
Le shatavari, Asparagus racemosus Willd., est l’un des piliers de la pharmacopée ayurvédique, où il est considéré comme le tonique féminin par excellence. Son nom sanskrit, shata-vari, littéralement « celle qui possède cent maris », évoque avec une poésie toute indienne ses vertus réputées sur la fertilité et la vitalité de la femme. Plante grimpante des forêts tropicales d’Asie du Sud, elle est inscrite dans les textes fondateurs de l’Ayurveda — le Charaka Samhita et le Sushruta Samhita — depuis plus de deux millénaires, où elle figure parmi les rasayana (toniques de longévité) et les balya (fortifiants).
L’intérêt scientifique occidental pour A. racemosus s’est développé à partir des années 1990, avec l’isolement de ses principes actifs majeurs, les shatavarosides et les saponines stéroïdiennes (shatavarine I à X). Les recherches pharmacologiques ont confirmé des propriétés galactogènes, adaptogènes, immunomodulatrices et gastroprotectrices, offrant une base scientifique aux usages traditionnels. Toutefois, la complexité de la phytochimie et la variabilité des préparations commerciales imposent une analyse pharmacognosique rigoureuse.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Asparagus racemosus Willd. appartient à la famille des Asparagaceae, sous-famille des Asparagoideae, ordre des Asparagales (APG IV). Le genre Asparagus L. comprend environ 300 espèces réparties dans l’Ancien Monde, principalement en Afrique et en Asie. L’espèce a été décrite par Carl Ludwig Willdenow en 1799 dans le Species Plantarum.
Certains auteurs distinguent plusieurs variétés ou formes, notamment A. racemosus var. javanicus (Baker) et A. racemosus var. subacerosus Baker, mais la variabilité intraspécifique n’est pas toujours clairement délimitée taxonomiquement. Asparagus adscendens Roxb. est une espèce proche, parfois confondue avec A. racemosus et utilisée en substitution.
Le nom Asparagus provient du grec asparagos, lui-même d’origine persane, désignant une pousse ou un rejet. L’épithète racemosus (à grappes) décrit le mode d’inflorescence. Les noms vernaculaires incluent : shatavari (hindi et sanskrit : शतावरी), satavar, satmuli, wild asparagus (anglais), asperge sauvage indienne (français), thanneervittan kilangu (tamoul).
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
A. Port général
Asparagus racemosus est une plante grimpante ligneuse, sarmenteuse, pouvant atteindre 1 à 3 m de hauteur (rarement jusqu’à 4 m). Les tiges sont flexueuses, très ramifiées, armées d’épines récurvées (aiguillons) à la base des rameaux. Le port est gracieux, aérien, avec un feuillage d’apparence plumeuse dû aux cladodes aciculaires.
B. Appareil végétatif
Le système racinaire est la partie d’intérêt pharmacologique. Il est constitué de racines tubéreuses fasciculées, au nombre de 30 à 100 par plante, cylindriques, fusiformes, de 15 à 30 cm de longueur et de 1 à 2 cm de diamètre. Elles sont blanc grisâtre à brun clair, charnues, à texture farineuse, légèrement sucrées. L’ensemble du faisceau de racines tubéreuses rayonne à partir d’un rhizome court et noduleux.
Les tiges aériennes sont ligneuses, cylindriques, lisses, vert grisâtre, portant des épines récurvées de 5 à 10 mm au niveau des nœuds. Les feuilles sont réduites à de minuscules écailles membraneuses, la photosynthèse étant assurée par des cladodes (rameaux modifiés en forme de feuilles) : linéaires, aciculaires, de 1 à 3 cm de longueur, groupés en fascicules de 2 à 6 à l’aisselle des écailles foliaires. Les cladodes sont vert tendre, souples, donnant à la plante son aspect plumeux caractéristique.
C. Appareil reproducteur
Les inflorescences sont des grappes axillaires ou terminales, de 2 à 5 cm, portant de nombreuses petites fleurs blanches, parfumées, de 3 à 4 mm de diamètre. Les fleurs sont trimères, actinomorphes, hermaphrodites. Le périanthe comprend 6 tépales pétaloïdes, blancs, libres. Les 6 étamines portent des anthères dorsifixes. L’ovaire supère, à 3 loges, contient 2 ovules par loge.
Le fruit est une baie globuleuse de 5 à 8 mm de diamètre, rouge vif à maturité, contenant 1 à 3 graines noires, sphériques, de 3 à 4 mm. La dissémination est ornithochore. La pollinisation est entomophile, les fleurs odorantes attirant de nombreux insectes.
