Lutéoline

La lutéoline est une flavone, c’est-à-dire l’un des groupes de la grande famille des flavonoïdes, elle-même rangée parmi les polyphénols. Une revue de 2009 la compte parmi les flavonoïdes les plus répandus : on la rencontre, seule ou attachée à un sucre, dans de nombreuses familles, chez les mousses, les fougères, les conifères comme chez les plantes à fleurs. La carotte, le poivron, le céleri, l’huile d’olive, la menthe poivrée, le thym, le romarin et l’origan en apportent dans l’alimentation. Sur ce site, elle est citée dans 189 fiches de plantes ; les Lamiacées y forment la famille la mieux représentée.
I. Sa formule
Sa formule brute est C15H10O6, pour une masse molaire de 286,24 g/mol. C’est exactement la même formule que celle du kaempférol : les deux molécules sont faites des mêmes atomes, mais assemblés autrement. Toutes deux ont le squelette des flavonoïdes, deux cycles aromatiques reliés par un cycle central contenant un atome d’oxygène, et toutes deux portent quatre groupes hydroxyle (–OH). La lutéoline en porte deux sur le premier cycle, aux positions 5 et 7, et deux côte à côte sur le cycle latéral, aux positions 3′ et 4′, mais aucun sur le cycle central. Le kaempférol, lui, n’en a qu’un sur le cycle latéral et un sur le cycle central.
La formule dessinée ci-contre a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.
II. Ce qu’elle fait dans la plante
La lutéoline a une place dans l’histoire de la botanique. En 1986, des chercheurs qui étudiaient la luzerne ont cherché quelle substance, libérée par la plante, réveillait chez la bactérie Rhizobium meliloti les gènes nécessaires à la formation des nodosités, ces petites excroissances des racines où la bactérie fixe l’azote de l’air. Ils ont identifié la lutéoline, qui est ainsi devenue le premier signal de ce genre connu pour cette bactérie. Une étude de 1990 a montré que les graines de luzerne en germination libèrent de la lutéoline et des substances voisines dès les premières heures où elles s’imbibent d’eau, à un rythme bien supérieur à celui des jeunes racines.
Elle participerait aussi à la défense contre l’excès de soleil. Dans les feuilles du troène, une forme sucrée de la lutéoline, le lutéoline-7-O-glucoside, neutralise efficacement l’anion superoxyde, l’un des radicaux produits à partir de l’oxygène ; sa fabrication augmente fortement quand la plante reçoit davantage de soleil, et les flavonoïdes s’accumulent alors dans l’épiderme supérieur et dans les couches de cellules situées juste en dessous. Les auteurs y voient une fonction antioxydante face à l’excès de lumière.
III. Sous quelles formes on la trouve
Dans la plante, la lutéoline est souvent attachée à un sucre, comme dans le lutéoline-7-O-glucoside que l’on trouve aussi dans les feuilles d’artichaut. Une étude de 2005 a donné des extraits de feuille d’artichaut à quatorze volontaires : on n’a retrouvé dans leur sang et leurs urines ni la forme sucrée d’origine, ni la lutéoline libre, mais seulement des dérivés transformés par l’organisme, les sulfates et les glucuronides. Une revue de 2024 confirme que la lutéoline passe mal dans le sang lorsqu’elle est avalée, et qu’elle y circule surtout sous ces formes transformées.
IV. Ce que l’on sait chez l’être humain
Au laboratoire, sur cellules et chez l’animal, la lutéoline montre des effets antioxydants, anti-inflammatoires, antimicrobiens et anticancéreux, que plusieurs revues détaillent. Chez l’être humain, les données sont beaucoup plus minces. Une revue de 2016 sur le cancer de l’ovaire n’a trouvé qu’une seule étude de population associant une consommation plus élevée de lutéoline et de kaempférol à un risque plus faible ; aucune étude n’y trouvait de lien avec l’ensemble des flavonoïdes.
Les essais cliniques récents portent sur une association de lutéoline et de palmitoyléthanolamide, une substance étudiée pour ses effets anti-inflammatoires. Dans un essai de 2022 mené sur 185 personnes dont l’odorat restait altéré plus de six mois après la COVID-19, 92 % de celles qui prenaient cette association avec une rééducation olfactive se sont améliorées au bout de trois mois, contre 42 % avec la rééducation et un placebo. Dans un essai de 2025 sur 48 personnes atteintes de démence frontotemporale, l’association a ralenti le déclin mesuré par le critère principal, sans effet sur plusieurs des critères secondaires. Ces résultats ne permettent pas de faire la part de la lutéoline et celle de son partenaire. Si la molécule isolée reste peu étudiée chez l’humain, c’est aussi parce qu’une substance aussi répandue dans la nature ne peut guère être brevetée.
