Le Prince du Lac

Saponines

Molécule · Phytochimie

Les saponines forment une vaste famille de molécules végétales dont le nom rappelle le savon : agitées dans l’eau, elles font mousser. Chacune associe une partie qui fuit l’eau, appelée aglycone ou génine, à une ou plusieurs chaînes de sucres qui l’attirent. On les range en deux grands groupes, les saponines triterpéniques et les saponines stéroïdiques, qui ont chacun leur page. Sur ce site, elles sont citées dans 246 fiches de plantes, et la famille des Caryophyllacées, celle de la saponaire, est la plus représentée parmi elles.

I. Ce qui les rassemble

Toutes les saponines partent d’une même matière première : une molécule de trente atomes de carbone, l’oxydosqualène, que la plante replie en plusieurs cycles accolés. Une revue de 2007, qui a classé l’ensemble des structures connues, rappelle la division traditionnelle en deux groupes. Dans les saponines triterpéniques, le squelette garde ses trente carbones. Le type dit « oléanane », à cinq cycles, est le plus répandu de tous et se rencontre dans la plupart des ordres du règne végétal ; l’acide oléanolique, qui en est le représentant le plus connu, sert de base à de nombreuses saponines. Dans les saponines stéroïdiques, le squelette prend la forme de celui des stéroïdes. La plus étudiée de ces charpentes, la diosgénine, fait de ces saponines une matière première recherchée par l’industrie pour fabriquer des médicaments stéroïdiens.

Sur ce squelette, la plante accroche un sucre isolé ou des chaînes de plusieurs sucres, le plus souvent en un ou deux points. C’est ce double caractère, une moitié grasse et une moitié sucrée, que les chimistes appellent amphiphile. Il explique la mousse, mais aussi l’essentiel de ce que les saponines font aux êtres vivants : grâce à lui, elles s’associent au cholestérol et aux autres lipides des membranes cellulaires et peuvent désorganiser ces membranes jusqu’à les percer.

II. Leur rôle dans la plante

Les saponines font partie des défenses que la plante fabrique d’avance, avant toute attaque. Beaucoup d’entre elles sont de puissants antifongiques, et une expérience menée sur une avoine sauvage l’a bien montré : des plantes mutantes incapables de fabriquer l’avénacine, la saponine de leurs racines, résistaient beaucoup moins bien à plusieurs champignons pathogènes.

Elles protègent aussi contre les insectes. Chez la barbarée, une crucifère, des saponines triterpéniques rendent les feuilles toxiques pour les chenilles de la teigne des crucifères (Plutella xylostella) et les dissuadent de manger, alors même que d’autres substances de la plante attirent le papillon. Pour les saponines stéroïdiques, une revue de 2023 souligne qu’elles comptent parmi les substances dont la plante a besoin pour répondre aux agressions, qu’elles viennent d’êtres vivants ou du milieu.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

Les saponines ont aussi un usage domestique. Une étude de 2020 a mesuré le pouvoir moussant de quarante-cinq plantes réputées riches en saponines. La saponaire officinale, l’avoine, le marronnier d’Inde, le quinoa, la saponaire des vaches (Vaccaria hispanica) et le soja se sont montrés les meilleurs candidats pour des produits d’entretien et des cosmétiques naturels. Détail intéressant, les extraits étaient préparés par macération à température ambiante, et la chaleur d’une décoction dégradait le plus souvent leur action de savon.

Prises par la bouche, les saponines passent mal la barrière de l’intestin : ce sont de grosses molécules, chargées de sucres, qui traversent difficilement les membranes. Une revue de 2012, fondée surtout sur des études chez le rat, décrit leur devenir : la plupart sont rejetées telles quelles dans la bile, et les bactéries du côlon leur retirent leurs sucres avant que le reste ne soit transformé par l’organisme. Une revue de 2010 les range par ailleurs parmi les composants des aliments qui gênent l’absorption du cholestérol par l’intestin, à côté des fibres solubles et des phytostérols.

