Le Prince du Lac

Allantoïne

Molécule · Phytochimie

Formule développée : Allantoïne
Allantoïne — C4H6N4O3, 158,12 g/mol

L’allantoïne est une petite molécule riche en azote, issue de la dégradation des purines, une famille de molécules azotées. On la range parmi les uréides, des molécules qui portent un groupe urée. Chez les plantes, elle est un maillon du recyclage de l’azote ; en cosmétique, elle entre dans plus d’un millier de produits de soin de la peau. Sur ce site, elle est citée dans 3 fiches de plantes : deux Boraginacées, la consoude officinale et la pulmonaire officinale, et une Campanulacée, la jasione des montagnes.

I. Sa formule

Sa formule brute est C4H6N4O3, pour une masse molaire de 158,12 g/mol. C’est une molécule minuscule à côté de la plupart des composés végétaux décrits sur ce site. Son nom savant, (2,5-dioxo-imidazolidin-4-yl)urée, se lit comme une description : un petit cycle de cinq atomes, qui contient deux atomes d’azote et porte deux groupes carbonyle (C=O), et, accroché à ce cycle, un groupe urée. Hydrogène mis à part, quatre de ses onze atomes sont des atomes d’azote.

La formule dessinée ci-contre a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.

II. Ce qu’elle fait dans la plante

L’allantoïne est une étape de la dégradation des purines. Une revue de 2011 décrit cette chaîne chez les plantes : la xanthine est d’abord transformée en urate, puis une série d’enzymes produit l’allantoïne et démonte le cycle jusqu’à libérer ses quatre atomes d’azote sous forme d’ammoniac. Selon les auteurs, le rôle principal de cette dégradation est de récupérer l’azote pour le réutiliser ; ils ajoutent que l’allantoïne et son dérivé, l’allantoate, semblent aussi aider la plante à se protéger des stress de son milieu.

Une revue de 2023 développe ce second rôle. L’allantoïne compense un sol pauvre en azote et soutient la croissance ; selon les auteurs, elle représente jusqu’à 90 % des composés azotés chez les légumineuses, contre 15 % chez les autres plantes. Sa teneur change quand la plante subit un stress, et elle agit comme un signal : elle active des gènes de réponse au stress et des enzymes qui neutralisent les formes agressives de l’oxygène. Les plantes chez qui l’on empêche l’accumulation d’allantoïne supportent moins bien ces stress.

III. L’allantoïne et la consoude

Parmi les plantes du site qui en contiennent, la consoude officinale a la plus longue histoire médicinale documentée dans les sources consultées. Une revue de 2026 rappelle qu’elle est employée depuis plus de deux mille ans pour soigner les plaies, les fractures et les inflammations, d’où son nom anglais de knitbone, « celle qui ressoude les os ». Les auteurs rangent l’allantoïne parmi ses constituants actifs, aux côtés de l’acide rosmarinique, de polysaccharides et de lignanes.

Il ne faut pas confondre l’allantoïne avec les autres molécules de la consoude. La plante contient aussi des alcaloïdes pyrrolizidiniques, dont l’intermédine et la lycopsamine, qui sont toxiques pour le foie et qui ont leur page propre. Ce sont eux, et non l’allantoïne, qui limitent strictement l’usage de la consoude par voie interne. L’allantoïne n’appartient pas à cette famille de molécules.

IV. Ce que l’on sait chez l’être humain

Notre organisme connaît déjà l’allantoïne. Chez l’être humain, la dégradation des purines s’arrête à l’acide urique, qui a des propriétés antioxydantes ; en captant des formes agressives de l’oxygène, l’acide urique se transforme en allantoïne. Pour cette raison, une étude de 2008 propose de mesurer l’allantoïne dans le sang pour évaluer ce que l’on appelle le stress oxydant : chez 30 patients en insuffisance rénale chronique, elle était près de dix fois plus élevée dans le plasma que chez 30 donneurs de sang.

Appliquée sur la peau, l’allantoïne a surtout été étudiée pour la cicatrisation. Chez le rat, une émulsion à 5 % d’allantoïne a accéléré la fermeture de plaies en modérant l’inflammation et en stimulant les cellules qui reconstruisent le tissu, les fibroblastes. Chez l’être humain, le principal essai retrouvé sur la molécule isolée a déçu : en 2020, l’essai ESSENCE a comparé chez 169 patients atteints d’épidermolyse bulleuse, une maladie héréditaire de la peau, une crème à 6 % d’allantoïne à la même crème sans allantoïne, pendant trois mois. Les plaies ne se sont pas refermées plus vite avec l’allantoïne, mais la crème a été bien tolérée.