D. Phénologie
En conditions tropicales, la floraison intervient pendant la mousson (juillet-septembre en Inde). La fructification a lieu d’octobre à décembre. La plante peut fleurir dès la deuxième année. Les racines tubéreuses atteignent leur développement optimal après 3 à 5 ans de croissance. En culture, la récolte des racines est pratiquée sur des plantes de 2 à 3 ans.
E. Habitat naturel
A. racemosus croît dans les forêts tropicales et subtropicales sèches à semi-humides, les fourrés épineux, les lisières forestières et les zones rocailleuses, du niveau de la mer jusqu’à 1 500 m d’altitude. L’espèce est héliophile à semi-sciaphile, préférant les sols bien drainés, légers, sablo-limoneux. Elle tolère une certaine sécheresse grâce à ses racines tubéreuses qui constituent un réservoir d’eau et de nutriments.
F. Distribution géographique
L’aire naturelle s’étend de l’Inde et du Sri Lanka à l’Asie du Sud-Est (Birmanie, Thaïlande, Indochine), au sud de la Chine (Yunnan, Guangxi), à l’Australie tropicale et à l’Afrique tropicale et australe. En Inde, l’espèce est présente dans la quasi-totalité du sous-continent, des piémonts himalayens aux Ghâts occidentaux et aux zones semi-arides du Rajasthan. La culture commerciale est principalement réalisée en Inde (Rajasthan, Madhya Pradesh, Uttarakhand, Maharashtra).
G. Associations végétales
Dans les forêts sèches à feuilles caduques indiennes, A. racemosus s’associe aux espèces caractéristiques du type forestier de la série de Tectona grandis (teck) : Diospyros melanoxylon, Butea monosperma, Terminalia tomentosa, Madhuca longifolia. Dans les fourrés épineux du Rajasthan, elle cohabite avec Ziziphus nummularia, Capparis decidua, Commiphora wightii et Salvadora oleoides.
III. PARTIES UTILISÉES
Les racines tubéreuses constituent la drogue officinale, inscrite à la Pharmacopée indienne (Ayurvedic Pharmacopoeia of India, Part I, Volume I). Les racines sont récoltées sur des plantes de 2 à 5 ans, de préférence après la mousson (octobre-décembre). Elles sont lavées, écorcées (l’écorce est traditionnellement retirée pour réduire l’amertume), puis séchées au soleil ou à basse température. Le produit sec se présente sous forme de segments cylindriques, blanc jaunâtre, fibreux, à saveur mucilagineuse et sucrée.
La préparation traditionnelle au lait (shatavari kalpa) consiste à faire bouillir la racine fraîche dans du lait de vache, puis à sécher et à réduire en poudre. Cette préparation est réputée renforcer les propriétés galactogènes et toniques de la drogue.
Les jeunes pousses (turions), analogues à celles de l’asperge cultivée (A. officinalis), sont consommées comme légume dans certaines régions d’Inde.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
Le phytocomplexe de la racine tubéreuse d’A. racemosus est dominé par les saponines stéroïdiennes, constituant la classe de métabolites la plus étudiée et la plus caractéristique.
Saponines stéroïdiennes (shatavarines) — Plus de 30 saponines stéroïdiennes ont été isolées, principalement des glycosides de la sarsasapogénine et de la diosgénine. Les principales sont : la shatavarine I (= asparanine A, glycoside de la sarsasapogénine), la shatavarine IV (= immunoside, glycoside de la sarsasapogénine portant 2 rhamnoses et 1 glucose), la shatavarine V et les asparaginosides A-F. Leur teneur totale dans la racine sèche est de 1 à 5 %.
Oligosaccharides et polysaccharides — Les racines sont riches en mucilages (polysaccharides hydrophiles) et en fructo-oligosaccharides (FOS), prébiotiques favorisant la croissance des bifidobactéries intestinales. Les FOS représentent 10 à 20 % de la masse sèche de la racine, contribuant à l’activité gastroprotectrice et immunomodulatrice.
Isoflavones — 8-méthoxy-5,6,4′-trihydroxyisoflavone-7-O-β-D-glucopyranoside (racemofurane), isoflavone glycoside possédant une activité phytoestrogénique et antioxydante.
Stérols — β-sitostérol, stigmastérol, daucostérol.
Alcaloïdes — L’asparagamine A, alcaloïde polycyclique, a été isolée des racines à l’état de traces. Elle possède une activité antipaludique in vitro.
