MACA

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Planche botanique Maca

La maca, Lepidium meyenii Walp., est une plante herbacée des hauts plateaux andins dont l’hypocotyle charnu est consommé depuis des millénaires par les populations quechuas et aymaras comme aliment tonique et fortifiant. Cultivée entre 3 800 et 4 500 m d’altitude dans la puna du Pérou central, elle représente l’une des rares espèces cultivées capables de prospérer dans des conditions environnementales extrêmes : gels nocturnes, rayonnement ultraviolet intense, vents violents et sols pauvres. Cette résilience exceptionnelle a naturellement conduit les populations andines à lui attribuer des propriétés tonifiantes et fertilisantes.

L’intérêt scientifique occidental pour la maca s’est développé à partir des années 1990, stimulé par les travaux pionniers de Gustavo Gonzales (Universidad Peruana Cayetano Heredia) sur ses effets sur la fertilité et la fonction sexuelle. La découverte de métabolites originaux — macamides, macaènes et glucosinolates — a confirmé l’originalité phytochimique de cette Brassicacée andine. Aujourd’hui, la maca fait l’objet d’une production croissante, d’un commerce mondialisé et de débats scientifiques sur la validité de ses multiples allégations thérapeutiques.


I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Lepidium meyenii Walp. appartient à la famille des Brassicaceae (Crucifères), ordre des Brassicales, clade des Rosidées (APG IV). Le genre Lepidium L. est cosmopolite, comprenant environ 230 espèces herbacées. L’espèce a été décrite par Wilhelm Gerhard Walpers en 1843, à partir de spécimens collectés dans les Andes péruviennes. Le synonyme Lepidium peruvianum Chacón, proposé par Gloria Chacón de Popovici en 1990 pour les formes cultivées, est contesté taxonomiquement et n’est généralement pas accepté.

L’analyse phylogénétique (marqueurs ITS et chloroplastiques) place L. meyenii dans la section Monoploca du genre Lepidium, proche de L. bipinnatifidum et de L. chichicara, espèces sauvages des hauts plateaux andins. L’espèce est diploïde (2n = 64), avec un génome relativement large pour une Brassicacée.

Le nom Lepidium dérive du grec lepidion (petite écaille), en référence à la forme des silicules. L’épithète meyenii honore le botaniste allemand Franz Julius Ferdinand Meyen (1804-1840). Les noms vernaculaires incluent : maca (espagnol et quechua), maca-maca, maino, ayak chichira (quechua), pepperweed (anglais). En français, le terme « maca » est le plus courant.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

A. Port général

Lepidium meyenii est une plante herbacée, annuelle à bisannuelle, de port prostré à semi-prostré, atteignant 12 à 20 cm de hauteur seulement. La rosette foliaire, plaquée au sol, forme un disque de 15 à 30 cm de diamètre. Ce port rasant est une adaptation aux vents violents et aux conditions extrêmes de la puna andine. La partie hypogée — un hypocotyle charnu renflé — constitue l’organe de réserve et d’intérêt agronomique.

B. Appareil végétatif

L’organe souterrain principal est un hypocotyle (et non un tubercule au sens strict), napiforme à globuleux, de 3 à 8 cm de diamètre et de 3 à 6 cm de longueur. Sa forme évoque celle d’un petit navet ou d’un radis. La couleur de l’épiderme varie selon les écotypes : jaune crème (le plus courant), rouge, violet, noir, gris ou bicolore. L’intérieur est blanc à jaune pâle, charnu, à saveur piquante-sucrée évoquant le butterscotch. La racine proprement dite, fine et pivotante, se prolonge sous l’hypocotyle sur 10 à 20 cm.

Les feuilles basales forment une rosette dense, prostrée. Elles sont bipennatiséquées, de 10 à 20 cm de longueur, à segments linéaires à oblongs. Les feuilles sont renouvelées en continu depuis le méristème central de la rosette, les feuilles externes sénescant progressivement. La surface foliaire totale réduite est une adaptation à la dessiccation et au rayonnement UV intense.

C. Appareil reproducteur

La hampe florale, produite après la maturation de l’hypocotyle (généralement la seconde année), est une grappe composée compacte, dressée, de 2 à 5 cm de hauteur. Les fleurs sont typiques des Brassicacées : petites (2-3 mm), tétramères, à 4 sépales verdâtres et 4 pétales blanc crème, très réduits. Les étamines sont au nombre de 2 (réduction caractéristique du genre Lepidium). L’ovaire supère produit une silicule orbiculaire-ovoïde de 3 à 4 mm, contenant 2 graines.

