Verbascoside

Le verbascoside, que l’on appelle aussi actéoside, appartient à une famille de polyphénols solubles dans l’eau : les phényléthanoïdes glycosides. Son nom rappelle le genre Verbascum, celui des molènes : il a été isolé pour la première fois en 1963 de la molène sinuée, Verbascum sinuatum, et on le rencontre depuis chez de nombreuses autres plantes. Sur ce site, il est cité dans 51 fiches de plantes, surtout chez les Orobanchacées, les molènes et les scrofulaires, les plantains et les véroniques, les verveines et quelques Lamiacées.
I. Sa formule
Sa formule brute est C29H36O15, pour une masse molaire de 624,59 g/mol. C’est une molécule assemblée à partir de quatre pièces. La première est un petit alcool aromatique, de la famille du phényléthanol, qui porte deux groupes hydroxyle (–OH) côte à côte. Cet alcool est attaché à un sucre, le glucose. Sur ce glucose sont accrochés deux autres éléments : un second sucre, le rhamnose, et une molécule d’acide caféique, reliée par une liaison de type ester. Le mot glycoside désigne justement une molécule dont une partie est un sucre.
La formule dessinée ci-contre a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.
II. Ce qu’il fait dans la plante
Une revue de 2014 souligne que le verbascoside est largement répandu dans le règne végétal. Une revue de 2020 note que toutes les étapes de sa fabrication par la plante ne sont pas encore élucidées ; elle précise aussi que les plantes médicinales en contiennent peu et que la molécule est peu stable. Pour en produire davantage, on cultive d’ailleurs des racines de plantes en laboratoire.
Son rôle dans la plante a été observé de près chez le frêne. En Amérique du Nord, les frênes meurent en grand nombre sous l’attaque d’un insecte invasif, Agrilus planipennis, dont la larve se nourrit dans le bois ; cet insecte a évolué en Asie aux côtés du frêne de Mandchourie, qui lui résiste mieux. Une revue de 2016 rapporte que, lorsqu’on stimule les défenses de frênes nord-américains avec du jasmonate de méthyle, une substance qui déclenche les réactions de défense de la plante, l’écorce s’enrichit en verbascoside, en lignine et en inhibiteurs d’enzymes digestives ; dans les tests, ces substances réduisent la survie ou la croissance des larves. Le verbascoside apparaît ainsi comme l’une des pièces des défenses chimiques de l’arbre.
III. La famille des phényléthanoïdes glycosides
Le verbascoside ouvre la porte à toute une famille. Une revue de 2021 définit les phényléthanoïdes glycosides comme des molécules faites d’un alcool phényléthylique, d’acide caféique et de sucres. Les premiers décrits furent l’échinacoside, tiré d’une échinacée, Echinacea angustifolia, en 1950, puis le verbascoside en 1963. Une revue systématique de 2020 en dénombre plus de 572, isolés jusqu’en juin 2020. Le verbascoside lui-même est extrait notamment de deux plantes de la médecine chinoise, Rehmannia glutinosa et Cistanche deserticola.
IV. Ce que l’on sait chez l’être humain
Les propriétés prêtées au verbascoside sont nombreuses : contre l’oxydation et l’inflammation, pour la cicatrisation et la protection des cellules nerveuses. La revue systématique de 2020 constate pourtant que ces promesses ne se sont pas encore traduites en traitements, et elle en donne la raison principale : pris par la bouche, les phényléthanoïdes glycosides passent mal dans le sang. La revue de 2026 ajoute, pour le verbascoside, que l’instabilité de la molécule limite elle aussi son usage clinique.
Quelques essais humains existent. En 2013, 400 patients atteints d’une inflammation chronique des reins, la glomérulonéphrite, ont reçu pendant huit semaines soit des comprimés d’actéoside extrait des feuilles de rehmannia, soit un médicament de référence. La perte de protéines dans les urines a baissé d’environ un tiers dans les deux groupes, sans différence nette entre eux. En 2016, un autre essai a porté sur 56 enfants atteints de leucémie, qui souffraient d’une inflammation de la bouche due à la chimiothérapie. Un bain de bouche contenant du verbascoside, employé trois fois par jour pendant huit jours, a réduit l’inflammation et la douleur mieux que le placebo. Ce produit contenait aussi deux autres composants, si bien qu’on ne peut pas attribuer tout l’effet au seul verbascoside. Aucun de ces essais ne porte sur une tisane des plantes du site ; pour elles, les essais manquent, faute de financeurs pour des plantes que l’on ne peut pas breveter.