Autres composés — Racémosol (phénanthrène hydroxylé), acide p-coumarique, shatavarine (flavonoïde) et divers acides aminés (asparagine, en quantité notable). Les racines contiennent également du zinc et du sélénium organiquement liés.
Le contrôle qualité repose sur le dosage de la shatavarine IV (immunoside) par HPLC-ELSD, marqueur principal de la drogue. La Pharmacopée indienne prescrit un dosage des saponines stéroïdiennes totales exprimées en sarsasapogénine après hydrolyse acide.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Activité galactogène — La propriété la plus traditionnelle du shatavari est la stimulation de la production de lait maternel. Le mécanisme proposé implique l’augmentation de la production de prolactine par les cellules lactotrophes de l’antéhypophyse, médiée par les saponines stéroïdiennes qui modulent positivement les récepteurs dopaminergiques D2 (effet paradoxal à faible dose). Les corticostéroïdes endogènes, dont la production est modulée par les shatavarines, contribuent également à la mammogenèse. L’augmentation des taux d’hormones de croissance (GH) a été observée chez la rate traitée par l’extrait.
Activité adaptogène et anti-stress — L’extrait de shatavari normalise les taux de corticostérone chez le rat soumis à un stress chronique. Il augmente les taux de sérotonine et de dopamine dans le cortex cérébral et réduit les taux de norépinéphrine, suggérant un effet anxiolytique central. L’activation de la voie GABAergique et la modulation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien contribuent à l’effet adaptogène global.
Activité gastroprotectrice — Les fructo-oligosaccharides et les mucilages exercent un effet cytoprotecteur direct sur la muqueuse gastrique, augmentant la production de mucus et de prostaglandines E2 (PGE2). La shatavarine IV inhibe la sécrétion acide gastrique en bloquant la pompe H+/K+-ATPase. L’activité antiulcéreuse a été démontrée dans les modèles d’ulcère induits par l’aspirine, l’alcool et le stress chez le rat.
Immunomodulation — La shatavarine IV (immunoside) stimule la prolifération des lymphocytes T et des macrophages. Les polysaccharides activent les cellules dendritiques et augmentent la production d’IL-2 et d’interféron-γ. L’extrait total augmente significativement le poids du thymus et de la rate chez les animaux immunodéprimés.
Activité phytoestrogénique — Les isoflavones (racémofurane) et certaines saponines stéroïdiennes exercent une activité phytoestrogénique faible par liaison aux récepteurs ERβ, ce qui pourrait contribuer aux effets bénéfiques sur les symptômes ménopausiques sans stimuler la prolifération des tissus hormono-dépendants.
Activité antioxydante — Les saponines et les polyphénols piègent les radicaux libres et activent la voie Nrf2, induisant la SOD et la catalase. L’effet antioxydant est particulièrement marqué dans le tissu hépatique et le tissu cérébral.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Galactogène (stimulation de la lactation) — Sharma et al. (1996, Indian Pediatr) ont conduit un essai randomisé en double aveugle chez 64 femmes allaitantes. L’extrait de shatavari (60 mg/kg/jour, 30 jours) a augmenté significativement la production de lait (+33 % vs placebo) et le taux de prolactine sérique. Gupta et Sharma (2014, Indian J Pediatr) ont confirmé ces résultats dans un essai chez 60 femmes, avec une augmentation significative du volume de lait et du poids des nourrissons.
Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) — Un essai pilote de Pandey et al. (2018, Biomed Pharmacother) chez 60 femmes atteintes de SOPK a montré qu’un extrait de shatavari (1 000 mg/jour, 3 mois) réduisait significativement les taux de testostérone libre, améliorait la régularité des cycles menstruels et réduisait le volume ovarien échographique.
Gastroprotection — Bhatnagar et Sisodia (2006, Indian J Pharmacol) ont rapporté, dans un essai ouvert chez 40 patients souffrant de dyspepsie fonctionnelle, une amélioration significative des symptômes (douleur épigastrique, sensation de brûlure, nausées) avec un extrait de shatavari (2 g/jour, 4 semaines).
Immunostimulation — Alok et al. (2013, J Ethnopharmacol) ont conduit un essai ouvert chez 18 volontaires sains, montrant une augmentation significative de l’activité phagocytaire des neutrophiles et de la prolifération lymphocytaire T après 30 jours de prise d’un extrait standardisé.