V. Précautions
Consommée dans les légumes, les aromates et les plantes, la lutéoline fait partie de l’alimentation humaine de toujours. La prudence concerne la molécule isolée vendue en complément. La revue de 2024 signale qu’elle freine fortement deux transporteurs de l’organisme, OATP1B1 et OATP2B1 ; elle pourrait ainsi interférer avec le devenir d’autres substances actives, dont certains médicaments. Une personne sous traitement qui envisage un complément de lutéoline doit en parler à son médecin.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 189 fiches qui citent la Lutéoline sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Acanthacées — Acanthe à feuilles molles, Andrographis.
Acoracées — Acore odorant.
Anacardiacées — Pistachier lentisque.
Apiacées — Ache des marais, Ache inondée, Anis vert, Carotte, Carotte sauvage, Cerfeuil commun, Cerfeuil des bois, Myrrhe odorante, Persil, Torilis noueuse, Trinie glauque.
Asparagacées — Agave d'amérique.
Aspléniacées — Doradille noire, Scolopendre.
Astéracées — Anthémis fétide, Armoise maritime, Artichaut, Camomille des champs, Centaurée des montagnes, Centaurée scabieuse, Estragon, Génépi, Grande camomille, Grindélia, Hélichryse italienne, Inule à feuilles de saule, Laitue vireuse, Pissenlit à graines rouges, Pissenlit officinal, Pissenlit tardif.
Brassicacées — Bourse-à-pasteur.
Campanulacées — Campanule agglomérée, Campanule à feuilles larges, Campanule à feuilles rondes, Campanule des alpes, Campanule des cévennes, Campanule des murailles, Campanule étalée, Campanule gantelée, Campanule persicifoliée, Jasione des montagnes, Jasione des sables, Raiponce des alpes, Raiponce en épi, Raiponce hémisphérique, Raiponce orbiculaire.
Caprifoliacées — Chèvrefeuille des bois, Chèvrefeuille des haies, Chèvrefeuille des jardins, Chèvrefeuille d’italie.
Caryophyllacées — Stellaire holostée, Œillet des chartreux, Œillet sauvage.
Combrétacées — Arjuna.
Convolvulacées — Cuscute des champs, Cuscute du trèfle.
Cypéracées — Choin noirâtre, Laîche des bois, Laîche des marais, Laîche dioïque, Laîche glauque, Laîche pendante, Linaigrette à feuilles étroites, Scirpe des lacs, Scirpe des marais, Souchet rond.
Dipsacacées — Céphalaire des alpes, Knautie des bois, Knautie des champs, Scabieuse colombaire, Scabieuse des champs.
Equisétacées — Prêle des champs.
Fabacées — Genêt des teinturiers, Lotier corniculé, Luzerne cultivée.
Gentianacées — Gentiane des marais, Gentiane printanière, Petite centaurée.
Joncacées — Jonc acutiflore, Jonc aggloméré, Jonc articulé, Jonc bulbeux, Jonc comprimé, Jonc des crapauds, Jonc diffus, Jonc épars, Jonc maritime, Jonc triglume, Luzule blanche, Luzule champêtre, Luzule des alpes, Luzule des bois, Luzule poilue.
Lamiacées — Ballote, Basilic commun, Brunelle commune, Bugle de genève, Bugle rampant, Calament à grandes fleurs, Calament officinale, Clinopode commun, Épiaire des bois, Épiaire droite, Galéopsis tétrahit, Germandrée petit-chêne, Germandrée scorodoine, Lamier jaune, Lamier pourpre, Lavande aspic, Lavande vraie, Lycope d'europe, Marjolaine, Marrube blanc, Menthe-chat (cataire), Mélisse officinale, Origan commun, Sarriette des jardins, Sarriette vivace, Sauge des prés, Sauge officinale, Sauge sclarée, Scutellaire des alpes, Thym commun, Tulsi.
Lycopodiacées — Lycopode en massue.
Ményanthacées — Trèfle d'eau.
