Le Prince du Lac

Glucides et sucres

Molécule · Phytochimie

Les glucides forment la grande famille chimique des sucres. Elle va du plus petit, comme le glucose, jusqu’aux très longues chaînes de l’amidon ou de la cellulose. Cette page s’attache aux plus petits d’entre eux : les sucres simples, le saccharose, qui est notre sucre de table, et les oligosaccharides, de courtes chaînes de quelques sucres. Les plantes les fabriquent à partir de la photosynthèse et s’en servent pour transporter et stocker leur énergie. Sur ce site, ils sont cités dans 133 fiches de plantes, surtout chez les graminées, les orchidées et les Rosacées.

I. Ce qui les rassemble

Les nutritionnistes classent les glucides selon le nombre d’unités de sucre qu’ils enchaînent. Avec une ou deux unités, on parle de sucres : le glucose et le fructose sont des sucres simples, le saccharose un sucre double, formé d’une molécule de glucose unie à une molécule de fructose. De trois à neuf unités, ce sont les oligosaccharides. À partir de dix, on entre dans le domaine des polysaccharides. Le type de liaison entre les sucres, que l’on note alpha ou bêta, compte aussi dans ce classement.

Parmi les oligosaccharides des plantes, ceux de la famille du raffinose sont répandus dans tout le règne végétal et bien étudiés dans les graines des légumineuses. D’autres sont plus rares. Le gentianose, cité sur ce site, est un sucre à trois unités : c’est une molécule de saccharose à laquelle s’ajoute un second glucose. Les fructanes, dont l’inuline, ont leurs propres pages.

II. Leur rôle dans la plante

Chez beaucoup de plantes, c’est sous forme de saccharose que les sucres voyagent. Il est produit dans les feuilles adultes, qui en sont la source, puis transporté par le phloème, le réseau de vaisseaux de la sève élaborée, jusqu’aux organes qui en consomment ou en stockent : racines, tiges, fruits et graines. Pour y entrer et en sortir, il passe par des transporteurs spécialisés dont la plante règle l’activité.

Les sucres ne sont pas seulement du carburant. Ce sont aussi des messages. La plante mesure en permanence sa teneur en glucose, notamment grâce à une enzyme, l’hexokinase, qui sert de capteur, et elle ajuste en conséquence sa croissance, son développement et ses réactions aux stress. Ces signaux s’entremêlent avec ceux des hormones végétales.

Certains sucres ont une fonction de protection ou de réserve. Les oligosaccharides de la famille du raffinose aident la plante à supporter la chaleur, la sécheresse, le froid et le sel, et ils règlent la germination, la vigueur et la longévité des graines. Dans les racines de réserve de la gentiane jaune, le gentianose est le principal glucide mis de côté. Une étude de 1982 a montré qu’il est entièrement rangé dans les vacuoles, les grandes poches de la cellule, tandis que le saccharose est bien plus concentré dans le reste de la cellule, où il pourrait protéger contre le gel.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

L’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, distingue les sucres naturellement présents dans les aliments, comme le fructose et le saccharose des fruits et des légumes, et les sucres ajoutés lors de la fabrication. Elle constate que les données disponibles ne permettent pas de séparer les effets des uns et des autres sur la santé. Elle a donc fixé en 2016 une limite de 100 g de sucres par jour pour l’adulte, tous sucres confondus hors lactose et galactose du lait. Ce chiffre vient du fructose : l’apport le plus bas qui fasse monter les graisses du sang dans les études est de 50 g de fructose par jour, ce que contiennent 100 g de saccharose. Il s’agit d’un plafond à ne pas dépasser, et non d’une recommandation.

Les données sur la santé pointent surtout les boissons sucrées et les sucres ajoutés. Une revue de 2023 publiée dans le BMJ, qui rassemble soixante-treize méta-analyses, conclut qu’une forte consommation de sucres fait globalement plus de mal que de bien, en particulier pour le cœur et le métabolisme, mais ses preuves les plus solides concernent le poids associé aux boissons sucrées et l’accumulation de graisse associée aux sucres ajoutés. Une revue de 2016 va dans le même sens : dans les grandes études de suivi, le lien entre sucres contenant du fructose et risque cardiométabolique n’apparaît qu’avec les boissons sucrées, et non avec les sucres venus d’autres sources ; dans les essais contrôlés, ces sucres ne nuisent que par l’excès de calories qu’ils apportent.

Les oligosaccharides de la famille du raffinose agissent, eux, dans le gros intestin. Ils y favorisent la croissance de bactéries bénéfiques, ce qui en fait des prébiotiques possibles, mais ils y provoquent aussi des flatulences.

IV. Précautions

Les sucres des plantes, et notamment ceux des fruits sauvages, font partie de l’alimentation humaine de toujours. La précaution principale est celle de l’ANSES : ne pas dépasser 100 g de sucres par jour, en comptant ceux des fruits, du miel et des sirops. Une personne diabétique doit tenir compte des sucres de toutes les plantes qu’elle consomme, fruits et préparations sucrées comprises, et en parler à son médecin. Enfin, les oligosaccharides du raffinose donnent des flatulences : c’est, d’après une revue de 2022, le principal frein à la consommation de légumineuses.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 133 fiches qui citent les glucides et sucres sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Amaryllidacées — Ail cultivé, Poireau de vigne.

Apiacées — Angélique des bois, Angélique officinale, Carotte, Cerfeuil des bois, Myrrhis odorée, Panais cultivé, Panais sauvage.

Asclépiadacées — Gymnema.

Asparagacées — Asperge, Shatavari.

Astéracées — Centaurée des montagnes, Pissenlit tardif.

Bétulacées — Bouleau verruqueux, Charme-houblon.

