Huiles essentielles
Une huile essentielle n’est pas une molécule, ni même une famille de molécules au sens strict. C’est un mélange de substances volatiles, c’est-à-dire qui s’évaporent facilement, que l’on obtient le plus souvent en distillant une plante aromatique. Le groupe le plus important de ces substances est celui des terpènes, ce qui permet de ranger les huiles essentielles parmi les classes de composés. Sur ce site, elles sont citées dans 206 fiches de plantes, au premier rang desquelles viennent les Apiacées, comme le fenouil ou l’angélique, et les Lamiacées, comme la lavande, le thym ou la sauge.
I. Ce qui les rassemble
Une revue consacrée à leurs effets biologiques rappelle qu’en raison même de leur mode d’extraction, par distillation le plus souvent, les huiles essentielles contiennent des molécules volatiles de trois sortes : des terpènes et leurs dérivés, des composés aromatiques issus du phénol et des composés dits aliphatiques, c’est-à-dire en chaîne ouverte. Les terpènes y forment le groupe le plus important, en particulier les monoterpènes et les sesquiterpènes, des terpènes de petite taille.
Chaque huile est un mélange d’une grande richesse. Une revue de 2016 qui a dépouillé la composition de 93 huiles compte habituellement de 100 à 250 constituants identifiés par huile, et jusqu’à 450 à 500 dans les huiles de lavande, de géranium ou de romarin. Certaines molécules se retrouvent presque partout : le bêta-caryophyllène dans 98 % des huiles étudiées, le limonène dans 97 %, tandis que le limonène, le linalol et l’alpha-pinène sont des constituants importants de plus de vingt huiles. Dans beaucoup d’entre elles, deux à cinq composants font à eux seuls plus de la moitié du mélange. D’autres sont dominées par une seule molécule : la carvone dans l’huile de menthe verte, le 1,8-cinéole, ou eucalyptol, dans celle d’Eucalyptus globulus.
Toutes les huiles ne sont pas faites que de terpènes. L’huile tirée de l’écorce du pamplemousse contient aussi des coumarines et des flavonoïdes particuliers, et l’huile de bergamote renferme des furocoumarines, dont le bergaptène, dont il sera question plus bas.
II. Leur rôle dans la plante et la façon dont elle les stocke
Ces substances ne flottent pas librement dans la plante : elle les fabrique et les garde dans des structures spécialisées. Les plus connues sont les poils glanduleux, que les botanistes appellent trichomes glandulaires. Ils couvrent les parties aériennes d’environ un quart à un tiers des plantes vasculaires, selon les deux revues consultées. Chez la lavande et les menthes, ces poils produisent et stockent de grandes quantités de monoterpènes et de sesquiterpènes. Dans chaque poil, un petit groupe de cellules sécrétrices se consacre à cette fabrication et dépose l’essence dans un réservoir, situé le plus souvent à l’extrémité du poil. Les plantes dépourvues de poils glanduleux n’accumulent en général que de faibles quantités de ces composés.
Les agrumes ont choisi une autre architecture. Leur essence se trouve dans des poches sécrétrices creusées dans l’écorce du fruit. Une équipe de chercheurs a montré, sur le pamplemousse, que ce sont les cellules qui tapissent ces poches qui fabriquent l’huile. Les poches se forment tôt dans la vie du fruit, puis se dilatent et se remplissent à mesure que le fruit grossit.
Quant à leur rôle, la revue de 2012 sur les poils glanduleux le résume ainsi : beaucoup de ces substances odorantes sont apparues au cours de l’évolution pour protéger la plante contre les animaux qui la mangent et contre les microbes qui l’attaquent. Le parfum que nous recherchons est donc souvent, pour la plante, un moyen de se défendre.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
En éprouvette, la plupart des huiles essentielles se comportent comme des antioxydants. Dans les cellules vivantes, pourtant, elles peuvent aussi favoriser l’oxydation et, selon leur nature et leur concentration, se montrer toxiques pour ces cellules, sans en général endommager l’ADN.
