GUGGUL

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Planche botanique Guggul

Commiphora mukul (Hook. ex Stocks) Engl. — Guggul

Le Commiphora mukul, communément appelé guggul ou guggulu, est un arbuste épineux de la famille des Burséracées, natif des régions arides du sous-continent indien. Sa gomme-résine, le guggul, est l’un des médicaments les plus anciens et les plus vénérés de la pharmacopée ayurvédique, mentionné dans l’Atharva Veda il y a plus de 3 000 ans pour le traitement de l’obésité, des maladies articulaires et des affections lipidiques. La découverte, dans les années 1960, de son activité hypolipémiante puissante, attribuée aux guggulstérones E et Z, a propulsé cette plante au premier plan de la recherche pharmacologique cardiovasculaire. La présente monographie propose un examen exhaustif des données disponibles sur cette espèce d’intérêt majeur.



I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Règne : Plantae
Sous-règne : Tracheobionta
Division : Magnoliophyta
Classe : Magnoliopsida
Sous-classe : Rosidae
Ordre : Sapindales
Famille : Burseraceae
Genre : Commiphora Jacq.
Espèce : Commiphora wightii (Arn.) Bhandari (1964)

La nomenclature de cette espèce a été l’objet de remaniements successifs. Le basionyme de Commiphora wightii est Balsamodendrum wightii Arn. (publié dans Bull. Bot. Surv. India 6:327, 1964). Le binôme Commiphora mukul (Hook. ex Stocks) Engl. — dont le basionyme est l’homonyme distinct Balsamodendrum mukul Hook. ex Stocks (1848) — est longtemps resté d’usage courant et est aujourd’hui considéré comme synonyme de C. wightii, mais le nom actuellement accepté selon la plupart des flores de référence est Commiphora wightii (Arn.) Bhandari. Pour des raisons de continuité avec la littérature pharmacologique et commerciale, le nom C. mukul reste largement utilisé dans le domaine phytothérapeutique.

Le genre Commiphora est le plus important de la famille des Burséracées, avec environ 200 espèces, principalement africaines et asiatiques. La famille des Burséracées (ordre des Sapindales dans la classification APG IV) comprend environ 750 espèces d’arbres et d’arbustes, souvent résineux et aromatiques, incluant notamment les genres Boswellia (encens) et Bursera. Les noms vernaculaires incluent : guggul, guggulu (sanskrit, hindi), Indian bdellium (anglais), mukul myrrh tree, gum guggul.



II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Commiphora wightii est un arbuste ou petit arbre caducifolié, épineux, tortueux, de 1 à 4 mètres de hauteur (rarement jusqu’à 6 mètres), d’aspect xérophytique caractéristique.

Tronc et écorce : Le tronc est court, souvent ramifié dès la base, sinueux, de 10 à 30 cm de diamètre. L’écorce est mince, papyracée, se desquamant en lambeaux irréguliers, de couleur gris argenté à brun jaunâtre. L’écorce interne est verdâtre et exsude une oléo-gomme-résine jaunâtre à brunâtre lorsqu’elle est incisée : c’est le guggul.

Rameaux : Les rameaux sont rigides, noueux, divariqués, terminés par des épines acérées de 1 à 3 cm. L’écorce des jeunes rameaux est lisse, verdâtre, devenant grisâtre. Les rameaux courts, épineux, portent les feuilles en fascicules.

Feuilles : Les feuilles sont alternes, trifoliolées (rarement unifoliolées sur les rameaux courts). La foliole terminale est plus grande que les latérales. Les folioles sont sessiles ou subsessiles, obovales à rhomboïques, de 1 à 5 cm de long sur 0,5 à 2,5 cm de large, à marge grossièrement dentée dans la moitié supérieure, entière dans la moitié inférieure, à sommet arrondi ou émarginé. La face supérieure est glabre et luisante, la face inférieure pubescente. Les feuilles sont caduques, tombant pendant la saison sèche (de novembre à mars en Inde).

