Le Prince du Lac

Saponines stéroïdiques

Molécule · Phytochimie

Les saponines stéroïdiques forment le second grand groupe de saponines, à côté des saponines triterpéniques. Comme toutes les saponines, elles associent une partie qui fuit l’eau à une ou plusieurs chaînes de sucres ; mais ici, la charpente a la forme de celle des stéroïdes. La diosgénine, la plus étudiée de ces charpentes, est rattachée à cette page. Sur ce site, elles sont citées dans 41 fiches de plantes, surtout chez les Liliacées, les Asparagacées, comme l’asperge, le fragon, le muguet et les sceaux de Salomon, et les Amaryllidacées, la famille des ails.

I. Ce qui les rassemble

Les saponines stéroïdiques partent de la même matière première que les triterpéniques, une chaîne de trente carbones appelée oxydosqualène, mais la plante la replie autrement. Une revue de 2007 rappelle qu’on les divise traditionnellement en deux types, les spirostanols et les furostanols. Une revue de 2016 consacrée au genre Ruscus, celui du fragon, précise la différence : les spirostanols comptent six cycles, les furostanols cinq.

La partie sans sucre d’une saponine s’appelle la génine ou sapogénine. Chez le fragon, les principales sont la ruscogénine et la néoruscogénine. La plus connue de toutes est la diosgénine : selon une revue de 2022, on la trouve en abondance dans le rhizome des Polygonatum, le genre des sceaux de Salomon, dans une salsepareille, Smilax china, et dans le fenugrec. Une revue de 2023 note que les études sur la fabrication de ces molécules se sont surtout attachées à la diosgénine, et que la façon dont la plante y accroche ses sucres reste mal connue.

II. Leur rôle dans la plante

La revue de 2023 décrit les saponines stéroïdiques comme essentielles aux réponses de la plante face aux agressions, qu’elles viennent d’êtres vivants ou du milieu. L’avoine en donne un exemple précis. Ses feuilles contiennent des saponines stéroïdiques, les avénacosides. Lorsqu’un champignon attaque, la plante les transforme en une forme qui a perdu un glucose et qui devient active contre les champignons. Une étude de 2000 montre comment un champignon parasite de l’avoine, Stagonospora avenae, contourne cette défense : il sécrète trois enzymes qui retirent un à un les sucres restants, et le premier sucre enlevé suffit à supprimer l’activité antifongique.

La teneur en saponines varie beaucoup. Chez le tribule terrestre (Tribulus terrestris), une étude de 2008 a comparé des plantes récoltées dans neuf pays : leur composition dépendait de la région, de la partie de la plante et de son stade de développement. Les plantes d’Europe du Sud-Est et d’Asie de l’Ouest partageaient un même profil, riche en protodioscine, tandis que celles du Vietnam et de l’Inde en avaient un tout différent.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

Les saponines stéroïdiques ont d’abord une importance industrielle. Les revues de 2022 et de 2023 rappellent que ces saponines, et en particulier la diosgénine, sont une matière première importante pour fabriquer des médicaments stéroïdiens. Cette transformation relève de l’industrie pharmaceutique. Rien n’indique que le corps humain la réalise lui-même : en 2001, un essai en double aveugle mené chez vingt-trois femmes ménopausées avec une crème d’igname sauvage, qui contient de la diosgénine, n’a montré aucune variation des hormones, y compris la progestérone du sang et de la salive, et aucune différence avec le placebo sur les bouffées de chaleur. La crème n’a pas causé d’effet indésirable.

Le tribule terrestre, réputé augmenter la testostérone, a été examiné par une revue de 2025 portant sur dix études et 483 hommes. Trois des cinq études qui évaluaient les troubles de l’érection montraient une amélioration, mais aucune preuve solide d’une hausse de la testostérone n’a été trouvée, et la moitié des études était de faible qualité. Le fragon, lui, est un remède ancien des veines : la revue de 2016 indique que ses préparations servent aujourd’hui contre l’insuffisance veineuse chronique, les varices et les hémorroïdes, et que des études pharmacologiques ont mis en évidence les propriétés veinotoniques, c’est-à-dire tonifiantes pour la paroi des veines, de la ruscogénine et de la néoruscogénine.

