COGNASSIER

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Planche botanique Cognassier

Cydonia oblonga Mill. (= Cydonia vulgaris Pers.)

Famille : Rosaceae.

Noms vernaculaires : cognassier, cognassier commun, pommier de Cydon, coignier, Quitte (allemand), quince (anglais), membrillero (espagnol).

Le cognassier est l’un des arbres fruitiers les plus anciennement cultivés du bassin méditerranéen — le « pomme de Cydon » des Grecs, dédié à Aphrodite, symbole d’amour et de fécondité dans l’Antiquité. Son fruit, le coing, dur comme du bois, couvert d’un duvet cotonneux, âpre et astringent cru, se transforme par la cuisson en une gelée dorée, une pâte confite ou une compote d’un rose ambré et d’une suavité incomparable. Peu de fruits illustrent aussi bien la vertu de la patience et de la transformation. Mais le cognassier est aussi une plante médicinale digne d’intérêt : ses graines, riches en mucilages, fournissent un émollient doux pour les muqueuses digestives et respiratoires ; ses feuilles sont astringentes ; et ses fruits, concentrés en pectines, en tanins et en acides organiques, possèdent des propriétés antidiarrhéiques et protectrices de la muqueuse gastro-intestinale. Arbre modeste et rustique, le cognassier mérite une place au jardin autant pour sa beauté printanière — ses grandes fleurs blanches à rosées — que pour la richesse de ses usages culinaires et domestiques.


I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Cydonia oblonga — planche Köhler (1887)
Cydonia oblonga
Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1887
  • Famille : Rosaceae, sous-famille Maloideae (Amygdaloideae s.l.)
  • Genre : Cydonia Mill.
  • Espèce : Cydonia oblonga Mill., 1768
  • Synonyme : Cydonia vulgaris Pers.

Étymologie : Cydonia vient de Kydonia (Χανιά, La Canée), ville antique de Crète d’où le coing était exporté dans tout le monde grec. Oblonga décrit la forme allongée du fruit dans certaines variétés. Le mot français « coing » dérive du latin cotoneum (malum cotoneum), lui-même du grec kydōnion mēlon (pomme de Cydon).

Position phylogénétique : le genre Cydonia est monospécifique (une seule espèce). Il est phylogénétiquement proche des genres Malus (pommier) et Pyrus (poirier), dont il se distingue par ses loges carpellaires multi-ovulées et ses graines très mucilagineuses. Le cognassier est souvent utilisé comme porte-greffe pour le poirier.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Petit arbre ou grand arbuste caduc de 3 à 8 m de hauteur, à port irrégulier, souvent tortueux. L’écorce est gris-brun, se desquamant en plaques fines. Les rameaux jeunes sont cotonneux (pubescence blanche). Les feuilles sont alternes, ovales à elliptiques, de 5-10 cm de long, entières (non dentées — caractère distinctif par rapport au pommier et au poirier), vert foncé et glabres dessus, densément tomenteuses et blanchâtres dessous. Les fleurs, solitaires et terminales, sont grandes (4-5 cm de diamètre), à 5 pétales blancs à rose pâle, apparaissant après les feuilles. Le fruit (piridion) est un gros coing piriforme ou maliforme (6-12 cm), jaune vif à maturité, couvert d’un duvet cotonneux qui s’élimine au frottement, très parfumé, à chair ferme, granuleuse (présence de cellules pierreuses ou « scléréides »), astringente et immangeable crue. Les graines, brunes, sont enveloppées d’un mucilage abondant qui gonfle au contact de l’eau.


ÉCOLOGIE ET RÉPARTITION

Origine : le cognassier est originaire du Caucase, de l’Iran septentrional et de l’Asie Mineure. Il a été introduit dans le bassin méditerranéen dès l’Antiquité (au moins 600 av. J.-C. en Grèce) et s’est naturalisé dans le sud de l’Europe.

Habitats : cultivé dans les vergers, les jardins et les haies fruitières, de la plaine à 800 m d’altitude dans le sud de la France. Il subsiste parfois à l’état subspontané dans les haies, les bords de rivière et les friches de l’Europe méridionale et balkanique.

