Résines
Les résines sont des substances collantes que certaines plantes produisent et laissent suinter. Celles des conifères, que l’on appelle oléorésines, sont des mélanges complexes de terpènes. Ce ne sont pas une famille chimique au sens strict : on regroupe sous ce nom des produits réunis par leur aspect et leur origine plus que par une formule commune. Sur ce site, elles sont citées dans 50 fiches de plantes : les pins, le sapin, l’épicéa, le mélèze et les cèdres, les genévriers, le pistachier lentisque et le térébinthe, le ciste ladanifère, le peuplier noir, plusieurs Apiacées comme l’angélique, la livèche ou le peucédan, les liserons et les cuscutes, le houblon, le chanvre, le gingembre ou le guggul.
I. Ce qui les rassemble
Une revue de 2008 décrit les résines comme des exsudats végétaux collants, dont l’ambre est la forme fossile. Elle met aussi en garde contre les apparences : d’autres exsudats, comme les gommes, les gommes-résines ou les kinos, ressemblent beaucoup aux résines à l’œil, mais ont une constitution chimique très différente. Le chimiste les distingue, là où le promeneur les confond.
La mieux connue est l’oléorésine des conifères. Selon une revue de 2010, elle réunit plusieurs centaines de terpènes différents : des monoterpènes, des sesquiterpènes et des diterpènes. L’arbre les fabrique grâce à deux grandes familles d’enzymes, dont beaucoup produisent chacune plusieurs molécules à la fois, ce qui contribue à la richesse du mélange. Les conifères ne sont pas seuls à produire des résines : le mastic de Chios, par exemple, est l’exsudat résineux qui s’écoule de la tige d’une variété de pistachier lentisque.
II. Leur rôle dans la plante
La résine est d’abord une arme de défense. Chez les conifères, elle est produite, stockée et acheminée par un réseau de fins conduits, les canaux résinifères. Une revue de 2020 explique qu’elle agit à la fois comme un obstacle physique et comme une défense chimique contre toute une série d’agresseurs. Les canaux creusés chaque année dans le bois restent visibles dans les cernes, si bien que le tronc garde la mémoire de ce que l’arbre a investi dans sa défense année après année.
Cette défense sait aussi se renforcer. La revue de 2010 rapporte qu’une attaque d’insectes augmente l’activité des enzymes qui fabriquent les terpènes, et qu’elle pousse l’arbre à creuser de nouveaux canaux résinifères dans le bois en formation. Le même effet s’obtient en traitant l’arbre avec du jasmonate de méthyle, une substance qui sert de signal d’alerte chez les plantes.
Les abeilles ont su tirer parti de ces défenses. Elles récoltent des résines sur les bourgeons, les tiges ou les feuilles des arbres et en font la propolis. Dans les régions tempérées d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord, selon une revue de 2020, la source principale en est le peuplier, auquel s’ajoutent des pins, des arbres du genre Prunus, le bouleau verruqueux, le marronnier d’Inde ou le saule blanc. Une autre revue montre que la propolis dont les abeilles garnissent la ruche protège la colonie contre deux microbes qui les rendent malades : les abeilles utilisent ainsi, pour leur propre santé collective, les substances que l’arbre a inventées pour la sienne.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
La résine d’épicéa est employée traditionnellement en médecine populaire, en pommade, pour soigner les plaies et les ulcères infectés. Au laboratoire, une étude de 2007 a montré que cette pommade faite maison freine la croissance de toutes les bactéries dites à Gram positif testées, y compris des staphylocoques dorés et des entérocoques résistants aux antibiotiques. Chez l’être humain, un essai de 2008 a comparé la pommade de résine à un pansement hydrocolloïde, à base d’un dérivé de la cellulose, chez 37 personnes atteintes d’escarres de stade II à IV, soignées dans onze hôpitaux. Parmi les patients qui ont suivi les six mois de l’essai, les escarres ont entièrement guéri chez 12 sur 13 avec la résine, contre 4 sur 9 avec le pansement. C’est un petit essai, mais il va dans le sens d’un usage transmis par la tradition.
Le mastic de Chios est un remède traditionnel de toute la Méditerranée orientale. Un essai de 2010 l’a donné à 148 personnes souffrant de dyspepsie fonctionnelle, un trouble qui se traduit notamment par des douleurs d’estomac et des brûlures, à raison de 350 mg trois fois par jour pendant trois semaines. Leurs symptômes se sont nettement améliorés chez 77 % d’entre elles, contre 40 % sous placebo.
IV. Précautions
La précaution principale concerne la peau. Les résines peuvent provoquer une allergie de contact, c’est-à-dire une inflammation de la peau au contact de la substance. La colophane, une résine végétale présente dans de très nombreux produits de consommation, en donne la mesure : une méta-analyse de 2026, portant sur 73 études et près de 460 000 personnes souffrant de dermatite, trouve une allergie à la colophane chez 3,5 % d’entre elles, un taux resté stable depuis des décennies. Une étude de 2016 montre en outre que les personnes allergiques à la colophane sont exposées à des réactions croisées avec la propolis et les parfums, et que les personnes allergiques à la propolis le sont avec la colophane et les parfums. Une personne qui se sait allergique à l’une de ces substances évitera les préparations à base de résine ou de propolis, ou en parlera d’abord à son médecin ou à son pharmacien.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 50 fiches qui citent les résines sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Anacardiacées — Pistachier lentisque, Pistachier térébinthe.
Apiacées — Angélique officinale, Laser de france, Livèche officinale, Opopanax chironium, Peucédan officinal, Thapsie velue.
Apocynacées — Dompte-venin officinal.
Asclépiadacées — Gymnema.
Astéracées — Armoise blanche, Grindélia.
Bétulacées — Aulne glutineux.
Burséracées — Guggul.
Campanulacées — Campanule à feuilles larges.
Cannabacées — Chanvre, Houblon.
Caryophyllacées — Lychnis visqueuse.
Cistacées — Ciste ladanifère.
Convolvulacées — Cuscute des champs, Cuscute du trèfle, Cuscute d’europe, Liseron de provence, Liseron des champs, Liseron des haies, Liseron fausse-guimauve.
Cucurbitacées — Bryone dioïque.
Cupressacées — Genévrier cade, Genévrier commun.
Euphorbiacées — Euphorbe des bois, Euphorbe verruqueuse.
Fabacées — Bugrane épineuse, Séné.
Iridacées — Iris faux-acore.
Orchidacées — Sabot de vénus.
Pinacées — Cèdre de l’atlas, Cèdre du liban, Épicéa commun, Mélèze d'europe, Pin maritime, Pin sylvestre, Sapin blanc.
Poacées — Panicaut sanguin.
Renonculacées — Actée à grappes noires, Anémone pulsatille.
Rosacées — Cerisier sauvage.
Rubiacées — Garance des teinturiers.
Salicacées — Peuplier noir.
Scrofulariacées — Scrofulaire noueuse.
Zingibéracées — Gingembre.
Sources
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