Acide linoléique

L’acide linoléique est un acide gras polyinsaturé de la famille des oméga-6, rangé parmi les lipides. C’est l’acide gras oméga-6 le plus abondant de notre alimentation, et l’un des deux acides gras que le corps humain doit recevoir de ce qu’il mange, avec son cousin oméga-3, l’acide alpha-linolénique. Sur ce site, il est cité dans 62 fiches de plantes, parmi lesquelles l’onagre, la bourrache, le chanvre, le lin, la cameline, le noyer, la courge, le pavot, le chardon-marie, l’amandier, l’olivier ou l’argousier.
I. Sa formule
Sa formule brute est C18H32O2, pour une masse molaire de 280,45 g/mol. C’est une chaîne de dix-huit atomes de carbone qui se termine, à un bout, par un groupe acide (–COOH). La chaîne porte deux doubles liaisons, aux positions 9 et 12 en comptant depuis le groupe acide, et toutes deux ont la forme dite cis, qui coude la chaîne. Son nom chimique complet, acide (9Z,12Z)-octadéca-9,12-diénoïque, résume ces trois informations.
L’appellation « oméga-6 » décrit la même structure, lue dans l’autre sens. Si l’on compte à partir de l’extrémité opposée au groupe acide, que les chimistes appellent oméga, la première double liaison tombe sur le sixième carbone. L’acide alpha-linolénique porte une double liaison de plus, qui tombe sur le troisième carbone : c’est un oméga-3.
La formule dessinée ci-contre a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.
II. Ce qu’il fait dans la plante
La plante fabrique l’acide linoléique à partir de l’acide oléique, qui n’a qu’une double liaison, grâce à une enzyme appelée FAD2, qui en ajoute une seconde. Une revue de 2017 consacrée à cette enzyme rapporte que la température, la lumière et les blessures règlent son activité, et que la hausse des acides gras à deux doubles liaisons qui en résulte rend la plante plus résistante au froid et au sel.
Ce rôle tient à la place de ces acides gras dans les membranes qui entourent les cellules. Une méta-analyse de 2026, qui rassemble les études sur les lipides des plantes soumises au froid ou à la chaleur, montre que le froid fait monter la part des lipides membranaires riches en chaînes polyinsaturées, ce qui garde les membranes fluides et souples. La chaleur produit l’effet inverse : la plante réduit la part de ces chaînes dans ses membranes et en range une partie dans des graisses de réserve.
III. Où on le trouve
L’acide linoléique est présent dans de nombreuses huiles végétales, en proportions très variables. L’huile de graines d’onagre en est l’un des exemples les plus riches : selon une revue de 2018, il en forme 70 à 74 %, à côté de 8 à 10 % d’acide gamma-linolénique, un autre oméga-6 plus rare. Dans les fiches du site, les familles qui reviennent le plus souvent sont les Rosacées, comme l’amandier et l’abricotier, les graminées, comme l’avoine et le maïs, et les Brassicacées, comme la cameline et le colza.
IV. Ce que l’on sait chez l’être humain
Son caractère indispensable a été découvert en 1929. George et Mildred Burr ont observé que des rats nourris sans aucune graisse développaient une maladie de carence, et que l’acide linoléique suffisait à la prévenir ; ils en ont conclu que certains acides gras sont des nutriments essentiels. Chez l’être humain, c’est l’acide gras polyinsaturé le plus abondant de la peau, et une revue de 2026 relie des dérèglements de son métabolisme à l’acné, à la dermatite atopique et au psoriasis.
Les grandes études d’observation, qui suivent des populations en notant leur alimentation, lui sont favorables. Une méta-analyse de 2014 portant sur 13 cohortes et 310 602 personnes trouve, chez ceux qui en consomment le plus, un risque d’accident coronarien plus faible de 15 % et un risque d’en mourir plus faible de 21 %. Une autre, en 2020, sur 44 cohortes et plus de 811 000 participants, associe une consommation élevée à une mortalité plus basse d’environ 13 %, qu’il s’agisse de la mortalité totale ou de la mortalité par maladie cardiovasculaire. Ces études décrivent une association, sans prouver que l’acide linoléique en soit la cause.
Les essais d’intervention sont moins nets. En 2013, des chercheurs ont exploité des données retrouvées d’un essai australien mené de 1966 à 1973 chez 458 hommes qui venaient de subir un accident cardiaque. Ceux à qui l’on avait fait remplacer les graisses animales par de l’huile et de la margarine de carthame, très riches en acide linoléique, sont morts plus souvent que les autres, 17,6 % contre 11,8 %. Une fois ces données ajoutées aux autres essais du même type, la méta-analyse ne montre aucun bénéfice cardiovasculaire, mais une tendance, non significative, à un risque accru. Sur un autre point, une revue de 2012 portant sur quinze essais n’a trouvé aucune preuve qu’un apport accru d’acide linoléique fasse monter les marqueurs de l’inflammation chez les personnes en bonne santé.