Fleurs : La plante est polygamo-dioïque (portant des fleurs mâles, femelles et bisexuées sur des pieds différents ou sur le même pied). Les fleurs sont petites (4 à 5 mm), sessiles ou courtement pédicellées, groupées par 1 à 3 à l’aisselle des feuilles ou sur les rameaux courts. Le calice est tubulaire, à 4 lobes, pubescent, glanduleux. La corolle comprend 4 pétales linéaires-oblongs, brun rougeâtre, réfléchis à l’anthèse. L’androcée des fleurs mâles et bisexuées comprend 8 étamines en deux verticilles. Le gynécée des fleurs femelles et bisexuées est constitué d’un ovaire supère, biloculaire, surmonté d’un style court et d’un stigmate bilobé. La floraison précède la feuillaison et a lieu en mars-avril.

Fruit : Le fruit est une drupe ovoïde, de 6 à 8 mm de diamètre, rouge à maturité, contenant un noyau dur, biloculaire, à 2 graines (souvent une seule par avortement). La maturation a lieu de mai à juillet.


Écologie et répartition géographique

Commiphora wightii est endémique des régions arides et semi-arides du sous-continent indien. Son aire de répartition principale couvre le Rajasthan (en particulier le désert du Thar), le Gujarat, le Madhya Pradesh et certaines zones arides du Maharashtra, du Karnataka et du Pakistan (Sindh, Balouchistan). L’espèce s’étend également au Bangladesh et aurait été signalée dans le sud de l’Iran.

C’est un xérophyte accompli, adapté aux conditions climatiques extrêmes des déserts chauds : précipitations annuelles de 100 à 500 mm, températures estivales dépassant 48 °C, amplitudes thermiques diurnes pouvant atteindre 25 °C. Il pousse principalement dans la zone bioclimatique aride à semi-aride, sur des sols rocheux, caillouteux ou sableux, bien drainés, calcaires ou gypseux, généralement alcalins (pH 7,5 à 8,5). On le trouve depuis le niveau de la mer jusqu’à environ 800 mètres d’altitude.

L’espèce se développe dans les formations végétales ouvertes de type bush épineux tropical, en association avec Acacia senegal, Salvadora oleoides, Euphorbia caducifolia, Prosopis cineraria et Capparis decidua. Sa croissance est très lente (1 à 2 cm de diamètre de tronc par an), en adéquation avec les conditions environnementales sévères.

La multiplication naturelle se fait principalement par voie végétative (bouturage naturel par enracinement de rameaux tombés au sol), la reproduction sexuée étant limitée par une fructification irrégulière et un faible taux de germination. Cette particularité, combinée à la surexploitation pour la récolte de la résine, explique le déclin dramatique des populations naturelles.


Conservation et écologie de l’espèce

Commiphora wightii est classé comme espèce en danger critique d’extinction (CR) sur la Liste rouge de l’UICN et inscrit à l’Annexe II de la CITES. Le déclin des populations naturelles est alarmant, estimé à plus de 80 % au cours des 60 dernières années dans certaines régions du Rajasthan. Les causes principales sont la surexploitation pour la récolte de la résine (souvent par des méthodes destructrices entraînant la mort de l’arbre), la destruction de l’habitat par l’expansion agricole et le pâturage, et la croissance extrêmement lente de l’espèce qui rend la régénération très difficile.

Le gouvernement indien a interdit l’exportation de guggul brut et a mis en place des programmes de conservation in situ (réserves naturelles au Rajasthan) et de culture ex situ. La multiplication par bouturage de tige s’est révélée la méthode la plus efficace, avec un taux de réussite de 40 à 60 %. Des recherches sont en cours pour améliorer la production de guggulstérones par culture de cellules et transformation génétique.



III. PARTIES UTILISÉES

Gomme-résine (Guggulu) : C’est la drogue officinale, obtenue par incision de l’écorce du tronc et des grosses branches. L’exsudat frais est un fluide visqueux, jaune doré à brun, aromatique, qui se solidifie progressivement à l’air en une masse amorphe, cireuse à résineuse. La gomme-résine de qualité supérieure (appelée Mahishaksha Guggulu) est de couleur doré clair, translucide, d’odeur agréable, balsamique, et de saveur amère et astringente. La qualité inférieure (Kanaka Guggulu) est plus foncée, opaque et moins aromatique.

