Le Prince du Lac

Fructanes

Molécule · Phytochimie

Les fructanes sont des chaînes de fructose, le sucre des fruits, que certaines plantes fabriquent à partir du saccharose pour mettre des sucres en réserve. Ils forment une famille de polysaccharides solubles dans l’eau, et l’inuline, la plus connue, n’en est qu’un membre parmi d’autres. On estime qu’environ 15 % des plantes à fleurs en accumulent. Sur ce site, ils sont cités dans 53 fiches de plantes, pour près de la moitié chez les graminées, et aussi chez des Astéracées comme la chicorée, le pissenlit, la bardane ou l’aunée, chez les campanules, les ails et l’asperge.

I. Ce qui les rassemble

Un fructane se construit toujours de la même manière : la plante part d’une molécule de saccharose, le sucre de table, qui associe un glucose à un fructose, et y ajoute d’autres unités de fructose grâce à des enzymes appelées fructosyltransférases. Les chaînes courtes, comme le kestose (ou 1-kestotriose) et le nystose, portent le nom de fructo-oligosaccharides ; les plus longues sont de véritables polysaccharides.

Ce qui distingue les différents fructanes, c’est la façon dont les fructoses s’attachent les uns aux autres. Dans les fructanes de type inuline, chaque fructose est relié au suivant par une liaison dite β-2,1 : c’est le cas de l’inuline de la chicorée. Dans les fructanes de type lévane, la liaison est de type β-2,6 ; on les rencontre chez des plantes et chez des micro-organismes, y compris certaines bactéries de notre intestin. D’autres types existent, comme les graminanes, et une revue de 2018 note que ces types diffèrent notamment par leur degré de ramification. Chaque famille de plantes a en général son type propre, si bien que l’inuline et les fructanes ne sont pas synonymes : toute inuline est un fructane, mais tout fructane n’est pas de l’inuline. La famille du buis en donne un exemple frappant : la pachysandre (Pachysandra terminalis) y accumule des fructanes de type graminane et lévane, alors que les feuilles du buis ne contiennent que de petits fructanes de type inuline. Enfin, on trouve des fructanes dans tous les grands règnes du vivant, sauf chez les animaux.

II. Leur rôle dans la plante

Le premier rôle des fructanes est de mettre des sucres de côté. Dans les régions froides, le blé et les graminées des climats tempérés en accumulent dans leurs parties végétatives pour passer l’hiver, puis les dégradent au printemps pour repartir. La chicorée et l’asperge font de même dans leurs racines, où ces réserves servent à la pousse des nouvelles feuilles ou des turions au printemps.

Les fructanes font aussi davantage. Plusieurs équipes ont montré, sur des membranes artificielles, qu’ils s’insèrent entre les lipides des membranes et les empêchent de fuir quand l’eau vient à manquer, pendant le gel ou la sécheresse. Des plantes que l’on a rendues capables de fabriquer des fructanes par génie génétique ont gagné en résistance au froid ou à la sécheresse. Une revue de 2018 avance que la présence de fructanes pourrait être liée au manque d’eau, tout en reconnaissant que l’on ignore encore pourquoi seules certaines plantes en fabriquent.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

Dans notre intestin, les fructanes sont fermentés par les bactéries qui y vivent, et ils sont pour cette raison utilisés comme prébiotiques, c’est-à-dire comme aliments pour les bactéries utiles de l’intestin. Beaucoup d’essais ont porté sur l’inuline de chicorée, dont la page propre détaille les résultats. Une méta-analyse de 2023, réunissant 50 essais et 2 525 participants, montre qu’entre 3 et 20 grammes par jour ces fructanes augmentent significativement la population des bifidobactéries et améliorent certains paramètres du transit chez les personnes en bonne santé.

La fermentation a son revers. Les fructanes appartiennent au groupe des sucres fermentescibles que les gastro-entérologues désignent par le sigle anglais FODMAP : dans l’intestin, ils attirent de l’eau et produisent des gaz, ce qui gêne les personnes dont l’intestin est particulièrement sensible. Chez les personnes atteintes du syndrome de l’intestin irritable, une méta-analyse de 2019 n’a pas trouvé d’amélioration des symptômes avec les prébiotiques, et les fructanes de type inuline y aggravaient même les flatulences. Un essai norvégien de 2018 a apporté un éclairage inattendu : chez 59 personnes qui se disaient sensibles au gluten sans être atteintes de maladie cœliaque, ce sont les fructanes, et non le gluten, qui ont provoqué le plus de ballonnements et d’inconfort.

