Le Prince du Lac

Withanolides

Molécule · Phytochimie

Les withanolides sont des stéroïdes végétaux, c’est-à-dire des molécules bâties sur une charpente de quatre cycles accolés, que l’on rattache aux triterpènes par leur origine. Leur nom vient de l’ashwagandha, Withania somnifera, une plante très employée par la médecine ayurvédique de l’Inde. Une revue de 2020 souligne qu’on ne les trouve que dans une petite partie du règne végétal, surtout dans quelques genres de Solanacées. Sur ce site, ils sont cités dans 4 fiches de plantes, toutes des Solanacées : l’ashwagandha, le coqueret alkékenge, le coqueret du Pérou et le datura stramoine.

I. Ce qui les rassemble

Tous les withanolides partagent un même squelette de vingt-huit atomes de carbone, dit de type ergostane. Ce qui les distingue des autres stéroïdes est leur chaîne latérale : elle se referme sur elle-même en un petit cycle qui contient un atome d’oxygène et une fonction ester, ce que les chimistes appellent une lactone. D’où la terminaison de leur nom, « -olide ». Selon la revue de 2020, ce cycle compte six atomes chez certains withanolides et cinq chez d’autres. Les withanolides peuvent aussi être liés à des sucres : ces formes sucrées sont appelées withanosides.

La famille est immense. Une revue de 2024 en compte plus de 1 200. Le genre Physalis, celui des coquerets, en est une source importante : environ 351 withanolides y avaient été identifiés en 2020, surtout chez Physalis angulata et chez le coqueret du Pérou, Physalis peruviana. Chez l’ashwagandha, on cite notamment la withaférine A, les withanolides A et B et la withanone, dont on a mesuré le passage dans le sang.

II. Leur rôle dans la plante

Deux études montrent que les withanolides participent à la défense de la plante. La première, en 2017, a travaillé sur l’ashwagandha en agissant sur un gène régulateur, qui commande la fabrication des stérols végétaux dont dérivent les withanolides. Quand les chercheurs ont éteint ce gène, la plante, plus chétive, a produit moins de stérols et de withanolides et a moins bien résisté aux bactéries, aux champignons et aux insectes qui la mangent. Quand ils ont fait fonctionner ce gène davantage chez le tabac, celui-ci est devenu plus résistant.

La seconde, en 2026, a observé la scène du côté de l’insecte. Une coccinelle qui se nourrit de feuilles, Henosepilachna vigintioctopunctata, ravage les cultures d’ashwagandha. Quand elle attaque, la plante augmente sa production de withanosides. Les chercheurs ont retrouvé des withanolides dans le corps même des insectes, et un extrait de feuilles contenant ces molécules nuisait à la santé et à la survie des coccinelles qui s’en nourrissaient.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

Les withanolides passent dans le sang. Une revue de 2024 a réuni vingt études qui les ont mesurés dans le plasma, dont seize chez l’animal et quatre chez l’être humain. Chez l’être humain, les concentrations maximales de la withaférine A, du withanolide A et de deux autres withanolides allaient de 0,1 à 49,5 nanogrammes par millilitre, selon le produit et la dose. En laboratoire, la revue de 2024 consacrée au cancer rapporte qu’environ un quart des withanolides connus agissent sur la survie ou la mort des cellules cancéreuses ; il s’agit d’une piste de recherche, et ses auteurs se demandent eux-mêmes à quelle distance ces molécules se trouvent encore d’un médicament. Pour les coquerets, la revue de 2020 estime que les activités observées pour les withanolides confirment l’usage de ces plantes en médecine traditionnelle.

Les essais humains portent sur l’ashwagandha, et non sur les withanolides isolés. Une méta-analyse de 2022, qui réunit 12 essais et 1 002 personnes, conclut que l’extrait d’ashwagandha a diminué l’anxiété et le stress mieux que le placebo, tout en jugeant faible le degré de certitude des preuves. Une autre méta-analyse, en 2026, a réuni 23 essais et 1 706 personnes pour étudier ses effets sur les hormones. L’ashwagandha a fait baisser le cortisol, l’hormone du stress, et a fait monter la testostérone chez les hommes mais pas chez les femmes ; la thyroxine, une hormone de la thyroïde, a augmenté un peu. Les auteurs notent que certaines de leurs analyses suggèrent un effet qui dépend de la teneur des produits en withanolides.