Limites — Les essais cliniques sont peu nombreux, de petite taille et majoritairement conduits en Inde. La standardisation des extraits est variable. Des essais multicentriques, en double aveugle et de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer les indications traditionnelles.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Shatavarines I-IV | Saponines stéroïdiques | Tonique féminin, galactogène (tradition) |
| Sarsasapogénine, diosgénine | Sapogénines stéroïdiques | Précurseurs stéroïdiens |
| Fructo-oligosaccharides | Oligosaccharides | Prébiotiques, émollients |
| Stigmastérol | Phytostérol | Constituant de fond |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Poudre de racine (churna) — 3 à 6 g par jour, mélangée dans du lait chaud (forme traditionnelle ayurvédique, réputée potentialiser les effets), du miel ou de l’eau. Répartir en 2 prises.
Extrait sec standardisé — 250 à 500 mg par jour, en 2 prises. Standardisation à 20-40 % de saponines stéroïdiennes ou à 10 % de shatavarine IV.
Shatavari kalpa — Préparation ayurvédique traditionnelle : poudre de racine cuite dans le lait, sucrée au sucre de palme. 10 à 20 g par jour, en 2 prises avec du lait chaud. Forme de prédilection pour la stimulation de la lactation en Inde.
Teinture mère (1:5) — 3 à 5 mL par jour, en 2 à 3 prises. Extraction dans l’éthanol à 25-45 %.
Décoction — 10 à 20 g de racine sèche dans 500 mL d’eau, décoction de 20 minutes. Répartir en 2 à 3 prises.
Shatavari ghrita — Préparation ayurvédique au beurre clarifié (ghee), dans laquelle la racine est cuite longuement. Les lipides du ghee améliorent la biodisponibilité des saponines lipophiles. 5 à 10 g par jour.
La durée de cure recommandée est de 4 à 12 semaines, renouvelable.
IX. TOXICOLOGIE
La toxicité de A. racemosus est très faible. La DL50 orale chez le rat est supérieure à 64 g/kg pour l’extrait aqueux, confirmant une innocuité remarquable. Les études de toxicité subchronique (90 jours) à 250 mg/kg/jour chez le rat n’ont révélé aucune anomalie hématologique, biochimique ou histopathologique.
Effets indésirables — Très rares : troubles gastro-intestinaux légers (ballonnement, diarrhée) à doses élevées. De rares cas de réactions allergiques cutanées ont été rapportés, possiblement liés à des réactions croisées chez des sujets allergiques à l’asperge cultivée (A. officinalis).
Interactions médicamenteuses — Les saponines stéroïdiennes peuvent potentiellement interférer avec le métabolisme des stéroïdes exogènes (corticothérapie, contraception hormonale). L’activité diurétique modérée de la plante peut potentialiser les diurétiques et le lithium (risque d’augmentation de la lithémie). Par prudence, l’association avec les immunosuppresseurs doit être surveillée.
Contre-indications — Allergie aux Asparagaceae (réaction croisée possible), insuffisance rénale sévère (effet diurétique), cancers hormono-dépendants (activité phytoestrogénique faible mais non nulle). L’usage pendant la grossesse est autorisé dans la tradition ayurvédique mais n’est pas validé par des études de sécurité modernes. L’utilisation pendant l’allaitement pour la stimulation de la lactation est l’indication traditionnelle principale.
X. USAGES HISTORIQUES
En Inde, les jeunes pousses (turions) de A. racemosus sont consommées comme légume dans les régions rurales, cuites à l’eau ou en curry. Leur saveur est proche de celle de l’asperge cultivée, en plus amer. Les racines tubéreuses fraîches sont parfois râpées et incorporées dans des préparations lactées sucrées.
En Ayurveda, le shatavari est le rasayana (tonique de longévité) de prédilection pour la femme. Il est prescrit pour l’infertilité, l’insuffisance de lactation, les troubles menstruels, la ménopause, l’asthénie postnatale et la sécheresse vaginale. Pour l’homme, il est utilisé comme tonique reproducteur et aphrodisiaque. Le Charaka Samhita le classe parmi les balya (fortifiants), les vrishya (aphrodisiaques) et les stanya janana (galactogènes).
En médecine traditionnelle sri lankaise (Siddha), les racines sont utilisées pour les ulcères gastriques, les infections urinaires et comme antidote aux morsures de serpent. En médecine tibétaine, A. racemosus est utilisé sous le nom de nya lo comme tonique rénal.