Exigences : le cognassier préfère les sols profonds, fertiles, bien drainés mais frais (il supporte mal la sécheresse estivale prolongée). Il aime les situations ensoleillées et chaudes, tolère le calcaire modéré et résiste au froid hivernal jusqu’à -20/-25 °C (zone USDA 5-9). Il craint les gelées tardives qui endommagent les fleurs.

Phénologie : floraison en avril-mai (après les pommiers et poiriers). Fruits mûrs en octobre-novembre, récoltés avant les premières fortes gelées.


III. PARTIES UTILISÉES

  • Graines (pépins) : partie la plus utilisée en phytothérapie, pour leur mucilage émollient. On les emploie entières (jamais broyées), en macération froide dans l’eau.
  • Fruits (coings) : en alimentation (gelée, pâte, compote, sirop, ratafia) et en phytothérapie pour leurs pectines et tanins.
  • Feuilles : en infusion, pour leurs propriétés astringentes et hypoglycémiantes traditionnelles.

Précaution : les graines ne doivent jamais être broyées ni mâchées. Elles contiennent de l’amygdaline (hétéroside cyanogénétique) qui, hydrolysée par les enzymes digestives, libère de l’acide cyanhydrique (HCN). Utilisées entières en macération froide, seul le mucilage de surface est extrait, sans risque.


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

Mucilages des graines : les graines contiennent 15-20 % de mucilages constitués de polysaccharides acides (acide glucuronique, arabinose, xylose), formant un gel visqueux au contact de l’eau. Ce mucilage est le principal actif médicinal de la graine.

Hétérosides cyanogénétiques : l’amygdaline (3-5 % des graines) est présente dans l’amande, à l’intérieur de la coque. L’hydrolyse enzymatique (émulsine) libère du benzaldéhyde (odeur d’amande amère) et de l’acide cyanhydrique (HCN). Ce composé est toxique mais n’est pas libéré si la graine reste intacte.

Pectines du fruit : le coing est l’un des fruits les plus riches en pectines (0,5-1,5 % du fruit frais), des polysaccharides gélifiants (acide galacturonique) responsables de la prise en gelée sans ajout de gélifiant. Le mot anglais marmalade vient du portugais marmelo (coing), car les premières « marmelades » européennes étaient des pâtes de coing.

Tanins : le fruit contient des tanins condensés (proanthocyanidines) responsables de l’astringence crue et de l’activité antidiarrhéique. La cuisson prolongée réduit l’astringence (polymérisation oxydative des tanins, qui vire au rose-brun).

Acides organiques : acide malique (prédominant), acide citrique, acide quinique — responsables de l’acidité du fruit.

Composés phénoliques : acide chlorogénique, acide caféoylquinique, rutine, quercétine dans le fruit et les feuilles. Les feuilles sont plus riches en polyphénols que le fruit.

Vitamines et minéraux : vitamine C (15-25 mg/100 g de pulpe fraîche), potassium, fer, cuivre.

Arôme : le parfum puissant du coing mûr est dû à des esters volatils, principalement l’acétate d’éthyle, le 2-méthylbutyrate d’éthyle et des dérivés du marmelo-lactone, composé aromatique caractéristique identifié dans le coing.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

  • Émollient et protecteur des muqueuses (graines) : la macération froide des graines fournit un mucilage apaisant pour les gorges irritées, les toux sèches, les inflammations buccales et les gastrites. Le mucilage forme un film protecteur sur les muqueuses, réduisant l’irritation et l’inflammation.
  • Antidiarrhéique (fruit) : le coing cuit, riche en pectines et en tanins, est un antidiarrhéique classique de la médecine populaire. La gelée de coing était administrée aux enfants et aux convalescents souffrant de diarrhées.
  • Astringent (feuilles) : l’infusion de feuilles de cognassier était utilisée en gargarismes (angines, aphtes) et en usage interne contre les diarrhées légères.
  • Cosmétique (mucilage) : le mucilage de graines de coing servait de base à des lotions capillaires (bandoline) et à des crèmes émollientes pour la peau (tradition méditerranéenne).
  • Antiémétique : Avicenne et les médecins arabes recommandaient le sirop de coing contre les nausées et les vomissements de la grossesse.