La récolte traditionnelle se fait par incisions circulaires peu profondes de l’écorce (tapping), pratiquées en novembre-décembre (après la chute des feuilles), lorsque la plante accumule des réserves dans ses tissus. L’exsudat est collecté après 10 à 15 jours. Un arbre peut produire 250 g à 1 kg de résine par saison, selon sa taille et les conditions climatiques.

La composition de la gomme-résine brute est la suivante : résine (environ 61 %), gomme (environ 29,3 %), huile essentielle (environ 1,5 %), matières minérales et eau (environ 8,2 %). C’est la fraction résineuse qui contient les principes actifs majeurs.

La gomme-résine est traditionnellement purifiée (Shodhana) avant utilisation médicinale, par décoction dans différents liquides (lait, décoction de triphala, jus de Curcuma longa) selon l’indication thérapeutique visée. Cette purification élimine les impuretés, modifie la biodisponibilité des principes actifs et réduit les propriétés irritantes pour le tractus digestif.



IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La gomme-résine de guggul présente une composition chimique complexe, avec plus de 150 composés identifiés :

Guggulstérones : Ce sont les composés les plus étudiés et les marqueurs de qualité de la drogue. La guggulstérone E (trans-4,17(20)-pregnadiène-3,16-dione) et la guggulstérone Z (cis-4,17(20)-pregnadiène-3,16-dione) sont des cétostéroïdes de structure stéroïdienne particulière (configuration pregnane), qui constituent 2 à 5 % de la fraction résineuse. La distinction E/Z se réfère à la géométrie de la double liaison en C-17(20). La guggulstérone Z est considérée comme la forme la plus active pharmacologiquement. Ces composés sont des antagonistes du récepteur nucléaire farnésoïde X (FXR), ce qui constitue un mécanisme d’action unique dans le règne végétal.

Autres stéroïdes : La guggulstérol I, II et III, la guggulstérone M, la 20-alpha-hydroxypregn-4-ène-3-one et le cholestérol ont été identifiés dans la fraction lipophile.

Lignanes : Les guggullignanes I et II, la sésamine et le diayangambin sont des lignanes isolés de la gomme-résine, possédant des activités antioxydantes et anti-inflammatoires.

Diterpènes : Les mukulol (cembrènes A et B), allylcembrol et d’autres diterpènes macrocycliques ont été caractérisés. Le mukulol représente environ 1 à 2 % de la fraction résineuse.

Flavonoïdes : La quercétine, la naringénine et la muscanone (flavanone originale) ont été identifiées.

Huile essentielle : Elle représente 1 à 1,5 % de la gomme-résine brute et contient des sesquiterpènes (guaiène, bulnésène, caryophyllène), des monoterpènes (myrcène, eugénol, limonène) et des esters. Elle confère au guggul son odeur balsamique caractéristique.

Fraction gommique : La gomme est un polysaccharide composé principalement d’arabinose, de galactose, d’acide glucuronique et de fucose. Elle ne présente pas d’activité pharmacologique notable mais sert de véhicule et de support aux autres composés.



V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Les propriétés pharmacologiques du guggul sont dominées par l’activité hypolipémiante, mais d’autres actions significatives ont été documentées :

Activité hypolipémiante : C’est l’activité la plus étudiée et la mieux documentée. Les guggulstérones E et Z exercent leur effet hypolipémiant par un mécanisme moléculaire unique : l’antagonisme du récepteur farnésoïde X (FXR). Ce récepteur nucléaire, activé physiologiquement par les acides biliaires, joue un rôle central dans l’homéostasie du cholestérol. En bloquant le FXR, les guggulstérones empêchent la répression du gène CYP7A1, codant pour la cholestérol 7-alpha-hydroxylase, enzyme limitante de la conversion du cholestérol en acides biliaires. Le résultat net est une augmentation de la transformation du cholestérol en acides biliaires et une augmentation de leur excrétion fécale. Par ailleurs, les guggulstérones stimulent l’expression des récepteurs hépatiques aux LDL, augmentant ainsi la clairance du LDL-cholestérol circulant. Chez le rat et le lapin hypercholestérolémiques, des réductions de 20 à 40 % du cholestérol total et de 30 à 50 % des triglycérides ont été rapportées.