Chez l’être humain, l’huile la mieux étudiée est celle de lavande. Une méta-analyse de 2019 a réuni 65 essais randomisés, soit près de 8 000 participants. L’inhalation de lavande y réduit de façon significative l’anxiété mesurée par des questionnaires validés, sur 1 682 participants. Une préparation d’huile de lavande prise par la bouche, le Silexan, à 80 mg par jour pendant au moins six semaines, se montre efficace dans l’anxiété, sur 1 173 participants. Les auteurs signalent toutefois que la qualité moyenne des essais est faible et que leurs protocoles sont très différents les uns des autres. Ils concluent que l’huile de lavande paraît sûre et que l’inhalation, simple et peu coûteuse, peut être envisagée dans certaines situations.
Ces résultats portent sur une huile précise, préparée et dosée. Ils ne se transposent ni aux autres huiles, ni à la plante elle-même, où l’essence n’est qu’un constituant parmi beaucoup d’autres.
IV. Précautions
Les huiles essentielles sont employées depuis le Moyen Âge pour soigner, pour parfumer et pour combattre les microbes. Les précautions qui suivent concernent l’huile essentielle concentrée, c’est-à-dire le produit de distillation, qui rassemble en quelques gouttes ce que la plante dispersait dans ses poils et ses poches.
Un danger majeur est l’ingestion par un jeune enfant. Les huiles comme celle d’eucalyptus ou l’huile camphrée passent dans l’organisme par la bouche et par la peau. Entre décembre 1995 et mars 1997, un centre antipoison de Toronto a reçu des appels pour 251 enfants qui en avaient avalé ; deux ont fait des convulsions, dont ils se sont remis. La littérature médicale rassemblée par les mêmes auteurs décrit des vomissements, une somnolence, des comas, des convulsions, et un décès. Les flacons doivent donc rester hors de portée des enfants.
Le foie peut aussi souffrir. Plusieurs études ont montré qu’une partie des monoterpènes, comme la pulégone, le menthofurane, le camphre ou le limonène, et certains sesquiterpènes sont toxiques pour le foie. Ces terpènes pénètrent facilement dans l’organisme, qu’on les avale, qu’on les applique sur la peau ou qu’on les respire.
La peau, enfin, est exposée à deux risques. Près de 80 huiles essentielles ont déjà provoqué des allergies de contact, le plus souvent quand on les appliquait pures ou très concentrées, et les masseurs peuvent en être victimes dans leur métier. D’autre part, les huiles qui contiennent des furocoumarines rendent la peau sensible à la lumière : deux personnes ont souffert de brûlures avec cloques après avoir été en contact avec une huile de bergamote puis exposées aux ultraviolets, l’une d’elles simplement en respirant l’huile évaporée dans un sauna avant une séance de bronzage artificiel. Par prudence, une femme enceinte, les parents d’un jeune enfant et toute personne sous traitement demanderont conseil avant d’utiliser une huile essentielle.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 206 fiches qui citent les huiles essentielles sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Acoracées — Acore odorant.
Anacardiacées — Pistachier lentisque.
Apiacées — Ache des marais, Ammi élevé, Ammi visnage, Aneth odorant, Angélique des bois, Angélique officinale, Anis vert, Berle à larges feuilles, Berle dressée, Bifore rayonnante, Bunium bulbocastanum, Buplèvre à feuilles rondes, Buplèvre en faux, Carotte, Carotte sauvage, Carvi, Cerfeuil commun, Cerfeuil des bois, Ciguë maculée, Coriandre cultivée, Criste marine, Eryngium maritime, Égopode podagraire, Fenouil commun, Fenouil des alpes, Grande berce, Laser de france, Ligustique mutelline, Livèche officinale, Macéron, Myrrhe odorante, Opopanax chironium, Panais sauvage, Persil, Petite ciguë, Peucédan officinal, Pimprenelle saxifrage, Ridolfie, Sanicle d’europe, Séséli des montagnes, Silaüs des prés, Thapsie velue, Torilis des champs, Torilis noueuse, Trinie glauque, Œnanthe safranée.
Apocynacées — Dompte-venin officinal.
Araliacées — Lierre d’algérie.
Aristolochiacées — Aristoloche clématite, Aristoloche pistoloche, Asaret d’europe.
Asparagacées — Scille maritime.