Les graines sont ovales, aplaties, brun rougeâtre, de 1 à 2 mm. L’autofécondation est le mode de reproduction prédominant, la plante étant largement autogame, ce qui contribue à l’homogénéité génétique des populations cultivées.

D. Phénologie

Le cycle cultural traditionnel débute par le semis en septembre-novembre (printemps austral). La rosette foliaire se développe pendant 7 à 9 mois, l’hypocotyle se renflant progressivement. La récolte intervient de juin à août, soit environ 8 à 10 mois après le semis. Si la plante est laissée en place, la floraison et la fructification se produisent pendant la saison sèche (mai-juillet) de l’année suivante. Le cycle complet, du semis à la production de graines, dure 14 à 18 mois.

E. Habitat naturel

L. meyenii est une espèce strictement inféodée aux hauts plateaux andins, entre 3 800 et 4 500 m d’altitude, dans l’étage bioclimatique de la puna humide. L’environnement est caractérisé par des températures moyennes basses (0 à 7 °C), des amplitudes thermiques journalières considérables (gels nocturnes fréquents), un rayonnement solaire intense (dont un flux UV élevé), des vents forts et des sols pauvres, acides (pH 4,5-5,5), à faible teneur en matière organique. La pluviométrie annuelle est de 500 à 800 mm, concentrée pendant la saison humide (octobre-mars).

F. Distribution géographique

L’aire de culture historique se concentre dans les départements de Junín et Pasco, au centre du Pérou, autour des localités de Carhuamayo, Junín et Óndores, sur le plateau de Bombón à 4 100 m d’altitude. La culture s’est étendue au cours des dernières décennies à d’autres régions andines du Pérou (Cusco, Puno, Huancavelica) et à la Bolivie. Des essais de culture ont été réalisés en Chine (Yunnan, à 3 000-3 500 m), avec des résultats variables quant à la qualité phytochimique du produit obtenu.

G. Associations végétales

La puna est dominée par des graminées en touffes (genres Stipa, Festuca, Calamagrostis), des Astéracées (genres Senecio, Werneria, Perezia) et des Rosacées naines (Alchemilla). La maca est cultivée en rotation avec des jachères longues (5 à 10 ans) pâturées par les camélidés (lamas, alpagas). Ces animaux contribuent à la fertilisation organique du sol. La culture est traditionnellement extensive, sans irrigation ni intrants chimiques.


III. PARTIES UTILISÉES

L’hypocotyle (improprement appelé « racine » ou « tubercule ») constitue la partie utilisée, tant en alimentation qu’en phytothérapie. Après la récolte, les hypocotyles sont traditionnellement séchés au soleil pendant plusieurs semaines sur les plateaux de la puna. Le produit sec (maca seca) se conserve pendant des années et constitue la forme commerciale de base.

Plusieurs types de maca sont distingués selon la couleur de l’épiderme de l’hypocotyle, chaque écotype présentant un profil phytochimique et des propriétés légèrement différents :

— La maca jaune (la plus courante, environ 60 % de la production) est la forme la plus étudiée cliniquement, notamment pour ses effets sur la fertilité.

— La maca rouge est enrichie en proanthocyanidines et a montré des propriétés spécifiques sur l’hypertrophie prostatique chez l’animal.

— La maca noire est réputée la plus active sur la spermatogenèse et la cognition dans les études précliniques.

La poudre de maca gélatinisée (traitée par cuisson et extrusion) est une forme commerciale courante, dont le procédé de fabrication élimine l’amidon et concentre les principes actifs.


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La composition de l’hypocotyle sec est d’abord nutritionnelle : glucides (59-65 %, principalement amidon et sucres libres), protéines (10-14 %, profil en acides aminés essentiels complet), fibres (8-9 %), lipides (2-3 %), minéraux (fer, zinc, calcium, potassium, cuivre) et vitamines (B1, B2, B6, C, niacine). Au-delà de cette composition nutritionnelle, plusieurs classes de métabolites secondaires bioactifs ont été identifiées.

Macamides — Les macamides sont des amides d’acides gras à longue chaîne (N-benzylamides), spécifiques du genre Lepidium et considérés comme les marqueurs phytochimiques les plus caractéristiques de la maca. Les principaux sont : le N-benzylhexadécanamide, le N-benzyl-(9Z)-octadécénamide, le N-benzyl-(9Z,12Z)-octadécadiénamide et le N-(3-méthoxybenzyl)-(9Z,12Z,15Z)-octadécatriénamide. Leur teneur totale est de 0,01 à 0,12 % de la masse sèche. Les macamides sont des inhibiteurs de la FAAH (Fatty Acid Amide Hydrolase), enzyme de dégradation des endocannabinoïdes.