Brassicacées — Maca.

Campanulacées — Campanule raiponce, Jasione des sables, Raiponce en épi.

Caryophyllacées — Moehringie à trois nervures, Saponaire officinale.

Combrétacées — Arjuna.

Cornacées — Cornouiller mâle.

Crassulacées — Crassule de vaillant.

Cupressacées — Genévrier cade, Genévrier commun.

Cypéracées — Laîche glauque, Scirpe des lacs, Scirpe des marais, Scirpe maritime.

Equisétacées — Grande prêle.

Ericacées — Airelle myrtille (Vaccinium myrtillus L.), Arbousier, Canneberge.

Fabacées — Arbre de Judée (Cercis siliquastrum), Bugrane épineuse, Caroubier, Griffonia, Mucuna.

Fagacées — Châtaignier.

Gentianacées — Gentiane acaule, Gentiane des marais, Gentiane jaune, Gentiane printanière.

Géraniacées — Pélargonium.

Hamamélidacées — Hamamélis.

Lamiacées — Agripaume cardiaque (Leonurus cardiaca L.).

Liliacées — Gagée des prés.

Lycopodiacées — Lycopode en massue.

Malvacées — Tilleul argenté.

Moracées — Figuier commun, Mûrier noir.

Orchidacées — Limodore à feuilles avortées, Orchis bouc, Orchis brûlé, Orchis des marais, Orchis incarnat, Orchis mâle, Orchis militaire, Orchis pourpre, Orchis pyramidal, Orchis singe, Orchis tacheté, Orchis tridenté, Platanthère à deux feuilles, Platanthère verdâtre.

Orobanchacées — Lathrée écailleuse, Orobanche caryophyllacée, Orobanche du lierre, Pédiculaire tubéreuse.

Paeoniacées — Pivoine officinale.

Pédaliacées — Griffe du diable.

Pipéracées — Kava.

Plantaginacées — Digitale pourpre, Psyllium blond.

Poacées — Agrostide commune, Avoine cultivée, Brize intermédiaire, Brome dressé, Brome mou, Brome stérile, Canche cespiteuse, Chiendent rampant, Dactyle aggloméré, Fétuque élevée, Fétuque ovine, Houlque laineuse, Molinie bleue, Orge des rats, Panic pied-de-coq, Pâturin des prés, Ray-grass anglais, Ray-grass d’italie, Roseau commun, Sorgho d’alep, Vulpin des champs, Vulpin des prés.

Polygalacées — Polygale amère, Polygale de montpellier, Polygale du calcaire, Polygale vulgaire.

Polypodiacées — Polypode austral, Polypode commun, Polypode intermédiaire.

Primulacées — Cyclamen d’europe, Hottonie des marais, Trientale d’europe.

Renonculacées — Actée à grappes noires, Ancolie vulgaire, Hydraste du canada, Trollius d’europe.

Rhamnacées — Bourdaine des alpes, Jujubier, Nerprun des rochers.

Rosacées — Abricotier, Amandier, Amélanchier ovalis, Aubépine à deux styles, Benoîte commune, Cerisier sauvage, Poirier sauvage, Pommier sauvage, Prunellier, Rosier des champs, Rosier pimprenelle, Sorbier domestique.

Rubiacées — Garance des teinturiers.

Solanacées — Coqueret alkékenge.

Taxacées — If commun.

Urticacées — Grande ortie.

Vitacées — Vigne rouge.

Zygophyllacées — Tribulus.

Sources

  • Cummings J.H., Stephen A.M., « Carbohydrate terminology and classification », European Journal of Clinical Nutrition, 2007, 61 Suppl 1, S5-S18. PMID 17992187.
  • Wikidata, entrée Q4027534 « sucrose » (disaccharide formé de glucose et de fructose, formule brute C12H22O11, identifiant PubChem 5988).
  • Braun D.M., « Phloem Loading and Unloading of Sucrose: What a Long, Strange Trip from Source to Sink », Annual Review of Plant Biology, 2022, 73, 553-584. PMID 35171647.
  • Rolland F., Baena-Gonzalez E., Sheen J., « Sugar sensing and signaling in plants: conserved and novel mechanisms », Annual Review of Plant Biology, 2006, 57, 675-709. PMID 16669778.
  • Elango D., Rajendran K., Van der Laan L., Sebastiar S., Raigne J. et coll., « Raffinose Family Oligosaccharides: Friend or Foe for Human and Plant Health? », Frontiers in Plant Science, 2022, 13, 829118. PMID 35251100.
  • Keller F., Wiemken A., « Differential compartmentation of sucrose and gentianose in the cytosol and vacuoles of storage root protoplasts from Gentiana lutea L. », Plant Cell Reports, 1982, 1(6), 274-277. PMID 24257774.
  • ANSES, « Actualisation des repères du PNNS : révision des repères de consommations alimentaires », avis et rapport d’expertise collective, saisine n° 2012-SA-0103, décembre 2016, avis p. 17-18 et tableau 4, p. 23.
  • Huang Y., Chen Z., Chen B., Li J., Yuan X. et coll., « Dietary sugar consumption and health: umbrella review », BMJ, 2023, 381, e071609. PMID 37019448.
  • Khan T.A., Sievenpiper J.L., « Controversies about sugars: results from systematic reviews and meta-analyses on obesity, cardiometabolic disease and diabetes », European Journal of Nutrition, 2016, 55(Suppl 2), 25-43. PMID 27900447.
PhytochimieHypericum perforatum BotaniqueQuercus robur GlossaireDactylis glomerata Jardin forêtCorylus avellana Balades botaniquesPapaver rhoeas ArticlesTilia cordata LivresMireille et Jean-Paul Nous rencontrerCichorium intybus