L’usage humain le mieux documenté est inattendu. Un mélange de saponines tiré d’un arbre, Quillaja saponaria, stimule la réponse immunitaire, et l’une de ses fractions, le QS-21, sert d’adjuvant dans des vaccins. Une méta-analyse de 2016, portant sur neuf essais et 907 personnes, ne relève pas de problème de sécurité particulier, mais davantage de douleurs au point d’injection et, pour le QS-21, un risque accru de diarrhée. Les effets contre les cellules cancéreuses, souvent cités, ont été mesurés sur des cellules cultivées en laboratoire.

IV. Précautions

La propriété qui fait l’intérêt des saponines est aussi celle qui les rend délicates à employer. En éprouvette, beaucoup d’entre elles font éclater les globules rouges, ce que l’on appelle l’hémolyse, et cette tendance freine leur développement comme médicament contre le cancer. Par la bouche, on l’a vu, elles passent peu dans le sang. Certaines saponines prises de façon répétée ont pourtant un effet mesurable : la glycyrrhizine de la réglisse semble augmenter, chez l’animal comme chez l’être humain, l’activité d’une enzyme de détoxication appelée CYP3A, et les auteurs de la revue de 2012 demandent que les interactions entre ces plantes et les médicaments soient étudiées. Une personne sous traitement qui envisage un extrait concentré doit donc en parler à son médecin.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 246 fiches qui citent les saponines sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Acoracées — Acore odorant.

Amaranthacées — Chénopode blanc, Chénopode bon-henri.

Amaryllidacées — Ail à trois angles, Ail cultivé, Ail de la sainte-victoire, Ciboulette, Oignon, Poireau de vigne.

Apiacées — Astrance majeure, Buplèvre à feuilles rondes, Buplèvre en faux, Centella asiatica, Eryngium champêtre, Eryngium maritime, Sanicle d’europe, Torilis des champs.

Apocynacées — Dompte-venin noir, Dompte-venin officinal.

Aquifoliacées — Houx commun.

Aracées — Arisarum vulgaire, Calla des marais, Gouet d’italie, Gouet tacheté.

Araliacées — Éleuthérocoque, Ginseng, Lierre d’algérie, Lierre d’irlande, Lierre grimpant.

Asclépiadacées — Gymnema.

Asparagacées — Agave d'amérique, Asperge, Fragon petit-houx, Muguet de mai, Sceau de Salomon commun, Sceau de salomon odorant, Shatavari.

Asphodélacées — Aloe vera.

Aspléniacées — Cétérach officinal.

Astéracées — Grindélia, Pâquerette, Souci des champs, Souci officinal, Verge-d’or.

Bétulacées — Bouleau verruqueux.

Bignoniacées — Lapacho.

Brassicacées — Barbarée commune, Bourse-à-pasteur, Cresson de fontaine, Ibéris amère, Passerage drave, Roquette de mer.

Campanulacées — Campanule à feuilles larges, Campanule des alpes, Campanule des murailles, Raiponce des alpes, Raiponce en épi, Raiponce hémisphérique, Raiponce orbiculaire.

Caprifoliacées — Chèvrefeuille des alpes, Chèvrefeuille des haies, Chèvrefeuille des jardins.

Caryophyllacées — Alsine intermédiaire, Céraiste aquatique, Céraiste commun, Céraiste glomérulé, Céraiste tomenteux, Gypsophile des murailles, Gypsophile paniculée, Lychnis fleur-de-coucou, Lychnis visqueuse, Minuartie printanière, Moehringie à trois nervures, Sabline des champs, Sabline des montagnes, Sagine couchée, Sagine nodulaire, Saponaire des rochers, Saponaire officinale, Silène blanc, Silène dioïque, Silène enflé, Silène maritime, Silène nocturne, Spergulaire rouge, Stellaire graminée, Stellaire holostée, Œillet des chartreux, Œillet prolifère, Œillet sauvage.

Combrétacées — Arjuna.

Cucurbitacées — Jiaogulan.

Cypéracées — Laîche des bois.