Macaènes — Les macaènes sont des acides gras polyinsaturés à longue chaîne, non conjugués, également spécifiques de la maca. Le principal est le macaène-1 (acide (1R,3S)-1-méthyltétrahydro-β-carboline-3-carboxylique).

Glucosinolates — En tant que Brassicacée, la maca contient des glucosinolates, précurseurs d’isothiocyanates biologiquement actifs. Les principaux sont le glucotropaéoline (benzyl-glucosinolate), le m-méthoxybenzyl glucosinolate et le 5-méthylsulfinylpentyl glucosinolate. Leur teneur est de 1 à 10 mg/g de masse sèche, variable selon l’écotype et les conditions de culture.

Alcaloïdes — Les macaridinies (imidazoliques) et le lepidiline A et B (1,3-dibenzyl-4,5-diméthylimidazolium) sont des alcaloïdes caractéristiques, présents à l’état de traces. La (1R,3S)-1-méthyltétrahydro-β-carboline-3-carboxylique (MTCA) est un dérivé de la β-carboline potentiellement actif sur le système nerveux central.

Stérolsβ-sitostérol, campestérol, stigmastérol et brassicastérol, représentant 0,05 à 0,1 % de la masse sèche.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Effets sur la fertilité et la fonction sexuelle — Contrairement à une idée répandue, la maca n’agit pas comme un phytoestrogène ni comme un androgène direct. Les taux sériques de testostérone, d’œstradiol, de LH et de FSH ne sont pas modifiés par l’administration de maca chez l’homme. Le mécanisme proposé repose sur l’action des macamides : en inhibant la FAAH, ils augmentent les taux d’endocannabinoïdes (anandamide), qui modulent positivement la libido et le bien-être via les récepteurs CB1 centraux. Les glucosinolates (et leurs dérivés isothiocyanates) pourraient contribuer aux effets sur la spermatogenèse, bien que le mécanisme précis reste à élucider.

Activité sur le système nerveux central — La maca noire améliore la mémoire et l’apprentissage chez la souris, un effet attribué à l’inhibition de l’acétylcholinestérase par les macamides et à la modulation des récepteurs NMDA. Les alcaloïdes β-carboliniques (MTCA) pourraient exercer un effet anxiolytique via une action GABAergique.

Activité adaptogène — La maca réduit les marqueurs biologiques du stress (cortisol, ACTH) chez l’animal soumis à un stress chronique, sans modifier la réponse aiguë au stress. L’amélioration de la résistance à l’effort physique (augmentation du temps de nage jusqu’à épuisement, épargne glycogénique) est bien documentée chez l’animal.

Effets sur la prostate — La maca rouge réduit le poids de la prostate dans les modèles murins d’hyperplasie prostatique induite par la testostérone, un effet attribué aux glucosinolates et à leurs dérivés isothiocyanates, qui inhibent la 5α-réductase.

Activité antioxydante — Les polyphénols, les glucosinolates et les macamides contribuent à une activité antioxydante modérée, principalement par piégeage des radicaux libres et activation de la SOD.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Fertilité masculine — L’essai de Gonzales et al. (2001, Asian J Androl), randomisé en double aveugle chez 12 hommes sains, a montré que la maca (1 500 ou 3 000 mg/jour, 4 mois) augmentait significativement le volume de sperme, la numération spermatique et la motilité des spermatozoïdes, sans modification des taux hormonaux (testostérone, LH, FSH, œstradiol). Une méta-analyse de Lee et al. (2016, Maturitas) portant sur 5 essais a conclu à un effet positif sur les paramètres spermatiques, mais a souligné la faiblesse des effectifs.

Libido et fonction sexuelle — Gonzales et al. (2002, Andrologia) ont montré une amélioration significative du désir sexuel avec 1 500-3 000 mg/jour de maca pendant 8 semaines, indépendamment des taux de testostérone. Dording et al. (2008, CNS Neurosci Ther) ont rapporté une amélioration significative du désir sexuel chez des femmes sous ISRS (antidépresseurs) recevant 3 000 mg/jour de maca.

Ménopause — Meissner et al. (2006, Int J Biomed Sci) ont conduit un essai randomisé chez 168 femmes ménopausées précoces. La maca (2 000 mg/jour, 2 mois) a réduit significativement les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes et l’humeur dépressive, avec une diminution de la FSH et une augmentation de l’œstradiol.

Performance sportive — Stone et al. (2009, J Int Soc Sports Nutr) ont rapporté une amélioration significative du temps sur une épreuve cycliste de 40 km chez 8 athlètes recevant un extrait de maca (2 000 mg/jour, 14 jours).

