
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
La tomate (Solanum lycopersicum L.) appartient à la famille des Solanaceae. Le genre Solanum comprend environ 1 500 espèces. Les synonymes incluent Lycopersicon esculentum Mill. Le nombre chromosomique est 2n = 24. Le nom lycopersicum vient du grec lykos (loup) et persikon (pêche). En anglais : tomato. C’est l’un des légumes-fruits les plus consommés au monde (plus de 180 millions de tonnes/an).
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Plante herbacée annuelle ou pérenne de courte durée, de 0,5 à 3 m. Tige dressée ou rampante, pubescente-glanduleuse, ramifiée, à odeur caractéristique. Feuilles alternes, composées pennées, de 10 à 40 cm, à 5-9 folioles dentées, pubescentes-glanduleuses. Fleurs jaunes, pentamères (parfois 6-8 pétales), en grappes latérales ; 5 étamines soudées en cône autour du style. Fruit : baie charnue de 1 à 15 cm, de forme et couleur très variables (rouge, jaune, orange, verte, noire), à 2-10 loges séminifères. Graines plates, velues, de 3-4 mm. Système racinaire pivotant avec racines latérales développées.
Origine géographique & répartition
Originaire des Andes (Pérou, Équateur, nord du Chili). Domestiquée au Mexique. Introduite en Europe par les Espagnols au XVIe siècle. Aujourd’hui cultivée dans le monde entier. Les principaux producteurs sont la Chine (premier producteur mondial), l’Inde, la Turquie, les États-Unis et l’Italie. En France, production importante en Bretagne, Provence et sous serre partout.
Écologie & habitat
Espèce thermophile, héliophile. Requiert des températures de 18-28 °C, un sol riche, drainé, pH 6,0-6,8. Sensible au gel. Culture en plein champ ou sous serre. Pollinisation par le vent et les bourdons (buzz pollination). Nombreuses maladies : mildiou (Phytophthora infestans), alternariose, verticilliose, virus de la mosaïque du tabac (TMV).
III. PARTIES UTILISÉES
Parties aériennes (usage traditionnel).
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
Le fruit contient des caroténoïdes : lycopène (0,5-15 mg/100 g selon les variétés, pigment rouge majeur), bêta-carotène, lutéine, phytoène, phytofluène. Des polyphénols : acide chlorogénique, acide caféique, naringénine, rutine, quercétine. De la vitamine C (15-25 mg/100 g), de la vitamine E, du potassium (237 mg/100 g) et de l’acide folique. Les parties vertes (feuilles, tiges, fruits immatures) contiennent des glycoalcaloïdes toxiques : tomatine (alpha-tomatine) et déhydrotomatine, qui diminuent à maturité. La tomatidine (aglycone de la tomatine) est un stéroïde bioactif. Des phytostérols (bêta-sitostérol, stigmastérol) sont présents.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Le lycopène est l’antioxydant le plus étudié de la tomate : il piège les radicaux libres et l’oxygène singulet avec une efficacité 2 fois supérieure au bêta-carotène. Des études épidémiologiques associent la consommation régulière de tomate à une réduction du risque de cancer de la prostate (réduction de 20-30 % dans les méta-analyses), de maladies cardiovasculaires (réduction du LDL oxydé, amélioration de la fonction endothéliale) et de dégénérescence maculaire. La tomatidine stimule la synthèse musculaire et inhibe l’atrophie musculaire dans les modèles animaux. Les glycoalcaloïdes (tomatine) ont des propriétés anticancéreuses, antimicrobiennes et hypocholestérolémiantes à faibles doses. L’activité anti-inflammatoire des polyphénols est documentée.
Utilisations médicinales traditionnelles
En Amérique du Sud, les peuples andins utilisaient les feuilles de tomate en cataplasme contre les inflammations. En Europe, la tomate a longtemps été considérée comme toxique (« pomme d’amour » ornementale seulement). En médecine populaire italienne, le jus de tomate est prescrit contre les troubles digestifs et comme fortifiant. En cosmétique traditionnelle, la pulpe de tomate est appliquée sur le visage comme masque contre les coups de soleil. En médecine populaire des Balkans, le jus de tomate est utilisé contre l’hypertension.
VI. DONNÉES CLINIQUES
La tomate est l’un des modèles les plus étudiés en biologie végétale. Le génome a été séquencé (2012, 900 Mb). Les recherches portent sur le lycopène (prévention du cancer de la prostate : essais cliniques multicentriques, biomarqueurs d’efficacité), la tomatidine (anti-atrophie musculaire, potentiel dans la sarcopénie liée à l’âge), les variétés enrichies (tomates à haute teneur en lycopène, en anthocyanes), la résistance aux maladies (édition génétique CRISPR), et la durabilité de la production (réduction des intrants, culture hors-sol).
