Le Prince du Lac

Acide gallique

Molécule · Phytochimie

Formule développée : Acide gallique
Acide gallique — C7H6O5, 170,12 g/mol

L’acide gallique est un acide phénolique du groupe des acides hydroxybenzoïques, l’une des deux grandes familles d’acides phénoliques, elles-mêmes rangées parmi les polyphénols. C’est la pièce de base des tanins hydrolysables. On le trouve dans le thé, le vin, les noix, les noisettes, le raisin, les prunes et de nombreuses baies. Sur ce site, il est cité dans 79 fiches de plantes, en particulier dans les familles des Géraniacées, des Rosacées, des Fagacées et des Polygonacées.

I. Sa formule

Sa formule brute est C7H6O5, pour une masse molaire de 170,12 g/mol. Son nom chimique, acide 3,4,5-trihydroxybenzoïque, décrit une molécule très simple : un cycle aromatique à six carbones porte directement une fonction acide et, sur le côté opposé, trois groupes hydroxyle (–OH) placés côte à côte.

La formule dessinée ci-contre a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.

II. Ce qu’il fait dans la plante

L’acide gallique naît de la voie de l’acide shikimique, une chaîne de fabrication qui sert aussi à produire les acides aminés aromatiques. En 2011, une équipe a montré qu’une enzyme de cette voie, la shikimate déshydrogénase, est nécessaire à la production d’acide gallique : un tabac auquel on a donné l’enzyme du noyer voyait sa teneur en acide gallique augmenter de 500 %.

Une revue de 2025 explique que cette enzyme se tient à un carrefour. Selon le sens dans lequel elle travaille, elle oriente la plante soit vers l’acide gallique, point de départ des tanins hydrolysables, soit vers l’acide shikimique, qui mène aux flavonoïdes et aux tanins condensés. Sur la première route, l’acide gallique est attaché à un glucose, puis la plante en ajoute d’autres, jusqu’à cinq sur la même molécule de sucre ; de nouvelles étapes d’ajout d’acide gallique et d’oxydation donnent ensuite les gallotanins et les ellagitanins. Ces tanins protègent la plante contre les herbivores, les agents pathogènes et les ultraviolets. L’équipe de 2011 décrit d’ailleurs l’acide gallique comme un intermédiaire clé de la fabrication des tanins hydrolysables.

III. Sous quelles formes on le trouve

On dose l’acide gallique dans de nombreux aliments et plantes, mais il entre aussi dans des molécules plus grandes. Les tanins hydrolysables sont construits à partir de lui, comme on vient de le voir. Dans le thé, noir ou vert, l’acide gallique est présent à côté de catéchines qui en portent une molécule accrochée. Ses esters sont aussi employés par l’industrie comme antioxydants dans les aliments et les cosmétiques.

IV. Ce que l’on sait chez l’être humain

Une revue de 2005, qui compile 97 études d’absorption chez l’adulte, place l’acide gallique parmi les polyphénols les mieux absorbés, avec les isoflavones. Mais il ne reste pas longtemps dans le sang. En 2021, douze volontaires ont reçu une préparation chinoise, les granulés Relinqing, dont l’acide gallique est un constituant : celui-ci est passé dans le sang en moins d’une heure, sa concentration a diminué de moitié en moins de deux heures, et environ 10 % de la dose se retrouvait dans les urines au bout de vingt-quatre heures. Pris chaque jour pendant une semaine, il ne s’accumulait pas. Une revue de 2024 souligne d’ailleurs que sa faible capacité à traverser les membranes limite son efficacité comme médicament.

Les propriétés que l’on prête à l’acide gallique, contre l’oxydation, l’inflammation, les microbes ou certaines cellules cancéreuses, viennent pour l’essentiel de l’éprouvette et de l’animal. Une revue de 2019 le dit explicitement : les données disponibles se limitent aux études sur cellules et chez l’animal, et sa sécurité comme son efficacité chez l’être humain restent à définir. Les essais humains sont rares. Un essai de 2026, mené chez 150 personnes de poids normal ou obèses, a donné 200 mg d’acide gallique par jour pendant douze semaines, avec ou sans entraînement physique ; chez les personnes obèses qui s’entraînaient et prenaient l’acide gallique, le rapport entre tour de taille et tour de hanches a diminué. C’est un essai isolé, sur la molécule purifiée, qui demande à être confirmé. Il ne renseigne pas sur une préparation de plante riche en tanins.

V. Précautions

L’acide gallique fait partie de l’alimentation humaine depuis toujours, par le thé, le vin et les fruits. Chez la souris, une étude de toxicité de 2019 situe au-delà de 2 000 mg par kilo de poids la dose qui tue la moitié des animaux, et ne relève aucune anomalie notable après vingt-huit jours à 900 mg par kilo et par jour. Les précautions portent sur la molécule isolée prise à côté de médicaments. L’étude de 2021 a montré, sur des cellules, que l’acide gallique freine deux transporteurs de molécules, nommés OAT1 et OAT3, et ses auteurs recommandent de surveiller le risque d’interaction avec des médicaments. Une revue plus ancienne note aussi que l’acide gallique et ses dérivés modifient, en laboratoire, l’activité des enzymes qui transforment les médicaments. Une personne sous traitement qui envisage un complément doit en parler à son médecin.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 79 fiches qui citent la Acide gallique sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Anacardiacées — Pistachier lentisque.