IV. Précautions

Pour la plupart des gens, les fructanes des légumes, des céréales et des plantes médicinales font partie d’une alimentation ordinaire. La précaution concerne les personnes à l’intestin sensible. Chez celles qui sont atteintes du syndrome de l’intestin irritable, une alimentation pauvre en FODMAP, donc en fructanes, soulage les symptômes dans 50 à 80 % des cas selon une revue de 2017. Cette même revue note toutefois qu’un tel régime modifie profondément la flore intestinale, et qu’on ignore encore la portée de ces changements : mieux vaut le mener avec un professionnel de santé. Une personne qui pense mal supporter le gluten gagnera aussi à en parler à son médecin, puisque les aliments qui contiennent du gluten contiennent souvent aussi des fructanes, qui peuvent être en cause.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 53 fiches qui citent les fructanes sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Amaryllidacées — Ail à trois angles, Ail cultivé, Ail de la sainte-victoire, Poireau de vigne.

Asparagacées — Agave d'amérique, Asperge, Sceau de Salomon commun, Scille maritime.

Astéracées — Arnica des montagnes, Bardane à petites têtes, Bardane commune, Chicorée sauvage, Inule aunée, Pissenlit à graines rouges, Pissenlit des alpes, Pissenlit des marais, Pissenlit officinal, Pissenlit tardif.

Campanulacées — Campanule à feuilles rondes, Campanule raiponce, Raiponce en épi.

Cypéracées — Laîche des bois, Laîche des marais, Laîche glauque, Laîche hérissée, Laîche vulgaire.

Iridacées — Romulée à petites fleurs.

Liliacées — Gagée des prés, Gagée fistuleuse.

Poacées — Agrostide commune, Agrostide stolonifère, Brize intermédiaire, Brize mineure, Brome dressé, Brome mou, Brome stérile, Canche cespiteuse, Chiendent maritime, Chiendent rampant, Dactyle aggloméré, Fétuque élevée, Fétuque ovine, Houlque laineuse, Molinie bleue, Panicaut sanguin, Pâturin annuel, Pâturin des prés, Ray-grass anglais, Ray-grass d’italie, Seigle cultivé, Stipe pennée, Vulpin des champs, Vulpin des prés.

Sources

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  • Morales-Quintana L., Ramos P., Parra-Palma C., « Fructans and Fructooligosaccharides in Plants and Fruits: Metabolism, Functional Roles, and Emerging Biotechnological Opportunities », Molecules, 2026, 31(15), 2656. PMID 42588504.
  • Young I.D., Latousakis D., Juge N., « The Immunomodulatory Properties of β-2,6 Fructans: A Comprehensive Review », Nutrients, 2021, 13(4), 1309. PMID 33921025.
  • Versluys M., Kirtel O., Toksoy Öner E., Van den Ende W., « The fructan syndrome: Evolutionary aspects and common themes among plants and microbes », Plant, Cell & Environment, 2018, 41(1), 16-38. PMID 28925070.
  • Yoshida M., « Fructan Structure and Metabolism in Overwintering Plants », Plants, 2021, 10(5), 933. PMID 34067059.
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  • Nagy D.U., Sándor-Bajusz K.A., Bódy B., Decsi T., Van Harsselaar J. et coll., « Effect of chicory-derived inulin-type fructans on abundance of Bifidobacterium and on bowel function: a systematic review with meta-analyses », Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 2023, 63(33), 12018-12035. PMID 35833477.
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  • Wilson B., Rossi M., Dimidi E., Whelan K., « Prebiotics in irritable bowel syndrome and other functional bowel disorders in adults: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials », American Journal of Clinical Nutrition, 2019, 109(4), 1098-1111. PMID 30949662.
  • Skodje G.I., Sarna V.K., Minelle I.H., Rolfsen K.L., Muir J.G. et coll., « Fructan, Rather Than Gluten, Induces Symptoms in Patients With Self-Reported Non-Celiac Gluten Sensitivity », Gastroenterology, 2018, 154(3), 529-539. PMID 29102613.
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