DONNÉES PHARMACOLOGIQUES MODERNES

  • Activité gastroprotectrice : des extraits de pulpe de coing réduisent les lésions gastriques induites par l’éthanol et l’indométhacine chez le rat, par un mécanisme impliquant les pectines et les composés phénoliques (Hamauzu et al., 2005).
  • Activité antioxydante : les composés phénoliques du fruit (acide chlorogénique, rutine, quercétine) et surtout des feuilles présentent une forte activité antioxydante (DPPH, FRAP). Les feuilles sont plus actives que le fruit (Oliveira et al., 2007).
  • Activité hypoglycémiante : des extraits de feuilles de cognassier réduisent la glycémie postprandiale chez le rat diabétique (inhibition de l’α-glucosidase intestinale), ce qui confirme l’usage traditionnel antidiabétique des feuilles en Iran et au Portugal (Essafi-Benkhadir et al., 2012).
  • Activité anti-inflammatoire : des extraits de pépins (mucilage) et de pulpe réduisent la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-6) in vitro.
  • Activité antimicrobienne : des extraits méthanoliques de feuilles inhibent modérément S. aureus et E. coli.
  • Activité antitussive : le mucilage de graines exerce un effet apaisant sur les muqueuses respiratoires, validant l’usage traditionnel contre la toux sèche.

VI. DONNÉES CLINIQUES

Données cliniques limitées ; usage essentiellement traditionnel. Niveau de preuve : usage traditionnel.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Mucilages des graines Mucilage Émollient, adoucissant
Mucilages Mucilage Émollient, adoucissant
Hétérosides cyanogénétiques Métabolite Constituant
Amygdaline Métabolite Constituant
Benzaldéhyde Métabolite Constituant

VIII. FORMES GALÉNIQUES

  • Mucilage de graines : 10-20 g de graines entières (non broyées) dans 200 ml d’eau froide, macération 30 min en remuant régulièrement. Filtrer et boire le gel mucilagineux : 2-3 fois par jour (mal de gorge, toux sèche, gastrite).
  • Infusion de feuilles : 20-30 g de feuilles sèches par litre d’eau (départ à froid), infusion 10 min. 2-3 tasses par jour (astringent, antidiarrhéique).
  • Sirop de coing : jus de coing cuit additionné de sucre (1:1), réduit à feu doux. 1-2 cuillères à soupe par jour (tradition antiémétique).
  • Gelée et pâte de coing : usage alimentaire et diététique (antidiarrhéique doux, reminéralisant).

IX. TOXICOLOGIE

Le coing cuit et le mucilage de graines entières sont considérés comme sûrs. Le risque réside dans les graines broyées :

  • Amygdaline : l’ingestion de graines écrasées peut libérer de l’acide cyanhydrique. Une dizaine de graines broyées suffirait théoriquement à provoquer des symptômes (céphalées, vertiges, nausées). Les cas d’intoxication grave sont exceptionnels.
  • Allergies : des allergies croisées avec d’autres Rosaceae (pomme, poire, pêche) sont possibles chez les sujets sensibilisés au pollen de bouleau (syndrome pollen-aliment).
  • Femmes enceintes : le mucilage de graines et le coing cuit sont traditionnellement considérés comme sûrs pendant la grossesse (usage antiémétique d’Avicenne).

X. USAGES HISTORIQUES

  • Grèce antique : le coing était consacré à Aphrodite. La loi de Solon (594 av. J.-C.) prescrivait à la mariée de croquer un coing avant d’entrer dans la chambre nuptiale — symbole de fécondité et de douceur conjugale.
  • Rome : Columelle (Ier siècle) décrit plusieurs variétés de coings et des recettes de conserves au miel (melomeli). Pline l’Ancien mentionne le coing de Cydon comme le meilleur.
  • Médecine arabe : Avicenne (XIe siècle) recommande le coing comme fortifiant de l’estomac, antiémétique et astringent intestinal. Le sirop de coing (sharab al-safarjal) était un classique de la pharmacopée arabe.
  • Europe médiévale : la pâte de coing (cotignac) est le premier « bonbon » d’Europe — les Croisés la rapportèrent d’Orient. La ville d’Orléans était réputée pour son cotignac, offert aux rois de France lors de leur sacre.
  • Porte-greffe : depuis l’Antiquité, le cognassier sert de porte-greffe nanisant pour le poirier (types Cognassier de Provence, BA29, Adams), contrôlant la vigueur et améliorant la précocité de mise à fruit.

