Alcaloïdes pyrrolizidiniques
Les alcaloïdes pyrrolizidiniques forment un groupe d’alcaloïdes, c’est-à-dire de molécules végétales contenant de l’azote, bâtis sur un même noyau, la pyrrolizidine. Une revue de 2021 les signale dans plus de 6 000 espèces. La plupart sont sans danger, mais une partie d’entre eux abîme le foie, et les chercheurs s’inquiètent aussi de l’effet de petites prises répétées. Les plantes le plus souvent en cause appartiennent aux Boraginacées, comme la consoude, aux Astéracées, comme les séneçons, et aux Fabacées. Sur ce site, ils sont cités dans 9 fiches de plantes, notamment la consoude officinale, la bourrache, la buglosse, la pulmonaire, le séneçon jacobée et le tussilage.
I. Ce qui les rassemble
Le noyau pyrrolizidine (C7H13N) est formé de deux cycles de cinq atomes accolés, qui ont en commun un atome d’azote et un atome de carbone. Dans la plante, ce noyau, que les chimistes appellent la base nécine, est le plus souvent relié par des liaisons ester à un ou deux acides, les acides néciques. La variété de ces assemblages explique le grand nombre de molécules connues : la sénécionine (C18H25NO5), la symphytine (C20H31NO6) et l’échimidine (C20H31NO7) de la consoude, ou encore la lycopsamine et l’intermédine. Beaucoup existent aussi sous une forme oxydée sur l’azote, les N-oxydes.
Un détail de structure décide de leur danger. Une revue de 2021 explique que seuls les alcaloïdes qui portent une double liaison entre les carbones 1 et 2 du noyau sont toxiques. La plupart des plantes contiennent des formes sans cette double liaison, que l’on peut consommer sans risque ; une minorité seulement fabrique les formes insaturées, qui sont toxiques pour le foie et pour l’ADN.
II. Leur rôle dans la plante
Ce sont des substances de défense contre les animaux qui mangent la plante. Une revue de 2019 rappelle que l’on connaît assez bien les étapes de leur fabrication, mais qu’une seule des enzymes en jeu a été caractérisée, celle qui catalyse la toute première étape. Leur efficacité se mesure chez le bétail : une revue de 2011 note que les empoisonnements du foie chez les animaux d’élevage qui ont brouté ces plantes sont relativement fréquents dans le monde, et que les espèces en cause appartiennent surtout aux Boraginacées, aux Astéracées et aux Fabacées.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
Les alcaloïdes pyrrolizidiniques ne sont pas toxiques tels quels. C’est le foie qui les transforme, grâce à des enzymes de la famille des cytochromes P450, en dérivés très réactifs, des pyrroles, qui s’attachent aux protéines et abîment les cellules. Ils s’en prennent surtout aux cellules qui tapissent les plus petits vaisseaux du foie, et provoquent une maladie appelée syndrome d’obstruction sinusoïdale, autrefois maladie veino-occlusive : les petites veines du foie se bouchent. Selon la revue de 2021, elle se manifeste par une prise de poids due à l’accumulation de liquide dans le ventre, autour des poumons et dans les tissus. La maladie peut évoluer vers une insuffisance du foie, rendre nécessaire une greffe ou causer la mort, même après l’arrêt de la consommation. Dans le sang, les pyrroles fixés aux protéines servent de marqueurs pour confirmer le diagnostic.
Les intoxications les plus massives sont venues de céréales contaminées. Une revue de 2011 rappelle que des plantes à alcaloïdes pyrrolizidiniques mêlées aux récoltes de céréales ont provoqué de grandes épidémies, avec une forte mortalité, en Afrique et en Asie centrale et du Sud, notamment en Afghanistan. Dans les pays riches, l’attention se porte désormais sur la possibilité de faibles contaminations de nombreux aliments. Les plantes médicinales elles-mêmes sont concernées : une publication de 2019 explique que, depuis 2013, on s’inquiète de la présence, dans les lots de plantes médicinales, de mauvaises herbes riches en ces alcaloïdes, comme les séneçons, et que les fabricants ont mis en place une surveillance.
La consoude est la plante la plus discutée. Une revue de 2000 attribue à ses feuilles, prises par la bouche, des atteintes du foie chez l’être humain et un pouvoir cancérigène chez le rongeur, et signale qu’elle ne pouvait plus être distribuée en Allemagne ni au Canada. Une étude de 2004, qui a préparé des boissons à partir de feuilles de consoude achetées chez trois fournisseurs, y a trouvé de la symphytine et de l’échimidine, en quantités très variables d’un fournisseur à l’autre, et bien plus élevées lorsque l’on dosait aussi les N-oxydes. En 2023, une analyse de consoudes vendues en Pologne a trouvé moins d’alcaloïdes dans les feuilles que dans les racines, et la teneur de certaines racines vendues dans le commerce peut dépasser la dose quotidienne jugée sûre.