Activité anti-inflammatoire : Les guggulstérones inhibent l’activation du facteur nucléaire NF-kappaB, réduisant la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-alpha, IL-1-bêta, IL-6). Sur les modèles d’œdème à la carragénine et d’arthrite induite chez le rat, une activité anti-inflammatoire significative a été démontrée, comparable à celle de la phénylbutazone. Les lignanes contribuent également à cette activité.

Activité thyromimétique : Des études chez le rat ont montré une augmentation des taux de T3 et T4 circulants après administration de guggulstérones, par stimulation de l’activité de l’iodothyronine désiodase. Cet effet thyréostimulant pourrait contribuer à l’activité hypolipémiante (augmentation du métabolisme basal et de la clairance du cholestérol) et à l’effet anti-obésité.

Activité antiplaquettaire et fibrinolytique : Les guggulstérones inhibent l’agrégation plaquettaire induite par l’ADP et le collagène, et stimulent l’activité fibrinolytique plasmatique. Ces propriétés complètent le profil cardiovasculaire de la drogue.

Activité antioxydante : Les extraits de guggul exercent une activité antioxydante modérée, principalement attribuée aux flavonoïdes et aux lignanes. L’inhibition de l’oxydation des LDL constitue un mécanisme anti-athérosclérotique complémentaire.

Activité dermatologique : Des effets antibactériens (contre Propionibacterium acnes) et anti-inflammatoires cutanés ont été démontrés, justifiant l’usage traditionnel dans l’acné et les affections cutanées.



VI. DONNÉES CLINIQUES

Les données cliniques sur le guggul sont abondantes mais controversées, avec un contraste frappant entre les essais indiens (majoritairement positifs) et les essais occidentaux (résultats mitigés) :

Dyslipidémie – Essais indiens : Les premiers essais cliniques ont été réalisés dans les années 1960-1970 par Satyavati et collaborateurs. Un essai multicentrique indien (Nityanand et al., 1989, Journal of the Association of Physicians of India), portant sur 233 patients hyperlipidémiques traités pendant 12 semaines par un extrait standardisé (gugglipide, 50 mg de guggulstérones par jour), a rapporté une réduction du cholestérol total de 11,7 %, des triglycérides de 16,8 % et du LDL-cholestérol de 12,5 %, avec une augmentation du HDL-cholestérol de 16 %. Ces résultats ont conduit à l’approbation du gugglipide comme médicament hypolipémiant en Inde en 1986.

Dyslipidémie – Essai américain : Cependant, un essai randomisé de bonne qualité méthodologique mené par Szapary et al. (2003, JAMA) aux États-Unis, portant sur 103 adultes hypercholestérolémiques traités pendant 8 semaines par un extrait standardisé (gugglipide à 2,5 % de guggulstérones : 1 000 mg ou 2 000 mg de gugglipide par jour, soit 25 mg ou 50 mg de guggulstérones), n’a montré aucune réduction significative du LDL-cholestérol. Au contraire, les deux doses ont augmenté le LDL par rapport au placebo : +4 % pour la dose standard (p = 0,01) et +5 % pour la dose élevée (p = 0,006), le groupe placebo ayant lui-même réduit son LDL de 5 %. Cet essai, publié dans une revue de premier plan, a considérablement tempéré l’enthousiasme initial.

Interprétation des divergences : Plusieurs facteurs pourraient expliquer ces résultats contradictoires : différences dans les préparations utilisées (extrait purifié versus guggul brut traditionnel), différences alimentaires entre populations (régime végétarien indien versus régime occidental), différences génétiques dans le métabolisme des stéroïdes, et variabilité de la qualité des matières premières.