Astéracées — Absinthe, Anthémis fétide, Armoise blanche, Armoise commune, Armoise maritime, Arnica des montagnes, Bleuet des champs, Camomille des champs, Camomille romaine, Centaurée chausse-trappe, Estragon, Génépi, Grande camomille, Grindélia, Hélichryse italienne, Lampsane commune, Matricaire camomille, Souci officinal, Tanaisie commune, Vergerette du canada.
Bétulacées — Charme-houblon.
Burséracées — Boswellia, Guggul.
Cannabacées — Chanvre, Houblon.
Caprifoliacées — Chèvrefeuille des alpes, Chèvrefeuille des jardins, Sureau noir.
Caryophyllacées — Saponaire des rochers, Œillet des chartreux.
Cistacées — Ciste ladanifère.
Crassulacées — Rhodiola.
Cupressacées — Cyprès chauve, Cyprès toujours vert, Genévrier cade, Genévrier commun, Genévrier de phénicie, Genévrier sabine, Genévrier thurifère.
Cypéracées — Souchet rond.
Ericacées — Callune.
Fabacées — Bugrane épineuse.
Géraniacées — Bec-de-grue à feuilles de ciguë.
Grossulariacées — Cassis.
Hamamélidacées — Hamamélis.
Hypéricacées — Millepertuis à feuilles de linaire, Millepertuis couché, Millepertuis des marais, Millepertuis des montagnes, Millepertuis élégant, Millepertuis nain, Millepertuis perforé, Millepertuis quadrangulaire, Millepertuis velu.
Iridacées — Iris germanique.
Juglandacées — Noyer commun.
Lamiacées — Agripaume cardiaque (Leonurus cardiaca L.), Ballote, Basilic commun, Brunelle commune, Calament à grandes fleurs, Calament officinale, Clinopode commun, Coleus, Épiaire droite, Germandrée petit-chêne, Germandrée scorodoine, Hysope officinale, Lamier jaune, Lamier pourpre, Lavande aspic, Lavande vraie, Lycope d'europe, Marjolaine, Marrube blanc, Menthe cervine, Menthe poivrée, Menthe verte, Menthe-chat (cataire), Mélisse officinale, Origan commun, Romarin, Sarriette des jardins, Sarriette vivace, Sauge des prés, Sauge officinale, Sauge sclarée, Thym commun, Tulsi.
Lauracées — Cannellier de ceylan, Laurier noble.
Magnoliacées — Magnolia officinal.
Malvacées — Tilleul argenté, Tilleul à grandes feuilles, Tilleul à petites feuilles.
Monimiacées — Boldo.
Myrtacées — Arbre à thé, Eucalyptus camaldulensis, Eucalyptus globuleux, Manuka, Myrte commune, Rince-bouteille citronné.
Nymphéacées — Nénuphar blanc.
Oléacées — Jasmin officinal.
Orchidacées — Sabot de vénus.
Passifloracées — Passiflore.
Pinacées — Cèdre de l’atlas, Cèdre du liban, Épicéa commun, Mélèze d'europe, Pin maritime, Pin sylvestre, Sapin blanc.
Plantaginacées — Véronique de perse, Véronique officinale.
Poacées — Chiendent rampant, Panicaut sanguin.
Polygalacées — Polygale à toupet, Polygale des alpes.
Polypodiacées — Polypode intermédiaire.
Primulacées — Primevère élevée.
Renonculacées — Anémone pulsatille, Hellébore fétide, Nigelle de damas.
Rosacées — Aigremoine eupatoire, Merisier à grappes, Prunellier, Reine-des-prés, Rosier pimprenelle.
Rubiacées — Aspérule odorante, Gaillet croisette.
Rutacées — Oranger amer ou bigaradier, Poncire (oranger trifolié), Rue à feuilles étroites.
Schisandracées — Badiane ou anis étoilé.
Scrofulariacées — Molène à fleurs denses, Molène d’orient, Molène lychnite, Molène noire, Molène sinuée.
Solanacées — Piment.
Valérianacées — Centranthe rouge, Valériane dioïque, Valériane officinale, Valériane triptère.
Verbénacées — Gattilier, Verveine citronnée, Verveine de buenos aires.
Violacées — Violette de montpellier, Violette odorante.
Zingibéracées — Curcuma, Gingembre.
Sources
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