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Fruit | Métabolite | Constituant |
| Lycopène | Métabolite | Constituant |
| Bêta-carotène | Métabolite | Constituant |
| Lutéine | Métabolite | Constituant |
| Phytoène | Métabolite | Constituant |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Alimentation : 200 à 400 g de tomate par jour (cuite de préférence, le lycopène étant mieux absorbé après cuisson avec de l’huile).
Extrait de lycopène : compléments alimentaires, 5 à 30 mg/jour de lycopène.
Concentré de tomate : 30 à 50 g/jour (source concentrée de lycopène : 30-50 mg/100 g).
Usage externe : pulpe fraîche en masque facial (10 minutes), effet rafraîchissant et antioxydant.
Le lycopène est liposoluble : sa biodisponibilité est augmentée par la cuisson et l’ajout de matière grasse (sauce tomate à l’huile d’olive : biodisponibilité optimale).
IX. TOXICOLOGIE
Le fruit mûr est non toxique. Les parties vertes (feuilles, tiges, fruits immatures) contiennent de la tomatine (glycoalcaloïde) : l’ingestion de feuilles crues en grande quantité peut provoquer des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées). La dose toxique de tomatine chez l’homme est estimée à 250 mg (environ 500 g de feuilles fraîches, ingestion très improbable). Les fruits verts contiennent de la tomatine (jusqu’à 50 mg/100 g) qui diminue sous la barre de 0,5 mg/100 g à maturité. Les allergies à la tomate existent (histamino-libération, allergie vraie rare via Sola l 1). L’acidité du fruit peut aggraver le reflux gastro-oesophagien. Le lycopène en supplémentation est bien toléré (rares cas de lycopénodermie — coloration orangée de la peau — réversible).
X. USAGES HISTORIQUES
La tomate a une histoire culturelle extraordinaire. Ramenée du Mexique par les conquistadors (1521), elle est d’abord considérée comme toxique en Europe (par analogie avec les Solanaceae dangereuses : belladone, mandragore). En Italie, elle est appelée pomodoro (« pomme d’or », les premières variétés étant jaunes). Son adoption alimentaire est progressive : d’abord en Italie du Sud (XVIIe siècle), puis en Espagne et en France (XVIIIe siècle). Aux États-Unis, la légende veut que Robert Gibbon Johnson ait prouvé son innocuité en mangeant publiquement une tomate à Salem (New Jersey) en 1820. Aujourd’hui, la tomate est la base de la cuisine méditerranéenne (pizza, sauce, gaspacho, ratatouille). C’est le premier « légume » consommé dans le monde (botaniquement, c’est un fruit).
Statut réglementaire & conservation
Espèce cultivée, non menacée. Les espèces sauvages apparentées (S. pimpinellifolium, S. pennellii) sont conservées dans les banques de gènes (TGRC, Worldveg). Le lycopène est un colorant alimentaire autorisé (E160d). Les compléments de lycopène sont réglementés comme compléments alimentaires. La tomate ne figure dans aucune pharmacopée officielle comme plante médicinale.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
La drogue d’intérêt pharmacologique est le fruit mûr ou le concentré de tomate. Le dosage du lycopène par HPLC (détection UV-visible à 472 nm) est le contrôle qualité principal des extraits et compléments. Le profil caroténoïde montre le lycopène dominant (80-90 % des caroténoïdes totaux dans les variétés rouges). Les variétés jaunes contiennent principalement du bêta-carotène et de la lutéine. Le dosage de la tomatine résiduelle dans les extraits est un contrôle de sécurité. Les graines sont une source d’huile riche en acide linoléique (50-60 %).
Conclusion & perspectives
Solanum lycopersicum est bien plus qu’un légume : c’est une source majeure de composés bioactifs aux implications considérables pour la santé publique. Le lycopène, antioxydant parmi les plus puissants du règne végétal, fait l’objet de recherches intensives en oncologie et cardiologie. La tomatidine ouvre des perspectives dans la lutte contre la sarcopénie. La tomate incarne le concept d’aliment fonctionnel et la frontière mouvante entre alimentation et médecine. Son histoire — de plante toxique rejetée à aliment universel — est l’une des plus fascinantes de l’ethnobotanique mondiale.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
- Plants of the World Online, Kew : Solanum lycopersicum.
- Tela Botanica / eFlore : Solanum lycopersicum.
- Tison J.-M., de Foucault B. Flora Gallica. Mèze : Biotope ; 2014.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire (usage traditionnel)
- ★★☆☆☆ Digestif
- ★★☆☆☆ Antioxydant
- ★★☆☆☆ Antimicrobien