Vitexine

La vitexine est une flavone liée à un sucre, et plus précisément une forme sucrée de l’apigénine. Elle a une sœur jumelle, l’isovitexine, faite des mêmes atomes mais où le sucre est accroché ailleurs ; les deux sont si proches que les chimistes les purifient souvent ensemble, et cette page les présente toutes les deux. Elles appartiennent aux flavonoïdes « C-glycosylés », un groupe particulier de la grande famille des flavonoïdes. Sur ce site, elle est citée dans 48 fiches de plantes, seule ou avec l’isovitexine ; les Caryophyllacées et les Poacées y sont les familles les mieux représentées.
I. Sa formule
Sa formule brute est C21H20O10, pour une masse molaire de 432,38 g/mol. L’isovitexine a exactement la même formule brute. Toutes deux sont faites d’une molécule d’apigénine, qui a le squelette des flavonoïdes (deux cycles aromatiques reliés par un cycle central contenant un atome d’oxygène), et d’une molécule de glucose. Ce qui les distingue, c’est la place du glucose : il est fixé en position 8 dans la vitexine, en position 6 dans l’isovitexine.
Leur originalité tient à la façon dont ce sucre est attaché. Dans beaucoup de flavonoïdes sucrés, comme la rutine, le sucre est relié à la molécule par un atome d’oxygène : on parle d’O-glycoside. Dans la vitexine et l’isovitexine, il est soudé directement à un atome de carbone du cycle : on parle de C-glycoside. Ce mode d’attache a des conséquences sur la manière dont l’organisme traite la molécule.
La formule dessinée ci-contre a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.
II. Ce qu’elle fait dans la plante
Le rôle propre de la vitexine dans la plante a été peu étudié. Une piste vient d’une molécule de la même famille : chez l’avoine, des flavones C-glycosylées apparaissent dans les racines et les pousses lorsque la plante est attaquée par des nématodes, de petits vers parasites des racines. L’une d’elles, un dérivé de l’apigénine sucré par une liaison carbone, freine l’entrée des nématodes dans la racine. Ce composé n’avait encore jamais été relié à la défense d’une plante contre un ravageur.
III. Sous quelles formes on la trouve
La vitexine se rencontre dans des plantes médicinales bien connues. L’aubépine monogyne en contient, à côté d’une forme porteuse d’un second sucre, la vitexine-2 »-O-rhamnoside. La passiflore (Passiflora incarnata) contient la vitexine et l’isovitexine parmi plusieurs flavonoïdes C-glycosylés. Le mil (Pennisetum), enfin, contient des flavones C-glycosylées, surtout dans les enveloppes du grain ; la principale est la glucosylvitexine, une vitexine qui porte un glucose supplémentaire.
Ce mode d’attache se fait sentir dans l’intestin. Selon une revue de 2016, les flavonoïdes C-glycosylés portant un seul sucre, comme la vitexine, sont peu absorbés : on en retrouve très peu de dérivés dans le sang et les urines, et ce sont surtout les bactéries du côlon qui les dégradent. Une étude de 2021 sur des cellules intestinales en culture confirme cette différence entre les deux jumelles : la vitexine y est à peine transformée, alors que l’isovitexine l’est largement, jusqu’à une rupture, inattendue pour les auteurs, de la liaison entre le sucre et l’apigénine.
IV. Ce que l’on sait chez l’être humain
La vitexine et l’isovitexine entrent dans la composition de nombreuses plantes de la médecine traditionnelle chinoise. Les revues récentes leur attribuent des effets antioxydants, anti-inflammatoires, anticancéreux, antidouleur et protecteurs du système nerveux, mais ces effets reposent sur des études de laboratoire, sur cellules et chez l’animal ; la revue de 2016 sur les flavonoïdes C-glycosylés souligne le manque de données obtenues dans l’organisme vivant. Chez l’être humain, les connaissances restent donc très minces. Ce manque ne dit rien contre les plantes qui en contiennent : il reflète surtout le financement de la recherche, qui se porte rarement sur des molécules naturelles que l’on ne peut pas breveter.
V. Précautions
Le point de vigilance connu concerne la thyroïde. Dans les régions où le mil est un aliment de base, on l’a soupçonné de favoriser le goitre, c’est-à-dire l’augmentation de volume de la thyroïde. En 1989, des chercheurs ont montré que des rats nourris avec les enveloppes du mil, les plus riches en flavones C-glycosylées, développaient une thyroïde plus grosse, et qu’en éprouvette la glucosylvitexine et la vitexine freinaient la thyroperoxydase, une enzyme de la thyroïde. En 1995, la même équipe a observé chez le rat que la vitexine pure, à la plus forte dose testée, perturbait une étape de la fabrication des hormones thyroïdiennes. Les auteurs estimaient que le mil pouvait contribuer au goitre dans les zones pauvres en iode où il est consommé en grande quantité.