Limites — Les effectifs sont faibles (n < 50 dans la plupart des essais), les protocoles variés et les préparations insuffisamment standardisées. Aucun essai de phase III de grande envergure n'a été réalisé. Aucune monographie européenne n'a été publiée sur la maca.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Macamides Amides d’acides gras Marqueurs ; effet tonique et sur la libido (préclinique)
Macaènes Acides gras polyinsaturés Composés caractéristiques
Glucosinolates Glucosinolates Précurseurs d’isothiocyanates
Glucides, protéines, minéraux Nutriments Valeur nutritive et reminéralisante

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Poudre d’hypocotyle sec — 1 500 à 3 000 mg par jour (posologie la plus courante dans les essais cliniques), en gélules de 500 mg, répartis en 3 prises aux repas. La poudre crue conserve les glucosinolates intacts.

Poudre gélatinisée — 1 500 à 3 000 mg par jour. Le procédé de gélatinisation (cuisson-extrusion) élimine l’amidon, concentre les macamides et les stérols, et améliore la digestibilité. C’est la forme la plus courante sur le marché des compléments.

Extrait sec concentré (4:1 ou 10:1) — 400 à 800 mg par jour, en gélules. La concentration permet de réduire le nombre de gélules quotidiennes.

Poudre pour boisson — 5 à 10 g de poudre de maca crue incorporée dans des smoothies, du lait ou du jus. Forme populaire dans les milieux sportifs et les adeptes d’alimentation fonctionnelle.

Décoction traditionnelle — L’hypocotyle sec est bouilli dans l’eau ou le lait pendant 20 à 30 minutes. Forme traditionnelle andine, consommée quotidiennement dans les communautés productrices.

La durée de cure recommandée est de 6 à 12 semaines. La prise peut être continue, la maca étant considérée comme un aliment dans les Andes.


IX. TOXICOLOGIE

La maca est consommée comme aliment de base par les populations andines depuis des millénaires, ce qui constitue un argument empirique fort en faveur de sa sécurité alimentaire. La DL50 orale chez la souris n’a pas pu être déterminée à 17 g/kg (aucune mortalité), confirmant une toxicité aiguë négligeable. Les études de toxicité subchronique (90 jours) chez le rat à 1 g/kg/jour n’ont révélé aucune anomalie.

Effets indésirables — Très rares : troubles gastro-intestinaux mineurs (ballonnement, gaz), insomnie (doses élevées), acné (rapportée anecdotiquement). Les glucosinolates, à très haute dose, pourraient théoriquement interférer avec la captation d’iode par la thyroïde (effet goitrogène), mais cet effet n’a pas été observé aux posologies recommandées.

Interactions médicamenteuses — Aucune interaction cliniquement significative n’a été documentée. Par prudence théorique, l’association avec les traitements thyroïdiens (glucosinolates goitrogènes) et les traitements hormonaux des cancers hormono-dépendants doit être discutée au cas par cas.

Contre-indications — Cancers hormono-dépendants (données insuffisantes sur l’activité hormonale), grossesse (données insuffisantes). L’utilisation est traditionnellement poursuivie pendant la grossesse dans les Andes, mais cette pratique n’a pas été évaluée par des études de sécurité modernes.

Contaminants — La maca cultivée en altitude dans les Andes est généralement exempte de pesticides. Cependant, des analyses ont détecté des traces de métaux lourds (plomb, cadmium) dans certains lots, en lien avec la géochimie des sols miniers péruviens. Le contrôle qualité doit inclure l’analyse des contaminants.


X. USAGES HISTORIQUES

La maca est un aliment de base dans les communautés quechuas de la puna péruvienne, où la diversité des espèces cultivables est très limitée en raison de l’altitude. L’hypocotyle sec est traditionnellement bouilli dans l’eau ou le lait pour préparer une bouillie sucrée (mazamorra de maca), consommée au petit-déjeuner. Il entre dans la préparation de la chicha de maca, boisson fermentée légèrement alcoolisée. Le maca frais, cuit au four enterré (pachamanca), est un mets de fête.

Les chroniqueurs espagnols du XVIe siècle (Cieza de León, 1553 ; Cobo, 1653) mentionnent l’usage de la maca par les populations indigènes pour augmenter la fertilité, tant humaine qu’animale. Les conquistadors auraient nourri leurs chevaux avec de la maca pour compenser les effets de l’altitude sur leur vigueur.