Arthrose : Un essai randomisé contrôlé (Singh et al., 2003, Alternative Therapies in Health and Medicine) portant sur 30 patients atteints d’arthrose du genou a montré une amélioration significative de la douleur et de la fonction articulaire après un traitement de 2 mois par un extrait de guggul (500 mg trois fois par jour).

Acné : Un essai comparatif (Thappa & Dogra, 1994) a montré une efficacité comparable du guggul (gugglipide équivalent à 25 mg de guggulstérones, deux fois par jour, soit 50 mg/jour) à la tétracycline (500 mg deux fois par jour, soit 1 000 mg/jour) dans le traitement de l’acné nodulokystique sur une période de 3 mois.

Obésité : Les données cliniques sur l’activité anti-obésité restent préliminaires et les résultats sont non concluants à ce stade.



VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Guggulstérones E et Z Stéroïdes (phytostérols) Hypolipémiantes, anti-inflammatoires
Guggulstérols Stéroïdes Constituants associés
Guggullignanes, sésamine Lignanes Antioxydants

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Guggul purifié (Shuddha Guggulu) : La gomme-résine traditionnellement purifiée selon les procédés ayurvédiques. Posologie : 2 à 4 g par jour en deux à trois prises.

Gugglipide (extrait standardisé) : Extrait éthylacétate de la gomme-résine, standardisé à 2,5 à 5 % de guggulstérones E et Z combinées. Posologie : 25 à 50 mg de guggulstérones totales par jour, soit 500 à 1 000 mg d’extrait standardisé, en deux à trois prises au cours des repas.

Comprimés Yogaraja Guggulu : Formulation ayurvédique classique associant le guggul à plusieurs plantes et minéraux pour les troubles articulaires. 2 à 4 comprimés de 250 mg, deux à trois fois par jour.

Kaisora Guggulu : Formulation pour les affections cutanées et inflammatoires. 2 à 4 comprimés, deux à trois fois par jour.

Teinture : Peu utilisée en raison de la nature résineuse de la drogue, qui se dissout mal dans les mélanges hydro-alcooliques classiques.

La durée de traitement recommandée est de 12 à 24 semaines dans les indications métaboliques, avec réévaluation régulière du bilan lipidique.



IX. TOXICOLOGIE

Toxicité aiguë : La DL50 par voie orale de l’extrait de guggul chez le rat est supérieure à 1 600 mg/kg, indiquant une faible toxicité aiguë.

Effets indésirables : Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés dans les essais cliniques sont des troubles gastro-intestinaux (nausées, diarrhée, éructations, hoquet) survenant chez 5 à 15 % des patients. Des éruptions cutanées allergiques ont été décrites dans quelques cas. Des cas de céphalées ont été rapportés. La guggul purifié selon les procédés traditionnels semble mieux toléré que l’extrait non purifié.

Effet thyréostimulant : L’activité thyromimétique du guggul constitue un point de vigilance important chez les patients atteints d’hyperthyroïdie ou recevant des hormones thyroïdiennes.

Interactions médicamenteuses : Les guggulstérones sont des inducteurs puissants du cytochrome P450 3A4 (CYP3A4) et de la glycoprotéine P. Cela peut entraîner une diminution des concentrations plasmatiques et de l’efficacité de nombreux médicaments substrats du CYP3A4, incluant les statines (atorvastatine, simvastatine), les immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus), les antirétroviraux (inhibiteurs de protéase), les contraceptifs oraux et les anticoagulants oraux. Cette interaction est cliniquement significative et constitue un risque majeur d’inefficacité thérapeutique.

Contre-indications : Grossesse (effet utérotonique rapporté dans les textes traditionnels), allaitement, hyperthyroïdie, diarrhée chronique, maladies inflammatoires intestinales actives.