Une revue systématique de 2024 tempère ce constat : les données publiées ne suffisent pas pour affirmer que le mil, consommé dans une alimentation équilibrée, provoque le goitre dans la population générale. La prudence vaut donc surtout pour la molécule isolée prise à forte dose, en particulier chez une personne qui souffre de la thyroïde ; elle doit en parler à son médecin.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 48 fiches qui citent la Vitexine sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Asparagacées — Sceau de salomon odorant.
Brassicacées — Alliaire officinale.
Caryophyllacées — Céraiste tomenteux, Gypsophile des murailles, Lychnis fleur-de-coucou, Lychnis visqueuse, Moehringie à trois nervures, Sabline des montagnes, Sagine couchée, Sagine nodulaire, Saponaire des rochers, Saponaire officinale, Silène dioïque, Silène enflé, Silène nocturne, Stellaire holostée, Œillet des chartreux, Œillet prolifère.
Cypéracées — Laîche hérissée.
Equisétacées — Grande prêle.
Fabacées — Desmodium, Fenugrec.
Gentianacées — Gentiane acaule, Gentiane printanière.
Lamiacées — Marrube blanc.
Passifloracées — Passiflore.
Poacées — Agrostide stolonifère, Bambou géant, Brize intermédiaire, Brize mineure, Brome dressé, Brome mou, Brome stérile, Fétuque ovine, Houlque laineuse, Molinie bleue, Pâturin annuel, Pâturin des prés, Roseau commun, Stipe pennée, Vulpin des champs.
Polygonacées — Oseille commune, Sarrasin cultivé, Sarrasin de tartarie.
Rosacées — Aubépine à deux styles, Aubépine monogyne.
Verbénacées — Gattilier.
Violacées — Violette hérissée.
Sources
- Wikidata, entrées Q259075 « vitexin » (formule brute, identifiant PubChem 5280441, clé InChI SGEWCQFRYRRZDC-VPRICQMDSA-N) et Q3155636 « isovitexin » (identifiant PubChem 162350), ainsi que Q407857 « rutin » pour le mode d’attache du sucre ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
- He M., Min J.W., Kong W.L., He X.H. et coll., « A review on the pharmacological effects of vitexin and isovitexin », Fitoterapia, 2016, 115, 74-85. PMID 27693342.
- Lin J., Ran H., Feng Q., Shen Q. et coll., « Unveiling the differences between vitexin and isovitexin: From the perspective of sources, green advanced extraction technologies, biological activities, and safety », Food Chemistry, 2025, 485, 144600. PMID 40334576.
- Xiao J., Capanoglu E., Jassbi A.R., Miron A., « Advance on the Flavonoid C-glycosides and Health Benefits », Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 2016, 56(Suppl 1), S29-S45. PMID 26462718.
- Tremmel M., Kiermaier J., Heilmann J., « In Vitro Metabolism of Six C-Glycosidic Flavonoids from Passiflora incarnata L. », International Journal of Molecular Sciences, 2021, 22(12), 6566. PMID 34207335.
- Martino E., Collina S., Rossi D., Bazzoni D. et coll., « Influence of the extraction mode on the yield of hyperoside, vitexin and vitexin-2 »-O-rhamnoside from Crataegus monogyna Jacq. (hawthorn) », Phytochemical Analysis, 2008, 19(6), 534-540. PMID 18618435.
- Soriano I.R., Asenstorfer R.E., Schmidt O., Riley I.T., « Inducible Flavone in Oats (Avena sativa) Is a Novel Defense Against Plant-Parasitic Nematodes », Phytopathology, 2004, 94(11), 1207-1214. PMID 18944456.
- Gaitan E., Lindsay R.H., Reichert R.D., Ingbar S.H. et coll., « Antithyroid and goitrogenic effects of millet: role of C-glycosylflavones », Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, 1989, 68(4), 707-714. PMID 2921306.
- Gaitan E., Cooksey R.C., Legan J., Lindsay R.H., « Antithyroid effects in vivo and in vitro of vitexin: a C-glucosylflavone in millet », Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, 1995, 80(4), 1144-1147. PMID 7714083.
- Anitha S., Upadhyay S., Grando S., Kane-Potaka J., « Does consumption of pearl millet cause goiter? A systematic review of existing evidence », Frontiers in Nutrition, 2024, 11, 1323336. PMID 38515523.








