Lectines
Les lectines sont des protéines capables de reconnaître certains sucres et de s’y attacher. On les appelle aussi agglutinines : certaines font s’agglutiner les globules rouges, et c’est souvent par cette activité qu’on les dose au laboratoire. Sur ce site, elles sont citées dans 16 fiches de plantes, dont la grande ortie, le gui, le perce-neige, les ails, le sureau noir, le robinier, l’arbre de Judée, le mucuna, les gouets, la bryone, le tamier et le sceau de Salomon, ainsi qu’un champignon, le reishi.
I. Ce qui les rassemble
Ce qui définit une lectine n’est pas une formule chimique, mais une fonction : elle porte un site de liaison qui reconnaît un sucre précis et s’y fixe. Une revue de 2001 montre que la plupart des lectines végétales se répartissent en sept familles de protéines apparentées par leur structure et leur histoire évolutive. À l’intérieur d’une même famille, les lectines reconnaissent en général le même type de sucre ; la famille des lectines de légumineuses fait exception, avec une grande variété de sucres reconnus.
Les lectines ne se trouvent pas toutes au même endroit de la cellule. Une revue de 2022 distingue celles que la plante sécrète au-dehors de ses cellules, liées à la défense et aux signaux de stress, et celles qui sont ancrées dans la membrane de la cellule. Ces dernières servent de capteurs : elles font partie du système qui permet à la plante de percevoir une menace et d’y répondre.
II. Leur rôle dans la plante
Un rôle bien établi des lectines végétales est la défense. Une revue de 2011 les range parmi les protéines que la plante produit contre les insectes qui la mangent : certaines sont toxiques pour eux, et quelques-unes sont produites en réponse à leurs attaques. La lectine du perce-neige (Galanthus nivalis) en est un exemple : toxique pour les insectes broyeurs comme pour les insectes piqueurs-suceurs, elle a été introduite par génie génétique dans l’arabette et le cotonnier, où elle réduit la survie et la fécondité des pucerons.
La grande ortie offre un autre exemple, tourné cette fois contre les champignons. En 1989, des chercheurs ont découvert dans ses rhizomes une petite lectine qui s’attache à la chitine, une substance présente dans la paroi des champignons : c’est l’agglutinine de l’ortie, souvent désignée par le sigle anglais UDA. En éprouvette, elle freine la croissance de plusieurs champignons, et elle renforce l’action des chitinases, les enzymes qui dégradent la chitine. Une revue de 2025 consacrée aux racines d’ortie lui accorde une place à part parmi les nombreuses substances de ces organes souterrains.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
Certaines lectines présentes dans des graines crues sont toxiques. C’est le cas de la phytohémagglutinine du haricot rouge. En juillet 2018, dans une base militaire de Bretagne, 200 personnes sur 1 700 ont été prises de troubles digestifs dans les heures qui ont suivi un chili con carne. L’enquête a retrouvé la lectine dans le plat, au-dessus de la dose jugée potentiellement toxique : les haricots rouges n’avaient pas été assez cuits pour que leur lectine soit entièrement détruite. Les auteurs notent que ces intoxications sont mal connues, faute de méthodes courantes pour rechercher ces toxines végétales dans les aliments.
D’autres lectines sont étudiées pour leurs effets sur l’organisme. Le gui en contient trois, les lectines de gui I, II et III, parmi les nombreux constituants de ses extraits. Selon une revue de 2020, le gui est la plante la plus prescrite aux personnes atteintes de cancer dans les pays germanophones, sous forme d’extraits qui sont des médicaments autorisés ; les études de laboratoire leur prêtent des effets toxiques pour les cellules cancéreuses et des effets sur l’immunité. Chez l’être humain, les données sur la survie restent contradictoires. Une méta-analyse de 2020, portant sur 26 publications, trouve en revanche une amélioration de la qualité de vie, d’ampleur moyenne, sous extrait de gui, tout en relevant que la plupart des études présentent des risques de biais, en partie parce qu’un tel traitement est difficile à administrer à l’insu du patient.
IV. Précautions
La précaution essentielle concerne les graines de légumineuses, qui sont riches en lectines. Une revue de 1998 rappelle que les lectines végétales résistent à la chaleur bien mieux que les protéines animales : chauffer ces graines à 70 °C, même pendant plusieurs heures, n’a guère d’effet sur elles, et il faut des températures bien plus élevées pour les détruire. Certaines, comme la lectine du germe de blé ou celle de l’arachide, peuvent même résister à une cuisson ordinaire. Les haricots secs doivent donc être bien cuits, et une cuisson à basse température ne suffit pas. Quant aux extraits de gui employés dans l’accompagnement des cancers, ce sont des médicaments dont la prescription relève du médecin.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 16 fiches qui citent les lectines sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Amaryllidacées — Ail à trois angles, Ail de la sainte-victoire, Perce-neige.
Aracées — Gouet d’italie, Gouet tacheté.
Asparagacées — Sceau de Salomon commun.
Caprifoliacées — Sureau noir.
Cucurbitacées — Bryone dioïque.
Dioscoréacées — Tamier commun.
Fabacées — Arbre de Judée (Cercis siliquastrum), Griffonia, Mucuna, Robinier faux-acacia.
Ganodermatacées — Reishi.
Santalacées — Gui commun.
Urticacées — Grande ortie.
Sources
- Peumans W.J., Van Damme E.J., Barre A., Rougé P., « Classification of plant lectins in families of structurally and evolutionary related proteins », Advances in Experimental Medicine and Biology, 2001, 491, 27-54. PMID 14533788.
- De Coninck T., Van Damme E.J.M., « Plant lectins: Handymen at the cell surface », The Cell Surface, 2022, 8, 100091. PMID 36465479.
- Vandenborre G., Smagghe G., Van Damme E.J., « Plant lectins as defense proteins against phytophagous insects », Phytochemistry, 2011, 72(13), 1538-1550. PMID 21429537.
- He P., Jia H., Xue H., Zeng Y., Tian L. et coll., « Expression of Modified Snowdrop Lectin (Galanthus nivalis Agglutinin) Protein Confers Aphids and Plutella xylostella Resistance in Arabidopsis and Cotton », Genes, 2022, 13(7), 1169. PMID 35885952.
- Broekaert W.F., Van Parijs J., Leyns F., Joos H., Peumans W.J., « A chitin-binding lectin from stinging nettle rhizomes with antifungal properties », Science, 1989, 245(4922), 1100-1102. PMID 17838811.
- Martz F., Kankaanpää S., « Stinging Nettle (Urtica dioica) Roots: The Power Underground-A Review », Plants, 2025, 14(2), 279. PMID 39861633.
- Watier-Grillot S., Larréché S., Mazuet C., Baudouin F., Feraudet-Tarisse C. et coll., « From Foodborne Disease Outbreak (FBDO) to Investigation: The Plant Toxin Trap, Brittany, France, 2018 », Toxins, 2023, 15(7), 457. PMID 37505726.
- Pusztai A., Grant G., « Assessment of lectin inactivation by heat and digestion », Methods in Molecular Medicine, 1998, 9, 505-514. PMID 21374488.
- Rostock M., « Mistletoe in the treatment of cancer patients » (article en allemand), Bundesgesundheitsblatt, Gesundheitsforschung, Gesundheitsschutz, 2020, 63(5), 535-540. PMID 32211937.
- Loef M., Walach H., « Quality of life in cancer patients treated with mistletoe: a systematic review and meta-analysis », BMC Complementary Medicine and Therapies, 2020, 20(1), 227. PMID 32690087.