Dioscoréacées — Igname sauvage, Tamier commun.

Dipsacacées — Cardère sauvage, Cardère velue.

Equisétacées — Grande prêle, Prêle des champs, Prêle d’hiver.

Euphorbiacées — Mercuriale vivace.

Fabacées — Anthyllide vulnéraire, Astragale, Bugrane épineuse, Desmodium, Fenugrec, Févier d’amérique, Galéga officinal, Griffonia, Lotier corniculé, Luzerne cultivée, Mélilot officinal, Réglisse.

Iridacées — Glaïeul commun, Glaïeul des moissons.

Joncacées — Luzule blanche, Luzule champêtre, Luzule des alpes, Luzule des bois, Luzule poilue.

Lamiacées — Calament à grandes fleurs, Lamier jaune, Lamier maculé, Orthosiphon, Ortie blanche, Thym commun.

Liliacées — Fritillaire des pyrénées, Fritillaire pintade, Gagée des prés, Gagée fistuleuse, Gagée jaune, Lis martagon, Lis orangé, Tulipe précoce, Tulipe sauvage.

Mélanthiacées — Vératre blanc.

Moringacées — Moringa.

Orchidacées — Spiranthe d’automne.

Orobanchacées — Lathrée écailleuse, Rhinanthe velu.

Papavéracées — Chélidoine.

Plantaginacées — Bacopa, Digitale pourpre, Véronique de perse, Véronique officinale, Véronique petit-chêne.

Poacées — Avoine folle, Brize intermédiaire, Brize mineure, Brome stérile, Chiendent maritime, Chiendent rampant, Maïs, Mélique ciliée, Panic pied-de-coq, Panicaut sanguin.

Polygalacées — Polygale amère, Polygale à toupet, Polygale de montpellier, Polygale des alpes, Polygale du calcaire, Polygale du jura, Polygale vulgaire.

Polypodiacées — Polypode austral, Polypode commun, Polypode intermédiaire.

Portulacacées — Montie annuelle, Montie des fontaines, Pourpier.

Primulacées — Androsace alpestre, Androsace septentrionale, Androsace velue, Cyclamen de naples, Cyclamen d’europe, Glaux maritime, Hottonie des marais, Lysimaque commune, Lysimaque nummulaire, Lysimaque ponctuée, Mouron bleu, Mouron rouge, Primevère auricule, Primevère commune, Primevère élevée, Primevère farineuse, Samole de valerand, Soldanelle des alpes, Trientale d’europe.

Renonculacées — Adonis de printemps, Anémone des bois, Anémone hépatique, Anémone pulsatille, Caltha des marais, Clématite des alpes, Clématite des haies, Ficaire printanière, Hellébore fétide, Hellébore vert, Nigelle de damas, Renoncule âcre, Renoncule bulbeuse, Renoncule rampante, Trollius d’europe.

Rhamnacées — Épine du christ, Jujubier.

Rosacées — Alchemille des alpes, Fraisier des bois, Framboisier, Grande pimprenelle, Petite pimprenelle, Potentille ansérine, Potentille rampante.

Rubiacées — Gaillet blanc, Gaillet croisette.

Rutacées — Dictame blanc.

Sapindacées — Marron d’inde.

Scrofulariacées — Bouillon blanc, Molène à fleurs denses, Molène blattaire, Molène d’orient, Molène lychnite, Molène noire, Molène royale, Molène sinuée, Scrofulaire aquatique, Scrofulaire à feuilles de germandrée, Scrofulaire des chiens, Scrofulaire noueuse.

Smilacacées — Salsepareille.

Solanacées — Aubergine, Douce-amère, Morelle jaune, Piment.

Violacées — Violette cornue, Violette de montpellier, Violette des bois, Violette des marais, Violette des pyrénées, Violette élevée, Violette éperonnée, Violette hérissée, Violette jaune, Violette odorante, Violette tricolore.

Vitacées — Vigne vierge.

Zygophyllacées — Tribulus.

Sources

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