Oléacées — Olivier.
Orchidacées — Ophrys abeille.
Orobanchacées — Euphraise des alpes, Mélampyre des bois, Mélampyre des prés, Pédiculaire des bois, Pédiculaire feuillée, Pédiculaire tubéreuse, Rhinanthe velu.
Plantaginacées — Bacopa, Digitale pourpre, Grand plantain, Plantain à feuilles étroites, Plantain corne-de-cerf, Plantain des alpes, Plantain des sables, Plantain maritime, Plantain moyen, Plantain noirâtre, Plantain subulé, Véronique de perse, Véronique officinale, Véronique petit-chêne.
Poacées — Agrostide commune, Agrostide stolonifère, Fétuque ovine, Grand sorgho, Maïs, Mélique ciliée, Panic pied-de-coq, Roseau commun, Sorgho d’alep, Stipe pennée, Vulpin des prés.
Portulacacées — Pourpier potager.
Primulacées — Mouron rouge.
Rosacées — Aigremoine eupatoire.
Rubiacées — Gaillet blanc, Gaillet gratteron, Gaillet jaune.
Scrofulariacées — Bouillon blanc, Molène à fleurs denses, Molène blattaire, Molène d’orient, Molène lychnite, Molène noire, Molène royale, Molène sinuée, Scrofulaire aquatique, Scrofulaire des chiens.
Solanacées — Piment.
Valérianacées — Centranthe rouge, Mâche à épi, Mâche à fruits hérissés, Mâche à fruits lisses, Mâche à fruits sillonnés.
Verbénacées — Verveine citronnée, Verveine de buenos aires, Verveine officinale.
Sources
- Wikidata, entrée Q415011 « luteolin » (formule brute, identifiant PubChem 5280445, clé InChI IQPNAANSBPBGFQ-UHFFFAOYSA-N) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
- López-Lázaro M., « Distribution and biological activities of the flavonoid luteolin », Mini Reviews in Medicinal Chemistry, 2009, 9(1), 31-59. PMID 19149659.
- Peters N.K., Frost J.W., Long S.R., « A plant flavone, luteolin, induces expression of Rhizobium meliloti nodulation genes », Science, 1986, 233(4767), 977-980. PMID 3738520.
- Hartwig U.A., Maxwell C.A., Joseph C.M., Phillips D.A., « Chrysoeriol and Luteolin Released from Alfalfa Seeds Induce nod Genes in Rhizobium meliloti », Plant Physiology, 1990, 92(1), 116-122. PMID 16667231.
- Tattini M., Galardi C., Pinelli P., Massai R. et coll., « Differential accumulation of flavonoids and hydroxycinnamates in leaves of Ligustrum vulgare under excess light and drought stress », New Phytologist, 2004, 163(3), 547-561. PMID 33873733.
- Wittemer S.M., Ploch M., Windeck T., Müller S.C. et coll., « Bioavailability and pharmacokinetics of caffeoylquinic acids and flavonoids after oral administration of Artichoke leaf extracts in humans », Phytomedicine, 2005, 12(1-2), 28-38. PMID 15693705.
- Shi M., Chen Z., Gong H., Peng Z. et coll., « Luteolin, a flavone ingredient: Anticancer mechanisms, combined medication strategy, pharmacokinetics, clinical trials, and pharmaceutical researches », Phytotherapy Research, 2024, 38(2), 880-911. PMID 38088265.
- Mohammadi V., Dehghani S., Larijani B., Azadbakht L., « Ovarian cancer risk and nonisoflavone flavonoids intake: A systematic review of epidemiological studies », Journal of Research in Medical Sciences, 2016, 21, 123. PMID 28331509.
- Di Stadio A., D’Ascanio L., Vaira L.A., Cantone E. et coll., « Ultramicronized Palmitoylethanolamide and Luteolin Supplement Combined with Olfactory Training to Treat Post-COVID-19 Olfactory Impairment: A Multi-Center Double-Blinded Randomized Placebo-Controlled Clinical Trial », Current Neuropharmacology, 2022, 20(10), 2001-2012. PMID 35450527.
- Assogna M., Di Lorenzo F., Bonnì S., Borghi I. et coll., « Phase 2 study of palmitoylethanolamide combined with luteoline in frontotemporal dementia patients », Brain Communications, 2025, 7(2), fcaf080. PMID 40046339.