CULTURE ET MULTIPLICATION

  • Sol : profond, fertile, frais mais bien drainé. Tolère le calcaire modéré mais préfère les sols légèrement acides à neutres (pH 6-7,5). Craint l’asphyxie racinaire.
  • Exposition : plein soleil, situation chaude et abritée. Les fruits mûrissent mal dans les régions trop fraîches ou humides.
  • Plantation : en automne ou en fin d’hiver, dans un trou large et profond, avec apport de compost. Espacement 4-5 m.
  • Taille : légère, en hiver. Le cognassier fructifie sur les rameaux de l’année (comme le pêcher). On pratique une taille d’entretien pour aérer la ramure et limiter les bois morts.
  • Multiplication : bouturage de rameaux ligneux en hiver, marcottage, greffage en écusson sur franc de cognassier.
  • Maladies : sensible à l’entomosporiose (Entomosporium maculatum), au feu bactérien (Erwinia amylovora) et à la moniliose (Monilinia). Les variétés résistantes (‘Vranja’, ‘Champion’) sont à privilégier.
  • Variétés recommandées : ‘Champion’ (productif, auto-fertile), ‘Vranja’ (gros fruits parfumés), ‘Du Portugal’ (chair rose à la cuisson), ‘De Bourgeault’ (ancien, rustique).

STATUT DE CONSERVATION

Le cognassier n’est pas menacé en tant qu’espèce cultivée, mais ses populations sauvages dans le Caucase et en Iran sont en régression sous l’effet de la déforestation, du surpâturage et de la conversion des terres. Des programmes de conservation in situ existent en Géorgie et en Azerbaïdjan, et des collections de variétés anciennes sont maintenues dans les conservatoires fruitiers européens (INRAE Angers, Brogdale Collection en Angleterre).

En France, le cognassier est surtout présent dans les vergers traditionnels du Sud-Ouest, du Val de Loire et de Provence. La culture est en légère reprise grâce à l’intérêt croissant pour les fruits anciens et les pâtes de fruits artisanales.


INTÉRÊT EN JARDIN NATUREL ET PERMACULTURE

  • Arbre polyvalent : le cognassier produit des fruits transformables (gelée, pâte, compote, ratafia), des feuilles médicinales, et un bois dur utilisé en tournage.
  • Porte-greffe : sert de porte-greffe nanisant pour le poirier, permettant de cultiver des poiriers de petit gabarit en jardin.
  • Plante mellifère : les grandes fleurs printanières sont très visitées par les abeilles et les bourdons.
  • Parfum d’automne : quelques coings disposés dans une pièce ou une armoire embaument pendant des semaines, parfumant les vêtements et éloignant les mites (usage domestique traditionnel).
  • Haie fruitière : le cognassier s’intègre bien dans les haies mixtes de jardin-forêt, associé au noisetier, au sureau et aux arbres fruitiers à noyau.

XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

COGNASSIER présente un intérêt phytothérapeutique surtout traditionnel, à confirmer faute de données cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

  • Fournier P., Le Livre des plantes médicinales et vénéneuses de France, Lechevalier, 1947-1948.
  • Bruneton J., Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes médicinales, 5e éd., Lavoisier, 2016.
  • Hamauzu Y. et al., « Phenolic profile, antioxidant property, and anti-influenza viral activity of Chinese quince (Pseudocydonia sinensis) and quince (Cydonia oblonga) », Journal of Agricultural and Food Chemistry, 53, 2005, p. 928-934.
  • Oliveira A.P. et al., « Quince (Cydonia oblonga Miller) fruit: phenolic content, antioxidant activity and cytotoxicity », Food and Chemical Toxicology, 45, 2007, p. 2258-2265.
  • Essafi-Benkhadir K. et al., « Quince (Cydonia oblonga Miller) peel polyphenols and their in vitro activities », Food Chemistry, 131(1), 2012, p. 159-164.
  • Avicenne (Ibn Sina), Canon de la médecine, XIe siècle (trad. latine Gérard de Crémone).
  • Pline l’Ancien, Naturalis Historia, Livre XV, Ier siècle.
  • Ferreira I.C.F.R. et al., « Chemical and biological characterization of Cydonia oblonga Miller leaf », Food Research International, 42, 2009, p. 707-713.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★☆☆☆ Astringent (usage traditionnel)
  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire
  • ★★☆☆☆ Antioxydant
  • ★★☆☆☆ Émollient

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