Le commerce international de la maca a connu une croissance exponentielle depuis les années 2000, transformant une culture vivrière locale en produit d’exportation mondialisé. Cette évolution a soulevé des questions de souveraineté alimentaire et de biopiraterie, le Pérou ayant pris des mesures pour protéger son patrimoine génétique (interdiction d’exportation de graines de maca en 2003, levée partielle en 2017). La Chine est devenue un producteur significatif, ce qui a provoqué des tensions commerciales avec le Pérou.

Intérêt écologique

Lepidium meyenii est une espèce remarquablement adaptée aux conditions extrêmes de la haute montagne tropicale. Sa capacité à compléter son cycle de vie à plus de 4 000 m d’altitude, dans des conditions de gel, de sécheresse et de rayonnement UV intenses, en fait un modèle d’intérêt pour l’étude des mécanismes d’adaptation des plantes au stress abiotique.

La culture traditionnelle de la maca s’inscrit dans un système agropastoral durable, avec des rotations longues (5-10 ans de jachère pâturée) qui permettent la régénération de la fertilité du sol. Ce système, développé sur des siècles par les communautés andines, constitue un exemple d’agriculture adaptée aux contraintes environnementales extrêmes.

Cependant, l’expansion rapide de la culture commerciale, stimulée par la demande internationale, a conduit à l’intensification des pratiques dans certaines zones, avec des rotations raccourcies et la mise en culture de terrains sensibles. Cette évolution menace la durabilité du système et la conservation des sols fragiles de la puna.

La diversité génétique de la maca cultivée est relativement faible, en raison de l’autogamie prédominante et de la sélection humaine millénaire. La conservation des écotypes colorés (rouge, noir, violet, gris), minoritaires sur le marché mais dotés de profils phytochimiques distincts, constitue un enjeu de préservation de la biodiversité agronomique.

Confusions et adultérations

Le risque de confusion botanique est faible en raison de l’aire de culture très localisée et du commerce sous forme de poudre sèche. Toutefois, quelques points méritent attention :

Lepidium peruvianum Chacón : ce binôme, proposé pour les formes cultivées, est considéré comme synonyme de L. meyenii par la majorité des taxonomistes. Certains fabricants l’utilisent à des fins marketing pour revendiquer une distinction avec la maca « sauvage ». Il n’y a pas de différence botanique validée.

Maca chinoise vs maca péruvienne : la maca cultivée en Chine (Yunnan) à des altitudes inférieures (3 000-3 500 m) présente des profils en macamides et en glucosinolates potentiellement différents de la maca péruvienne de haute altitude (> 4 000 m). Des études comparatives (Wang et al., 2018) ont montré des teneurs plus faibles en macamides dans la maca chinoise.

Adultérations — Des cas de mélange avec de la poudre de navets, de manioc ou d’autres farines amylacées ont été rapportés sur le marché des compléments alimentaires. Le contrôle analytique repose sur le dosage HPLC des macamides et des glucosinolates, marqueurs spécifiques de la maca.

— La maca ne doit pas être confondue avec le maca du Pérou (Smallanthus sonchifolius), appelé yacón, qui est un Astéracée tubérifère totalement différente.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Lepidium meyenii est une plante tonique et adaptogène originale, dont le profil phytochimique se distingue nettement de celui des adaptogènes asiatiques classiques. Les macamides, amides d’acides gras spécifiques inhibiteurs de la FAAH, et les glucosinolates constituent les marqueurs bioactifs les plus caractéristiques. L’absence d’activité hormonale directe, confirmée par les dosages hormonaux dans les essais cliniques, oriente les mécanismes vers une modulation du système endocannabinoïde et de l’axe du stress.

Les données cliniques, bien que prometteuses, restent de niveau de preuve modéré (petits effectifs, standardisation variable). Les effets les mieux documentés concernent la fertilité masculine, la libido et la tolérance aux symptômes ménopausiques. L’excellent profil de sécurité, attesté par des millénaires de consommation alimentaire et confirmé par les études toxicologiques, autorise un usage prolongé.

Les enjeux actuels incluent la standardisation des préparations (dosage des macamides et des glucosinolates), la caractérisation des différences entre écotypes colorés, et la préservation du patrimoine génétique et culturel andin face à la pression commerciale mondialisée. Des essais cliniques de plus grande envergure, multicentriques et correctement standardisés, sont nécessaires pour confirmer les allégations thérapeutiques et permettre une éventuelle reconnaissance officinale en Europe.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Tonique sexuel (usage traditionnel)
  • ★★★☆☆ Nutritif / reminéralisant
  • ★★☆☆☆ Adaptogène
  • ★★☆☆☆ Antifatigue

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