’incensole possèdent des propriétés neuroprotectrices distinctes.

Polysaccharides (gomme) — La fraction gommeuse est un arabinogalactane de haut poids moléculaire, hydrophile, utilisé comme agent d’enrobage et émulsifiant dans les formulations galéniques.

Le contrôle qualité repose sur le dosage de l’AKBA et des acides boswelliques totaux par HPLC-UV (détection à 250 nm). Les extraits standardisés contiennent généralement 30-65 % d’acides boswelliques totaux et 2-10 % d’AKBA. Aucune monographie officielle n’existe dans la Pharmacopée européenne ; la Pharmacopée indienne fournit les spécifications de référence.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Inhibition de la 5-lipoxygénase (5-LOX) — C’est le mécanisme le plus caractéristique et le mieux documenté. L’AKBA se lie directement au site catalytique de la 5-LOX avec une IC50 de 1,5 µM, empêchant la conversion de l’acide arachidonique en leucotriène A4 (LTA4), précurseur des leucotriènes B4, C4, D4 et E4. Les leucotriènes sont des médiateurs puissants de l’inflammation, du bronchospasme et de la perméabilité vasculaire. L’inhibition de la 5-LOX par l’AKBA est non compétitive et réversible (liaison allostérique calcium-dépendante sur un site distinct du site de l’arachidonate), un mécanisme distinct de celui des AINS (qui inhibent principalement les COX). Le KBA est également un inhibiteur puissant (IC50 : 2,8 µM), tandis que les autres acides boswelliques sont moins actifs.

Inhibition de NF-κB — L’AKBA inhibe l’IKK (IκB kinase), empêchant la phosphorylation et la dégradation de l’IκBα, et donc la translocation nucléaire de NF-κB. Ce mécanisme réduit l’expression de gènes pro-inflammatoires codant pour la COX-2, l’iNOS, le TNF-α, l’IL-1β, l’IL-6 et les MMP. L’inhibition de NF-κB complète l’inhibition de la 5-LOX, fournissant une double action anti-inflammatoire.

Inhibition de l’élastase leucocytaire — L’acide β-boswellique et l’ABA inhibent l’élastase leucocytaire humaine (HLE), sérine protéase libérée par les neutrophiles activés, impliquée dans la destruction du cartilage articulaire et du tissu pulmonaire. Les IC50 sont de l’ordre de 15 µM.

Inhibition de la cathepsine G — Les acides boswelliques inhibent la cathepsine G, protéase à sérine des neutrophiles, réduisant la dégradation de la matrice extracellulaire dans les tissus inflammatoires.

Activité anticancéreuse — L’AKBA induit l’apoptose de lignées tumorales (leucémie, glioblastome, cancer du côlon, cancer de la prostate) via l’activation des caspases 3 et 8 et l’inhibition de la topoisomérase I et II. Il inhibe l’angiogenèse tumorale en réduisant l’expression du VEGF. Ces effets sont observés in vitro et dans des modèles animaux xénogreffés.

Neuroprotection — L’acétate d’incensole, composant de l’huile essentielle, active les canaux TRPV3 (Transient Receptor Potential Vanilloid 3) dans le système nerveux central, exerçant un effet anxiolytique et antidépresseur chez l’animal. L’AKBA réduit la neuroinflammation microgliale et protège les neurones dopaminergiques dans les modèles de maladie de Parkinson.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Arthrose — L’essai de Sengupta et al. (2008, Arthritis Res Ther), randomisé en double aveugle chez 75 patients souffrant d’arthrose du genou, a montré qu’un extrait enrichi en AKBA (5-Loxin, 100 mg/jour, 90 jours) réduisait significativement la douleur (échelle VAS : -48,83 % vs -26,66 % placebo ; p < 0,001) et améliorait la fonction articulaire (indice WOMAC). Un essai complémentaire (Aflapin, 100 mg/jour, enrichi en AKBA et en huile non volatile de B. serrata — Sengupta K et al., Int J Med Sci 2010) a montré des résultats encore supérieurs dès le 7e jour de traitement. Une méta-analyse de Yu et al. (2020, BMC Complement Med Ther) portant sur 7 essais (n = 545) a conclu à un effet significatif sur la douleur et la fonction articulaire, avec un profil de tolérance favorable.

Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) — Gupta et al. (1997, Eur J Med Res) ont conduit un essai chez 40 patients atteints de rectocolite hémorragique, montrant une rémission chez 82 % des patients recevant un extrait de boswellia (350 mg trois fois par jour, 6 semaines) versus 75 % sous sulfasalazine — résultat de non-infériorité. Gerhardt et al. (2001, Z Gastroenterol) ont rapporté une non-infériorité de l’extrait de boswellia (H15) par rapport à la mésalazine dans la maladie de Crohn active, avec une réduction du CDAI plus marquée sous H15 (−90 points vs −53 points). Les détails posologiques (dose et durée) sont à vérifier sur le texte intégral.