Le tableau mérite d’être nuancé. En 2020, une revue systématique a examiné les cas d’effets indésirables attribués à la consoude, au tussilage et à la bourrache. Elle n’en a retenu que onze, dont aucun ne concernait la bourrache, et l’identité de la plante réellement consommée était souvent incertaine : plante confondue ou remplacée, absence d’identification botanique, ou alcaloïde attribué à la consoude alors qu’il vient d’autres plantes. Les auteurs jugent ces cas trop fragiles pour conclure sur la sécurité de la consoude et du tussilage pris par la bouche. Pour l’usage externe, une revue de 2013 a rassemblé 26 études sur des pommades de consoude, dont 13 essais randomisés : certaines montrent un bénéfice dans les entorses de la cheville, les douleurs du dos, les écorchures et l’arthrose, et l’application sur la peau paraît sûre, même si la qualité des essais reste souvent difficile à juger. Enfin, les pétasites, employés depuis l’Antiquité contre la migraine, l’asthme ou les spasmes, contiennent eux aussi des alcaloïdes pyrrolizidiniques, à côté de plus de deux cents sesquiterpènes.
IV. Précautions
Les plantes riches en alcaloïdes pyrrolizidiniques toxiques, comme les séneçons, ne doivent pas être consommées. Pour la consoude, l’usage interne est à éviter, en particulier celui de la racine, la plus chargée ; l’usage externe, en pommade, est celui qu’ont étudié les essais cliniques. Le danger de ces alcaloïdes peut rester discret : les chercheurs s’inquiètent de l’effet de faibles expositions répétées, et une atteinte du foie peut s’aggraver même après l’arrêt de la consommation.
La prudence vaut aussi pour la cueillette. Des feuilles de digitale, prises pour de la consoude, ont causé des intoxications graves, comme le décrit la page de la digitoxine, et la revue de 2020 relève plusieurs confusions ou substitutions dans les cas publiés.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 9 fiches qui citent les alcaloïdes pyrrolizidiniques sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Astéracées — Séneçon jacobée, Tussilage.
Boraginacées — Bourrache officinale, Buglosse officinale, Consoude officinale, Pulmonaire officinale.
Brassicacées — Tephroseris des alpes.
Orobanchacées — Pédiculaire des bois.
Poacées — Ivraie enivrante.
Sources
- Wikidata, entrées Q1078442 « pyrrolizidine » (C7H13N ; structure vérifiée avec RDKit), Q2083871 « senecionine » (C18H25NO5, identifiant PubChem 5280906), Q27108367 « symphytine » (C20H31NO6), Q27106462 « echimidine » (C20H31NO7) et Q27107262 « lycopsamine » (C15H25NO5) : formules brutes.
- Teschke R., Vongdala N., Quan N.V., Quy T.N., Xuan T.D., « Metabolic Toxification of 1,2-Unsaturated Pyrrolizidine Alkaloids Causes Human Hepatic Sinusoidal Obstruction Syndrome: The Update », International Journal of Molecular Sciences, 2021, 22(19), 10419. PMID 34638760.
- Schramm S., Köhler N., Rozhon W., « Pyrrolizidine Alkaloids: Biosynthesis, Biological Activities and Occurrence in Crop Plants », Molecules, 2019, 24(3), 498. PMID 30704105.
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- Stickel F., Seitz H.K., « The efficacy and safety of comfrey », Public Health Nutrition, 2000, 3(4A), 501-508. PMID 11276298.
- Oberlies N.H., Kim N.C., Brine D.R., Collins B.J., Handy R.W. et coll., « Analysis of herbal teas made from the leaves of comfrey (Symphytum officinale): reduction of N-oxides results in order of magnitude increases in the measurable concentration of pyrrolizidine alkaloids », Public Health Nutrition, 2004, 7(7), 919-924. PMID 15482618.
- Kimel K., Godlewska S., Gleńsk M., Gobis K., Ośko J. et coll., « LC-MS/MS Evaluation of Pyrrolizidine Alkaloids Profile in Relation to Safety of Comfrey Roots and Leaves from Polish Sources », Molecules, 2023, 28(16), 6171. PMID 37630423.
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- Kulinowski Ł., Luca S.V., Minceva M., Skalicka-Woźniak K., « A review on the ethnobotany, phytochemistry, pharmacology and toxicology of butterbur species (Petasites L.) », Journal of Ethnopharmacology, 2022, 293, 115263. PMID 35427728.