X. USAGES HISTORIQUES

Le guggul occupe une place de premier plan dans la pharmacopée ayurvédique, où il est considéré comme l’un des Rasayana (rajeunissants) les plus importants :

Ayurveda : Le guggul est mentionné dans l’Atharva Veda (environ 1 200 av. J.-C.), l’un des quatre Vedas, comme traitement de l’obésité et des maladies articulaires. Charaka et Sushruta lui consacrent des développements importants, le prescrivant dans le Medoroga (obésité/dyslipidémie), le Vataroga (maladies arthritiques), le Galaganda (goitre) et les Kushtha (maladies cutanées). Le guggul est décrit comme pénétrant (Tikshna), chaud (Ushna Virya), amer et piquant (Katu-Tikta Rasa), et capable de pacifier les trois doshas lorsqu’il est associé aux plantes appropriées. C’est pourquoi il entre dans la composition de très nombreuses formules polyherbes (Yogas), dont le nombre dépasse la centaine.

Médecine Unani : Sous le nom de Muqil, la gomme-résine est utilisée comme emménagogue, expectorant et anti-inflammatoire articulaire.

Usage rituel : Le guggul est brûlé comme encens dans les temples hindous et lors de cérémonies religieuses, une pratique qui remonte à l’époque védique. L’étymologie même du mot « guggul » dérive du sanskrit « guggulu » signifiant « qui protège contre les maladies ».


Confusions et adultérations

Les principales sources de confusion et d’adultération concernent d’autres espèces de Commiphora productrices de résines :

Commiphora myrrha (Nees) Engl. (myrrhe) produit une gomme-résine d’aspect similaire mais de composition chimique très différente (furanosesquiterpènes au lieu de guggulstérones). Commiphora africana (A. Rich.) Engl., espèce africaine, est parfois substituée sur le marché international. Boswellia serrata Roxb. (encens indien) produit une résine qui peut être mélangée frauduleusement au guggul.

L’adultération par des résines synthétiques ou des charges minérales est rapportée dans le commerce. Le contrôle de qualité repose sur le dosage des guggulstérones E et Z par HPLC, le profil chromatographique CCM de la fraction résineuse, et le dosage des cendres totales (indicateur d’adultération par des charges minérales).



XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Le guggul illustre à la fois les promesses et les défis de la phytothérapie fondée sur les preuves. D’un côté, un usage traditionnel millénaire cohérent, un mécanisme d’action moléculaire élégamment élucidé (antagonisme du FXR), et des données précliniques robustes. De l’autre, des résultats cliniques contradictoires entre les contextes indien et occidental, des problèmes de standardisation des préparations, et des interactions médicamenteuses potentiellement dangereuses.

La conservation de l’espèce est une préoccupation majeure : l’augmentation de la demande mondiale pour les compléments alimentaires à base de guggul menace directement la survie des populations naturelles d’un arbuste à croissance lente et à habitat restreint. Le développement de la culture et de méthodes biotechnologiques alternatives est urgent.

En l’état actuel des connaissances, le guggul peut être considéré comme un complément intéressant dans la prise en charge des dyslipidémies modérées, en particulier dans un contexte alimentaire et génétique favorable, mais il ne saurait se substituer aux traitements hypolipémiants de référence dans les hypercholestérolémies à haut risque cardiovasculaire. La surveillance des interactions médicamenteuses et de la fonction thyroïdienne est impérative.



XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

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Nityanand S. et al. (1989). Clinical trials with gugulipid: a new hypolipidaemic agent. Journal of the Association of Physicians of India, 37(5), 323-328.

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Shishodia S., Harikumar K.B., Dass S., Ramawat K.G., Aggarwal B.B. (2008). The guggul for chronic diseases: ancient medicine, modern targets. Anticancer Research, 28(6A), 3647-3664.

Singh R.B., Niaz M.A., Ghosh S. (1994). Hypolipidemic and antioxidant effects of Commiphora mukul as an adjunct to dietary therapy in patients with hypercholesterolemia. Cardiovascular Drugs and Therapy, 8(4), 659-664.

Szapary P.O. et al. (2003). Guggulipid for the treatment of hypercholesterolemia: a randomized controlled trial. JAMA, 290(6), 765-772.

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Urizar N.L. et al. (2002). A natural product that lowers cholesterol as an antagonist ligand for FXR. Science, 296(5573), 1703-1706.

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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Hypolipémiant
  • ★★★☆☆ Anti-inflammatoire (articulaire)
  • ★★☆☆☆ Antiarthrosique

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