Asthme — Gupta et al. (1998, Eur J Med Res) ont montré, dans un essai en double aveugle chez 80 patients asthmatiques, une amélioration significative des symptômes et du débit expiratoire de pointe (DEP) avec 300 mg d’extrait de boswellia trois fois par jour pendant 6 semaines (70 % d’amélioration vs 27 % placebo).

Tumeurs cérébrales — Kirste et al. (2011, Cancer) ont conduit un essai randomisé en double aveugle chez 44 patients recevant une radiothérapie cérébrale, montrant une réduction significative de l’œdème péritumoral avec 4 200 mg/jour d’extrait de boswellia, permettant une réduction de la corticothérapie associée.

Limites — Les effectifs des essais sont faibles (n = 40-80), les durées courtes (6-12 semaines) et la standardisation des extraits variable. Des essais multicentriques de plus grande envergure sont nécessaires. L’EMA a publié un rapport d’évaluation préliminaire mais n’a pas encore adopté de monographie communautaire.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Acide acétyl-11-céto-β-boswellique (AKBA) Acide boswellique (triterpène) Inhibiteur de la 5-lipoxygénase
Acides β- et α-boswelliques Triterpènes pentacycliques Anti-inflammatoires
β-caryophyllène Sesquiterpène (HE) Anti-inflammatoire

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Extrait sec standardisé à 30-40 % d’acides boswelliques — 300 à 400 mg trois fois par jour (900-1 200 mg/jour), aux repas. C’est la forme la plus courante dans les essais cliniques.

Extrait enrichi en AKBA (5-Loxin / Aflapin) — 100 à 250 mg par jour, en 1 à 2 prises. Extrait purifié contenant 30 % d’AKBA (5-Loxin) ou enrichi en acide β-boswellique (Aflapin). Forme la plus concentrée et la mieux documentée cliniquement.

Résine brute en poudre — 1 à 3 g par jour, en gélules de 500 mg. Forme traditionnelle conservant l’ensemble du phytocomplexe (résine + gomme + huile essentielle).

Teinture mère (1:5) — 3 à 5 mL par jour, en 3 prises. Extraction dans l’éthanol à 60-70 %.

Crème ou gel topique — Application locale (formulations à 5-10 % d’extrait de boswellia) pour les douleurs articulaires et musculaires. L’absorption transcutanée des acides boswelliques est favorisée par leur lipophilie.

Huile essentielle d’encens indien — Usage en diffusion atmosphérique ou en application cutanée diluée (10 % dans une huile végétale). Effets principalement liés aux monoterpènes (anti-inflammatoire local) et à l’incensole (relaxation).

La durée de cure recommandée est de 8 à 12 semaines, renouvelable. L’effet anti-inflammatoire apparaît progressivement, avec un délai de 1 à 4 semaines.


IX. TOXICOLOGIE

Le profil de sécurité de l’extrait de B. serrata est globalement favorable. La DL50 orale chez la souris dépasse 2 g/kg pour l’extrait standardisé. Les études de toxicité subchronique (90 jours) chez le rat à 500 mg/kg/jour n’ont révélé aucune anomalie significative. L’étude de toxicité chronique de l’AKBA enrichi (5-Loxin) chez le rat pendant 26 semaines n’a montré aucun effet toxique à 90 mg/kg/jour.

Effets indésirables — Troubles gastro-intestinaux légers (nausées, diarrhée, reflux acide) chez 5 à 10 % des patients dans les essais cliniques. Des éruptions cutanées et des dermatites allergiques ont été rarement rapportées. Une sensation de chaleur ou de picotement au niveau épigastrique est parfois signalée.

Interactions médicamenteuses — Les acides boswelliques inhibent les CYP1A2, CYP2C8, CYP2C9, CYP2C19, CYP2D6 et CYP3A4 in vitro, ce qui soulève des préoccupations théoriques d’interactions. En pratique clinique, aucune interaction significative n’a été documentée aux posologies recommandées. La prudence est néanmoins de mise avec les substrats du CYP3A4 à marge thérapeutique étroite (ciclosporine, tacrolimus, warfarine). L’activité anti-inflammatoire peut théoriquement potentialiser les AINS et les corticoïdes.

Contre-indications — Grossesse et allaitement (données insuffisantes), allergie connue aux Burseraceae (myrrhe, élémi). Les patients sous traitement immunosuppresseur ou anticoagulant doivent consulter un professionnel de santé.


X. USAGES HISTORIQUES

En Inde, la résine de B. serrata (salai guggul ou shallaki) est utilisée depuis des millénaires en Ayurveda comme anti-inflammatoire (douleurs articulaires, diarrhées, affections pulmonaires) et comme fumigation purificatrice. Les fumées d’encens de boswellia accompagnent les rituels religieux hindous, les cérémonies de puja et les pratiques de méditation et de yoga. L’arôme balsamique est considéré comme propice à l’élévation spirituelle et à la concentration.