Les essais sur la consoude, eux, portent sur des pommades faites de l’extrait de la plante entière. En 2010, chez 120 personnes souffrant d’un mal de dos aigu, la douleur au mouvement a diminué d’environ 95 % en cinq jours avec une pommade d’extrait de racine de consoude, contre 38 % avec une pommade placebo. Une revue de 2013 a recensé 26 études sur l’usage externe de la consoude, pour les entorses de la cheville, le mal de dos, les écorchures, les ulcères de jambe et l’arthrose ; plusieurs montrent un bénéfice, mais la qualité de leur compte rendu laisse souvent un doute sur leur fiabilité. Ces résultats ne peuvent pas être attribués à l’allantoïne seule, puisque l’extrait apporte tous les constituants de la plante.

V. Précautions

L’allantoïne elle-même a un profil de sécurité rassurant. Un rapport d’experts publié en 2010 relevait sa présence dans 1 376 produits cosmétiques, à des concentrations allant jusqu’à 2 %, et a jugé ces usages sûrs. L’essai de 2020 n’a pas révélé de problème de tolérance avec une crème à 6 %. Les précautions liées à la consoude viennent de ses alcaloïdes pyrrolizidiniques, et non de l’allantoïne : la revue de 2026 limite strictement son usage interne et juge l’usage externe sûr, parce que très peu de substance passe alors dans le sang ; elle souligne l’intérêt des préparations appauvries en alcaloïdes. La revue de 2013 signale peu d’effets indésirables avec l’usage externe. Une personne qui envisage de prendre de la consoude par la bouche doit d’abord en parler à son médecin.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 3 fiches qui citent la Allantoïne sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Boraginacées — Consoude officinale, Pulmonaire officinale.

Campanulacées — Jasione des montagnes.

Sources

  • Wikidata, entrée Q409804 « allantoïne » (formule brute, SMILES, identifiant PubChem 204), et PubChem, fiche CID 204 « Allantoin », nom systématique (2,5-dioxoimidazolidin-4-yl)urea ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
  • Werner A.K., Witte C.P., « The biochemistry of nitrogen mobilization: purine ring catabolism », Trends in Plant Science, 2011, 16(7), 381-387. PMID 21482173.
  • Kaur R., Chandra J., Varghese B., Keshavkant S., « Allantoin: A Potential Compound for the Mitigation of Adverse Effects of Abiotic Stresses in Plants », Plants, 2023, 12(17), 3059. PMID 37687306.
  • Liu X., Huang X., Song X., « Ethnopharmacological insights into Symphytum officinale L.: traditional uses, phytochemical composition, therapeutic potential, and clinical-toxicological implications », Frontiers in Pharmacology, 2026, 17, 1793084. PMID 41993578.
  • Kand’ár R., Záková P., « Allantoin as a marker of oxidative stress in human erythrocytes », Clinical Chemistry and Laboratory Medicine, 2008, 46(9), 1270-1274. PMID 18636793.
  • Araújo L.U., Grabe-Guimarães A., Mosqueira V.C., Carneiro C.M., Silva-Barcellos N.M., « Profile of wound healing process induced by allantoin », Acta Cirurgica Brasileira, 2010, 25(5), 460-466. PMID 20877959.
  • Paller A.S., Browning J., Nikolic M., Bodemer C., Murrell D.F. et coll., « Efficacy and tolerability of the investigational topical cream SD-101 (6% allantoin) in patients with epidermolysis bullosa: a phase 3, randomized, double-blind, vehicle-controlled trial (ESSENCE study) », Orphanet Journal of Rare Diseases, 2020, 15(1), 158. PMID 32576219.
  • Giannetti B.M., Staiger C., Bulitta M., Predel H.G., « Efficacy and safety of comfrey root extract ointment in the treatment of acute upper or lower back pain: results of a double-blind, randomised, placebo controlled, multicentre trial », British Journal of Sports Medicine, 2010, 44(9), 637-641. PMID 19460762.
  • Frost R., MacPherson H., O’Meara S., « A critical scoping review of external uses of comfrey (Symphytum spp.) », Complementary Therapies in Medicine, 2013, 21(6), 724-745. PMID 24280482.
  • Becker L.C., Bergfeld W.F., Belsito D.V., Klaassen C.D., Marks J.G. et coll., « Final report of the safety assessment of allantoin and its related complexes », International Journal of Toxicology, 2010, 29(3 Suppl), 84S-97S. PMID 20448269.
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