IV. Précautions

La prudence concerne d’abord le foie. En 2020, une série de cinq cas venus d’Islande et des États-Unis a décrit des atteintes du foie attribuées à des compléments d’ashwagandha, avec jaunisse et démangeaisons apparues après deux à douze semaines ; les analyses du foie sont revenues à la normale en un à cinq mois chez les patients suivis. En 2023, une équipe indienne a rapporté huit cas liés à des produits ne contenant que de l’ashwagandha. Cinq de ces patients avaient déjà une maladie chronique du foie, et trois d’entre eux sont morts ; les produits analysés ne contenaient ni fraude ni contaminant. La légère hausse de la thyroxine relevée par la méta-analyse de 2026 invite aussi à la prudence en cas de maladie de la thyroïde. Une personne qui a une maladie du foie ou de la thyroïde, ou qui suit un traitement, doit en parler à son médecin avant de prendre ce complément.

Le datura stramoine est un cas à part. Cité sur ce site pour ses withanolides, il renferme aussi dans toutes ses parties, rappelle une revue de 2025, des alcaloïdes tropaniques, l’hyoscyamine, la scopolamine et l’atropine, responsables d’empoisonnements que la revue juge relativement fréquents de 2001 à 2024. Cette plante ne doit jamais être consommée.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 4 fiches qui citent les withanolides sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Solanacées — Ashwagandha, Coqueret alkékenge, Coqueret du pérou, Datura stramoine.

Sources

  • Huang M., He J.X., Hu H.X., Zhang K., Wang X.N. et coll., « Withanolides from the genus Physalis: a review on their phytochemical and pharmacological aspects », Journal of Pharmacy and Pharmacology, 2020, 72(5), 649-669. PMID 31826333.
  • Zhang Q., Yuan Y., Cao S., Kang N., Qiu F., « Withanolides: Promising candidates for cancer therapy », Phytotherapy Research, 2024, 38(2), 1104-1158. PMID 38176694.
  • Singh A.K., Kumar S.R., Dwivedi V., Rai A., Pal S. et coll., « A WRKY transcription factor from Withania somnifera regulates triterpenoid withanolide accumulation and biotic stress tolerance through modulation of phytosterol and defense pathways », New Phytologist, 2017, 215(3), 1115-1131. PMID 28649699.
  • Verma A.K., Rakwal P., Rathor P., Singh S., Shivanna B. et coll., « Comprehensive metabolomics reveals defense-driven metabolic reprogramming via withanoside biosynthesis under insect herbivory in Withania somnifera », The Plant Journal, 2026, 125(6), e70771. PMID 41859769.
  • Speers A.B., Lozano-Ortiz A., Soumyanath A., « Quantifying Withanolides in Plasma: Pharmacokinetic Studies and Analytical Methods », Nutrients, 2024, 16(22), 3836. PMID 39599622.
  • Akhgarjand C., Asoudeh F., Bagheri A., Kalantar Z., Vahabi Z. et coll., « Does Ashwagandha supplementation have a beneficial effect on the management of anxiety and stress? A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials », Phytotherapy Research, 2022, 36(11), 4115-4124. PMID 36017529.
  • Fornalik M., Malkiewicz A., Adamczak D., Nawrocki F., Zielinska A. et coll., « Hormonal Modulation with Withania somnifera: Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized-controlled Trials », Planta Medica, 2026, 92(8), 790-805. PMID 41740946.
  • Björnsson H.K., Björnsson E.S., Avula B., Khan I.A., Jonasson J.G. et coll., « Ashwagandha-induced liver injury: A case series from Iceland and the US Drug-Induced Liver Injury Network », Liver International, 2020, 40(4), 825-829. PMID 31991029.
  • Philips C.A., Valsan A., Theruvath A.H., Ravindran R., Oommen T.T. et coll., « Ashwagandha-induced liver injury-A case series from India and literature review », Hepatology Communications, 2023, 7(10), e0270. PMID 37756041.
  • Aćimović M., « Datura stramonium – A Dangerous Weed and Alternative Drug of Abuse: An Overview of Poisoning Cases in 21st Century », Planta Medica, 2025, 91(6-07), 353-370. PMID 40086888.
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