En médecine ayurvédique classique, shallaki est classée comme vedanasthapana (analgésique), shotahara (anti-œdème) et vatakaphaghna (pacifiant les doshas Vata et Kapha). Le Charaka Samhita et le Sushruta Samhita prescrivent la résine pour les douleurs articulaires, les ulcères, les plaies et les diarrhées chroniques.

Les populations tribales du centre de l’Inde (Gonds, Bhils, Kols) utilisent la résine comme mastic, comme adhésif, comme imperméabilisant pour les paniers et les embarcations, et comme répulsif pour les insectes (fumigation). La gomme est utilisée dans la fabrication de bâtonnets d’encens (agarbatti), industrie artisanale majeure en Inde.

La résine de boswellia entre dans la composition de l’encens Kyphi de l’Égypte ancienne et du ketoret du Temple de Jérusalem, témoignant de l’ancienneté et de la dimension transculturelle de l’usage des résines de Boswellia dans les rituels sacrés.

Intérêt écologique

Boswellia serrata est une espèce clé des écosystèmes forestiers secs d’Inde centrale, où elle colonise les substrats rocheux les plus ingrats que peu d’autres arbres peuvent occuper. Sa capacité à s’enraciner dans les fissures de la roche, à tolérer des conditions de sécheresse extrême et à régénérer après les incendies en fait un véritable « arbre pionnier des milieux xériques ». Sa présence contribue à la stabilisation des sols rocheux et à l’initiation de la succession écologique sur les substrats minéraux nus.

L’écorce exfoliante fournit un microhabitat pour les lichens, les bryophytes et les petits arthropodes. Les fleurs nectarifères sont visitées par les abeilles sauvages. Les fruits sont consommés par divers mammifères et oiseaux. L’arbre joue un rôle important dans le cycle de l’eau en interceptant les pluies de mousson et en favorisant l’infiltration dans les roches fissurées.

Les populations naturelles de B. serrata sont menacées par la surexploitation du gemmage, les incendies de forêt récurrents, le surpâturage et la déforestation. La régénération naturelle est faible dans de nombreuses zones, les jeunes plants étant broutés par le bétail. L’espèce est classée « vulnérable » dans plusieurs États indiens. Des programmes de conservation et de plantation sont menés par le Forest Survey of India, mais l’effort reste insuffisant face à l’ampleur de la dégradation des habitats.

Confusions et adultérations

Plusieurs espèces de Boswellia produisent des résines commerciales et peuvent être confondues ou substituées :

Boswellia sacra Flückiger (= B. carterii Birdw.) : oliban d’Arabie et de Somalie. Résine plus pâle, plus aromatique, à profil en acides boswelliques similaire mais à teneur en AKBA variable. Les deux espèces sont parfois confondues dans le commerce, mais B. sacra n’est pas substituable pharmacologiquement à B. serrata dans les indications cliniques étudiées.

Boswellia papyrifera (Del.) Hochst. : encens d’Éthiopie. Résine plus foncée, à profil chimique distinct (enrichi en octanyl acétate, appauvri en AKBA).

Boswellia frereana Birdw. : maydi de Somalie. Résine très parfumée, utilisée en parfumerie, pauvre en acides boswelliques. Ne convient pas à un usage anti-inflammatoire.

Commiphora mukul (guggul) : résine d’une autre Burseraceae, souvent confondue nominalement avec le salai guggul (boswellia). Le guggul contient des guggulstérones (stéroïdes) et non des acides boswelliques. Les deux drogues ont des indications et des mécanismes d’action distincts.

L’identification repose sur l’examen organoleptique de la résine (couleur, odeur, goût), le profil HPLC des acides boswelliques (dosage de l’AKBA, marqueur de B. serrata) et l’analyse GC-MS de l’huile essentielle.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Boswellia serrata est un anti-inflammatoire naturel de premier plan, dont l’originalité pharmacologique réside dans l’inhibition spécifique de la 5-lipoxygénase par les acides boswelliques, mécanisme distinct de celui des AINS classiques (inhibiteurs des COX). L’AKBA, principe actif le plus puissant, associe l’inhibition de la 5-LOX à l’inhibition de NF-κB, de l’élastase leucocytaire et de la cathepsine G, fournissant une action anti-inflammatoire multi-cible.

Les données cliniques les plus solides concernent l’arthrose, pour laquelle plusieurs essais randomisés confirment l’efficacité sur la douleur et la fonction articulaire, avec un profil de tolérance supérieur aux AINS. Les données dans les MICI, l’asthme et l’œdème péritumoral sont prometteuses mais requièrent confirmation par des essais de plus grande envergure.

Le profil de sécurité est favorable aux posologies recommandées. Les enjeux pharmacognosiques incluent la standardisation rigoureuse des extraits (dosage de l’AKBA), la distinction entre les espèces du genre Boswellia, l’amélioration de la biodisponibilité orale des acides boswelliques (faible solubilité aqueuse) et la conservation des populations naturelles menacées par la surexploitation et la dégradation des habitats forestiers secs.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★★☆ Anti-inflammatoire
  • ★★★☆☆ Antiarthrosique
  • ★★☆☆☆ Antalgique

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