Aspléniacées — Cétérach officinal, Scolopendre.

Bétulacées — Charme-houblon, Noisetier de byzance.

Cannabacées — Micocoulier de provence.

Combrétacées — Arjuna, Myrobolan chébule.

Cornacées — Cornouiller mâle, Cornouiller sanguin.

Crassulacées — Crassule rougeâtre, Orpin élégant, Orpin réfléchi, Rhodiola.

Ericacées — Arbousier, Busserole, Monotrope sucepin.

Euphorbiacées — Euphorbe des bois, Euphorbe verruqueuse.

Fabacées — Arbre de Judée (Cercis siliquastrum), Caroubier, Mucuna.

Fagacées — Chêne rouvre.

Géraniacées — Bec-de-grue à feuilles de ciguë, Pélargonium.

Hamamélidacées — Hamamélis.

Iridacées — Iris de sibérie, Iris des pyrénées, Iris fétide, Iris germanique, Iris nain.

Juglandacées — Noyer commun.

Lythracées — Peplis pourpier, Salicaire à feuilles d’hysope, Salicaire à feuilles opposées, Salicaire commune.

Moracées — Mûrier noir.

Myrtacées — Eucalyptus camaldulensis, Eucalyptus globuleux, Myrte commune, Rince-bouteille citronné.

Nymphéacées — Nénuphar blanc.

Onagracées — Circée de paris, Épilobe à feuilles de romarin, Épilobe des marais, Épilobe en épi, Épilobe hirsute.

Paeoniacées — Pivoine officinale.

Pinacées — Pin maritime.

Poacées — Roseau commun.

Polygalacées — Polygale à toupet, Polygale des alpes.

Polygonacées — Oseille commune, Patience à feuilles obtuses, Renouée amphibie, Renouée bistorte, Renouée de bohême, Renouée de sakhaline, Renouée du japon, Renouée liseron, Renouée persicaire.

Primulacées — Lysimaque ponctuée, Samole de valerand.

Ptéridacées — Capillaire de montpellier.

Rhamnacées — Nerprun alaterne.

Rosacées — Aigremoine eupatoire, Alchemille des alpes, Alchémille commune, Benoîte commune, Églantier, Grande pimprenelle, Pêcher, Reine-des-prés, Rosier des champs, Rosier pimprenelle.

Rubiacées — Gaillet gratteron.

Solanacées — Morelle jaune, Morelle noire.

Vitacées — Vigne rouge.

Sources

  • Wikidata, entrée Q375837 « gallic acid » (formule brute, identifiant PubChem 370) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
  • Harwansh R.K., Deshmukh R., Shukla V.P., Khunt D. et coll., « Recent Advancements in Gallic Acid-Based Drug Delivery: Applications, Clinical Trials, and Future Directions », Pharmaceutics, 2024, 16(9), 1202. PMID 39339238.
  • Muir R.M., Ibáñez A.M., Uratsu S.L., Ingham E.S. et coll., « Mechanism of gallic acid biosynthesis in bacteria (Escherichia coli) and walnut (Juglans regia) », Plant Molecular Biology, 2011, 75(6), 555-565. PMID 21279669.
  • Nikonorova E., Sereda A., Bondarev S., Krol T. et coll., « The role of bifunctional 3-dehydroquinate dehydratase / shikimate dehydrogenase and its paralog quinate dehydrogenase in tannins biosynthesis », Plant Physiology and Biochemistry, 2025, 229(Pt D), 110749. PMID 41218470.
  • Ow Y.Y., Stupans I., « Gallic acid and gallic acid derivatives: effects on drug metabolizing enzymes », Current Drug Metabolism, 2003, 4(3), 241-248. PMID 12769668.
  • Manach C., Williamson G., Morand C., Scalbert A. et coll., « Bioavailability and bioefficacy of polyphenols in humans. I. Review of 97 bioavailability studies », American Journal of Clinical Nutrition, 2005, 81(1 Suppl), 230S-242S. PMID 15640486.
  • Li Z., Du X., Li Y., Wang R. et coll., « Pharmacokinetics of gallic acid and protocatechuic acid in humans after dosing with Relinqing (RLQ) and the potential for RLQ-perpetrated drug-drug interactions on organic anion transporter (OAT) 1/3 », Pharmaceutical Biology, 2021, 59(1), 757-768. PMID 34144662.
  • Kahkeshani N., Farzaei F., Fotouhi M., Alavi S.S. et coll., « Pharmacological effects of gallic acid in health and diseases: A mechanistic review », Iranian Journal of Basic Medical Sciences, 2019, 22(3), 225-237. PMID 31156781.
  • Barbosa B.K., Silva D.V.A., Batista-Jorge G.C., Souza B.V.O. et coll., « Combined Effects of Gallic Acid Supplementation and Physical Training on Body Composition and Biochemical Parameters in Obese Patients: A Randomized, Double-Blinded, Placebo-Controlled Clinical Trial », Nutrients, 2026, 18(2), 311. PMID 41599924.
  • Variya B.C., Bakrania A.K., Madan P., Patel S.S., « Acute and 28-days repeated dose sub-acute toxicity study of gallic acid in albino mice », Regulatory Toxicology and Pharmacology, 2019, 101, 71-78. PMID 30465803.
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