V. Précautions
Présent dans les graines, les noix et les huiles, l’acide linoléique fait partie de l’alimentation humaine de toujours, et le corps en a besoin. Les interrogations portent sur les très grandes quantités, lorsqu’il remplace massivement d’autres graisses : sur ce point, les études d’observation et les essais d’intervention ne vont pas dans le même sens. Une personne atteinte d’une maladie du cœur qui envisage de changer profondément ses graisses alimentaires, ou de prendre une huile en complément, gagnera à en parler à son médecin.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 62 fiches qui citent la Acide linoléique sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Apiacées — Coriandre cultivée.
Arécacées — Palmier nain.
Astéracées — Chardon-marie.
Bétulacées — Noisetier de byzance.
Boraginacées — Bourrache officinale.
Brassicacées — Cameline cultivée, Colza, Lepidium des champs, Moutarde blanche, Moutarde des champs, Thlaspi des champs.
Cannabacées — Chanvre.
Caryophyllacées — Moehringie à trois nervures.
Cornacées — Cornouiller mâle.
Crassulacées — Rhodiola.
Cucurbitacées — Bryone dioïque, Courge.
Dioscoréacées — Igname sauvage.
Éléagnacées — Argousier.
Fabacées — Fenugrec, Galéga officinal, Mucuna.
Ganodermatacées — Reishi.
Juglandacées — Noyer commun.
Lamiacées — Sauge sclarée.
Lauracées — Avocatier.
Linacées — Lin cultivé.
Méliacées — Neem.
Oléacées — Olivier.
Onagracées — Épilobe à feuilles de romarin, Onagre bisannuelle, Onagre glabre.
Ophiocordycipitacées — Cordyceps.
Papavéracées — Corydale jaune, Pavot douteux, Pavot hybride, Pavot somnifère.
Plantaginacées — Plantain des sables, Psyllium blond.
Poacées — Avoine cultivée, Avoine folle, Brome mou, Maïs, Panic pied-de-coq, Panicaut sanguin, Vulpin des champs.
Portulacacées — Pourpier potager.
Renonculacées — Nigelle de damas.
Rhamnacées — Jujubier.
Rosacées — Abricotier, Amandier, Églantier, Pêcher, Prunier d'afrique, Rosier des champs, Rosier pimprenelle.
Rubiacées — Noni.
Solanacées — Coqueret du pérou.
Tropaeolacées — Capucine.
Valérianacées — Mâche à fruits lisses.
Vitacées — Vigne rouge.
Zygophyllacées — Tribulus.
Sources
- Wikidata, entrée Q407426 « linoleic acid » (formule brute, identifiant PubChem 5280450, clé InChI OYHQOLUKZRVURQ-HZJYTTRNSA-N) ; nom systématique (9Z,12Z)-octadeca-9,12-dienoic acid relevé sur PubChem ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
- Spector A.A., Kim H.Y., « Discovery of essential fatty acids », Journal of Lipid Research, 2015, 56(1), 11-21. PMID 25339684.
- Dar A.A., Choudhury A.R., Kancharla P.K., Arumugam N., « The FAD2 Gene in Plants: Occurrence, Regulation, and Role », Frontiers in Plant Science, 2017, 8, 1789. PMID 29093726.
- Sathasivam M., Allen D.K., Shankar V., Saha R., Narayanan S., « Conserved mechanisms of plant lipidome remodeling under heat and cold stresses revealed through a systematic review and meta-analysis », Journal of Experimental Botany, 2026, 77(11), 3445-3464. PMID 41991157.
- Timoszuk M., Bielawska K., Skrzydlewska E., « Evening Primrose (Oenothera biennis) Biological Activity Dependent on Chemical Composition », Antioxidants, 2018, 7(8), 108. PMID 30110920.
- Jiang M., Mao X., Zhang L., « Skin Metabolism of Linoleic Acid: Enzymatic Pathways and Roles in Skin Homeostasis », Experimental Dermatology, 2026, 35(2), e70229. PMID 41725035.
- Farvid M.S., Ding M., Pan A., Sun Q., Chiuve S.E. et coll., « Dietary linoleic acid and risk of coronary heart disease: a systematic review and meta-analysis of prospective cohort studies », Circulation, 2014, 130(18), 1568-1578. PMID 25161045.
- Li J., Guasch-Ferré M., Li Y., Hu F.B., « Dietary intake and biomarkers of linoleic acid and mortality: systematic review and meta-analysis of prospective cohort studies », American Journal of Clinical Nutrition, 2020, 112(1), 150-167. PMID 32020162.
- Ramsden C.E., Zamora D., Leelarthaepin B., Majchrzak-Hong S.F., Faurot K.R. et coll., « Use of dietary linoleic acid for secondary prevention of coronary heart disease and death: evaluation of recovered data from the Sydney Diet Heart Study and updated meta-analysis », BMJ, 2013, 346, e8707. PMID 23386268.
- Johnson G.H., Fritsche K., « Effect of dietary linoleic acid on markers of inflammation in healthy persons: a systematic review of randomized controlled trials », Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 2012, 112(7), 1029-1041. PMID 22889633.