Le shatavari est un ingrédient du Chyawanprash, la confiture tonique ayurvédique la plus célèbre (préparation multi-herbes à base d’Emblica officinalis), consommée quotidiennement par des millions d’Indiens comme complément alimentaire de santé générale.
Intérêt écologique
Asparagus racemosus joue un rôle écologique important dans les écosystèmes forestiers tropicaux secs d’Asie du Sud. En tant que plante grimpante, elle contribue à la structuration verticale de la végétation et fournit un habitat pour les oiseaux nicheurs et les petits reptiles dans ses rameaux épineux. Les fruits rouge vif, charnus et sucrés, constituent une ressource alimentaire pour de nombreuses espèces d’oiseaux frugivores (bulbuls, barbets, mainates) qui assurent en retour la dissémination des graines.
Les racines tubéreuses, riches en eau et en nutriments, sont consommées par les rongeurs, les sangliers et les primates, contribuant au réseau trophique des forêts sèches. La plante joue un rôle dans la stabilisation des sols rocheux et des talus grâce à son réseau racinaire dense.
Les populations sauvages de A. racemosus sont en déclin dans plusieurs régions d’Inde en raison de la surexploitation commerciale des racines et de la destruction des habitats forestiers. L’espèce est classée « vulnérable » dans la Red Data Book de l’Inde dans plusieurs États. Des programmes de culture ont été développés au Rajasthan et en Uttarakhand pour réduire la pression sur les populations naturelles.
Confusions et adultérations
Plusieurs espèces du genre Asparagus sont utilisées en médecine traditionnelle et peuvent être confondues avec A. racemosus :
— Asparagus adscendens Roxb. (safed musli / musli kand) : espèce souvent confondue ou substituée, aux racines tubéreuses similaires. Le profil en saponines diffère (teneur plus élevée en sarsasapogénine libre). L’identification repose sur les caractères morphologiques (cladodes plus courts et plus épais) et la chromatographie.
— Asparagus officinalis L. (asperge cultivée) : espèce européenne, non substituable sur le plan pharmacologique. Les turions comestibles sont morphologiquement très différents des racines tubéreuses du shatavari.
— Asparagus sarmentosus L. : espèce indienne aux racines similaires, parfois vendue comme shatavari sur les marchés locaux. Le profil en saponines permet la distinction.
— Chlorophytum borivilianum (safed musli) : cette Asparagaceae aux racines tubéreuses blanches est parfois confondue commercialement avec le shatavari, bien qu’elle appartienne à un genre différent. Elle contient des saponines stéroïdiennes différentes (saponines furostanoliques).
L’authentification repose sur l’examen macroscopique (taille et forme des racines tubéreuses), microscopique (cristaux d’oxalate de calcium en raphides, caractéristiques des Asparagaceae), la CCM ou l’HPLC des saponines (profil en shatavarines) et le barcoding ADN en cas de doute.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Asparagus racemosus est un tonique féminin et adaptogène majeur de la pharmacopée ayurvédique, dont les propriétés galactogènes, immunomodulatrices, gastroprotectrices et adaptogènes sont soutenues par un corpus croissant de données pharmacologiques. Les saponines stéroïdiennes (shatavarines), les fructo-oligosaccharides prébiotiques et les isoflavones constituent les classes de métabolites bioactifs principales, agissant en synergie sur les axes hormonaux, immunitaires et digestifs.
L’indication la mieux étayée cliniquement est la stimulation de la lactation, pour laquelle des essais randomisés confirment l’usage traditionnel. Les propriétés adaptogènes, bien que plausibles au regard des données pharmacologiques, nécessitent des études cliniques complémentaires de meilleure qualité méthodologique.
Le profil de sécurité est excellent, autorisant un usage prolongé aux posologies traditionnelles. Les enjeux pharmacognosiques incluent la standardisation des extraits (dosage des saponines stéroïdiennes par HPLC-ELSD), la lutte contre les substitutions (A. adscendens, Chlorophytum) et la conservation des populations sauvages en déclin. L’obtention d’une monographie officielle dans les pharmacopées occidentales faciliterait l’intégration de cette plante dans la pratique phytothérapeutique européenne.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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The Ayurvedic Pharmacopoeia of India. Part I, Volume I. Monographie « Shatavari ». New Delhi : Ministry of Health and Family Welfare, Government of India, 2001.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★☆☆ Tonique féminin (usage traditionnel)
- ★★★☆☆ Galactogène (usage traditionnel)
- ★★☆☆☆ Adaptogène
- ★★☆☆☆ Émollient