V. Précautions
Les données de sécurité disponibles sont rassurantes. Une étude de 2019 a testé le verbascoside isolé : il n’a montré aucun effet toxique sur l’ADN, ni dans le test sur bactéries, ni dans le test sur cellules, et il ne s’est pas montré phototoxique, c’est-à-dire toxique sous l’effet de la lumière, sur des cellules en culture. Chez le rat, un extrait de feuilles d’un plantain d’Amérique latine, Plantago australis, contenant 6 % de verbascoside n’a montré aucun signe de toxicité, ni en prise unique à forte dose, ni en prise répétée. Dans l’essai de 2013, les effets indésirables ont été rares, autour de 1,5 % des patients. Les essais humains restent toutefois peu nombreux, et une personne sous traitement qui envisage un complément doit en parler à son médecin.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 51 fiches qui citent la Verbascoside sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Acanthacées — Acanthe à feuilles molles.
Caryophyllacées — Saponaire officinale.
Convolvulacées — Cuscute du thym.
Crassulacées — Rhodiola.
Lamiacées — Ballote, Épiaire droite, Galéopsis tétrahit, Scutellaire des alpes.
Oléacées — Troène commun.
Orobanchacées — Bartsie des alpes, Euphraise des alpes, Lathrée clandestine, Lathrée écailleuse, Mélampyre des prés, Orobanche caryophyllacée, Orobanche du lierre, Orobanche pourprée, Pédiculaire des bois, Pédiculaire feuillée, Pédiculaire tubéreuse, Pédiculaire verticillée, Phelipanche pourprée, Phelipanche rameuse, Rhinanthe velu.
Pédaliacées — Griffe du diable.
Plantaginacées — Grand plantain, Plantain à feuilles étroites, Plantain corne-de-cerf, Plantain des alpes, Plantain des sables, Plantain moyen, Plantain noirâtre, Véronique de perse, Véronique officinale, Véronique petit-chêne.
Primulacées — Samole de valerand.
Scrofulariacées — Bouillon blanc, Molène à fleurs denses, Molène blattaire, Molène d’orient, Molène lychnite, Molène noire, Molène royale, Molène sinuée, Scrofulaire aquatique, Scrofulaire à feuilles de germandrée, Scrofulaire des chiens, Scrofulaire noueuse.
Verbénacées — Verveine citronnée, Verveine de buenos aires, Verveine officinale.
Sources
- Wikidata, entrée Q411426 « verbascoside » (formule brute, identifiant PubChem 5281800) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
- Alipieva K., Korkina L., Orhan I.E., Georgiev M.I., « Verbascoside — a review of its occurrence, (bio)synthesis and pharmacological significance », Biotechnology Advances, 2014, 32(6), 1065-1076. PMID 25048704.
- Zhou Y., Zhu J., Shao L., Guo M., « Current advances in acteoside biosynthesis pathway elucidation and biosynthesis », Fitoterapia, 2020, 142, 104495. PMID 32045692.
- Villari C., Herms D.A., Whitehill J.G., Cipollini D. et coll., « Progress and gaps in understanding mechanisms of ash tree resistance to emerald ash borer, a model for wood-boring insects that kill angiosperms », New Phytologist, 2016, 209(1), 63-79. PMID 26268949.
- Tian X.Y., Li M.X., Lin T., Qiu Y. et coll., « A review on the structure and pharmacological activity of phenylethanoid glycosides », European Journal of Medicinal Chemistry, 2021, 209, 112563. PMID 33038797.
- Wu L., Georgiev M.I., Cao H., Nahar L. et coll., « Therapeutic potential of phenylethanoid glycosides: A systematic review », Medicinal Research Reviews, 2020, 40(6), 2605-2649. PMID 32779240.
- Zhang F.K., Jia K.X., Wang H., Liu R.P. et coll., « Acteoside as a rising star for clinical treatment: Current fundamental research and future outlooks », Journal of Integrative Medicine, 2026, 24(1), 7-23. PMID 40940234.
- Qiu H., Fan W., Fu P., Zuo C. et coll., « General acteoside of Rehmanniae leaves in the treatment of primary chronic glomerulonephritis: a randomized controlled trial », African Journal of Traditional, Complementary, and Alternative Medicines, 2013, 10(4), 109-115. PMID 24146510.
- Bardellini E., Amadori F., Schumacher R.F., D’Ippolito C. et coll., « Efficacy of a Solution Composed by Verbascoside, Polyvinylpyrrolidone (PVP) and Sodium Hyaluronate in the Treatment of Chemotherapy-induced Oral Mucositis in Children With Acute Lymphoblastic Leukemia », Journal of Pediatric Hematology/Oncology, 2016, 38(7), 559-562. PMID 27571124.
- Henn J.G., Steffens L., de Moura Sperotto N.D., de Souza Ponce B. et coll., « Toxicological evaluation of a standardized hydroethanolic extract from leaves of Plantago australis and its major compound, verbascoside », Journal of Ethnopharmacology, 2019, 229, 145-156. PMID 30316886.