Comme les autres saponines, celles-ci passent mal la barrière de l’intestin. Une revue de 2012 note cependant qu’une saponine stéroïdique, la dioscine, est rejetée lentement dans la bile et s’élimine lentement chez le rat : il faut de sept à vingt-cinq heures pour que la moitié de la dose ait disparu.

IV. Précautions

Chez l’être humain, les études citées ne signalent pas de toxicité notable : l’essai sur la crème d’igname n’a relevé aucun effet indésirable, et la revue de 2022 fait état d’une bonne tolérance de la diosgénine dans les études cliniques, tout en demandant d’autres essais. Chez l’animal, en revanche, certaines saponines stéroïdiques peuvent être dangereuses. En Afrique du Sud, une étude de 1991 a reproduit chez le mouton une maladie connue des éleveurs, en lui faisant avaler des saponines stéroïdiques brutes tirées du tribule terrestre : les animaux ont développé des lésions du foie puis une photosensibilisation, c’est-à-dire une réaction de la peau à la lumière du soleil. Les auteurs rapprochent ce résultat de maladies semblables causées par d’autres plantes riches en ces saponines. Enfin, beaucoup de saponines abîment la membrane des globules rouges en éprouvette, un point détaillé sur la page générale des saponines.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 41 fiches qui citent les saponines stéroïdiques sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Amaryllidacées — Ail à trois angles, Ail cultivé, Ail de la sainte-victoire, Ciboulette, Poireau de vigne.

Apiacées — Centella asiatica.

Apocynacées — Dompte-venin officinal.

Asparagacées — Agave d'amérique, Asperge, Fragon petit-houx, Muguet de mai, Sceau de Salomon commun, Sceau de salomon odorant, Shatavari.

Dioscoréacées — Igname sauvage, Tamier commun.

Fabacées — Fenugrec.

Liliacées — Gagée des prés, Gagée fistuleuse, Gagée jaune, Lis martagon, Lis orangé, Tulipe précoce, Tulipe sauvage.

Mélanthiacées — Vératre blanc.

Plantaginacées — Digitale pourpre.

Poacées — Avoine folle, Maïs.

Polypodiacées — Polypode austral, Polypode commun.

Primulacées — Cyclamen de naples.

Renonculacées — Hellébore fétide, Hellébore vert.

Scrofulariacées — Molène royale, Molène sinuée.

Smilacacées — Salsepareille.

Solanacées — Aubergine, Douce-amère, Morelle jaune, Piment.

Zygophyllacées — Tribulus.

Sources

  • Vincken J.P., Heng L., de Groot A., Gruppen H., « Saponins, classification and occurrence in the plant kingdom », Phytochemistry, 2007, 68(3), 275-297. PMID 17141815.
  • Masullo M., Pizza C., Piacente S., « Ruscus Genus: A Rich Source of Bioactive Steroidal Saponins », Planta Medica, 2016, 82(18), 1513-1524. PMID 27825178.
  • Semwal P., Painuli S., Abu-Izneid T., Rauf A., Sharma A. et coll., « Diosgenin: An Updated Pharmacological Review and Therapeutic Perspectives », Oxidative Medicine and Cellular Longevity, 2022, 2022, 1035441. PMID 35677108.
  • Li Y., Yang H., Li Z., Li S., Li J., « Advances in the Biosynthesis and Molecular Evolution of Steroidal Saponins in Plants », International Journal of Molecular Sciences, 2023, 24(3), 2620. PMID 36768941.
  • Morrissey J.P., Wubben J.P., Osbourn A.E., « Stagonospora avenae secretes multiple enzymes that hydrolyze oat leaf saponins », Molecular Plant-Microbe Interactions, 2000, 13(10), 1041-1052. PMID 11043466.
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  • Kellerman T.S., Erasmus G.L., Coetzer J.A., Brown J.M., Maartens B.P., « Photosensitivity in South Africa. VI. The experimental induction of geeldikkop in sheep with crude steroidal saponins from Tribulus terrestris », The Onderstepoort Journal of Veterinary Research, 1991, 58(1), 47-53. PMID 2052320.
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