Ecdystéroïdes
Les ecdystéroïdes sont des stéroïdes dont la structure est très proche de celle de l’hormone de mue des insectes et d’autres invertébrés, la 20-hydroxyecdysone. Certaines plantes en fabriquent aussi, parfois en grande quantité : on les appelle alors phytoecdystéroïdes. Le plus répandu d’entre eux est justement la 20-hydroxyecdysone, que l’on trouve aussi sous le nom d’ecdystérone. Sur ce site, ils sont cités dans 21 fiches de plantes, pour plus de la moitié chez les Caryophyllacées (silènes, lychnis, céraistes, sablines), mais aussi chez des fougères comme les polypodes, chez les bugles et chez les hellébores.
I. Ce qui les rassemble
Comme tous les stéroïdes, les ecdystéroïdes sont bâtis sur une charpente de quatre cycles de carbone accolés. La plante les fabrique à partir du cholestérol ou d’autres stérols végétaux, si bien que leur squelette compte le plus souvent vingt-sept à vingt-neuf atomes de carbone, parfois trente. Ce qui les distingue des autres stéroïdes, c’est le grand nombre de groupes hydroxyle (–OH) qu’ils portent, et un petit groupement caractéristique sur le deuxième des quatre cycles, une fonction cétone voisine d’une double liaison, que l’on retrouve chez la plupart d’entre eux. Leur structure rappelle aussi celle des brassinostéroïdes, qui sont des hormones végétales.
Le nombre de molécules connues a beaucoup augmenté en vingt ans. Une revue de 2001 en comptait environ deux cents ; une revue de 2022 en dénombre plus de cinq cents, trouvés chez des algues, des champignons, des fougères, des conifères et des plantes à fleurs. Leur présence n’a rien d’universel : beaucoup d’espèces n’en contiennent pas, tandis que d’autres en accumulent des quantités remarquables. On en trouve dans des légumes de consommation courante, comme l’épinard et le quinoa, et dans des plantes moins familières comme le rhapontic (Rhaponticum carthamoides) ou une bugle, Ajuga turkestanica. Une revue de 2024 les cite pour l’intérêt que suscitent deux de leurs molécules, l’ecdystérone et la turkestérone, dans le sport et la nutrition.
II. Leur rôle dans la plante
Une revue de 2016 rappelle que le rôle des ecdystéroïdes dans la plante n’est pas encore démontré de façon définitive. L’idée la plus souvent avancée est défensive : en fabriquant l’hormone de mue des insectes, la plante dérègle le développement de ceux qui la mangent, ou leur coupe l’appétit. Une expérience menée sur l’épinard va dans ce sens. Quand les larves d’un petit moucheron, Bradysia impatiens, s’attaquent aux racines, la teneur des racines en 20-hydroxyecdysone est multipliée par quatre à six et demi. Les larves préfèrent une nourriture pauvre en cette molécule, et une concentration de 5 microgrammes par gramme suffit déjà à réduire leur survie. Les auteurs parlent d’une défense inductible, c’est-à-dire déclenchée par l’attaque. Une revue de 2022 ajoute qu’elles aideraient aussi la plante à se défendre contre les nématodes, ces petits vers du sol, et à supporter les stress liés au milieu.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
Chez les mammifères, surtout dans des études en laboratoire et chez l’animal, les ecdystéroïdes ont montré des effets variés : protection du foie, baisse du sucre sanguin, et surtout un effet de construction du muscle, dit anabolisant, sans effet androgène, c’est-à-dire masculinisant. Une revue de 2021 explique l’essentiel de leur action par un récepteur appelé Mas1, qui appartient au système rénine-angiotensine, connu surtout pour régler la pression artérielle. Parce qu’ils semblent accroître la résistance au stress et la performance physique, une revue de 2016 note qu’on les range parmi les adaptogènes.
Chez l’être humain, les essais restent peu nombreux. En 2019, une équipe a suivi pendant dix semaines 46 jeunes hommes en musculation : ceux qui prenaient de l’ecdystérone ont gagné davantage de masse musculaire et de force au développé couché, sans signe de souffrance du foie ou des reins. Les auteurs ont proposé d’inscrire la molécule sur la liste des produits dopants. Un essai de 2025 rappelle la prudence nécessaire avec les compléments : le produit testé, qui ne faisait pas mieux que le placebo, contenait moins de 1 % de la 20-hydroxyecdysone annoncée sur l’étiquette.
La 20-hydroxyecdysone purifiée est aussi étudiée comme médicament, sous le nom de BIO101, contre la fonte musculaire des personnes âgées. Un premier essai l’a trouvée bien tolérée jusqu’à 1 400 mg en une prise. Un essai de 2025, chez 233 personnes de plus de 65 ans, a mesuré un gain de vitesse de marche de 0,07 à 0,09 mètre par seconde avec 350 mg deux fois par jour, mais ce gain n’était statistiquement net que chez les participants ayant suivi le protocole jusqu’au bout, l’épidémie de Covid-19 ayant fait perdre plus de la moitié des mesures finales. La tolérance était bonne. Ces essais portent sur la molécule isolée à forte dose et ne disent rien des plantes qui en contiennent.
IV. Précautions
Les ecdystéroïdes arrivent dans notre assiette avec l’épinard ou le quinoa, et les essais sur la molécule purifiée ont conclu à une bonne tolérance. Une revue de 2021 souligne pourtant qu’il faut encore mieux évaluer sa sécurité avant d’en faire un médicament. Deux points concernent surtout les compléments. D’une part, leur contenu réel peut être très éloigné de ce qu’annonce l’étiquette. D’autre part, un sportif soumis aux contrôles doit savoir que des chercheurs ont demandé le classement de l’ecdystérone parmi les produits dopants. Une personne sous traitement, ou atteinte d’une maladie chronique, doit parler à son médecin avant tout complément.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 21 fiches qui citent les ecdystéroïdes sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Aspléniacées — Doradille noire.
Caryophyllacées — Céraiste aquatique, Céraiste tomenteux, Lychnis fleur-de-coucou, Lychnis visqueuse, Sabline des champs, Sabline des montagnes, Saponaire des rochers, Silène dioïque, Silène enflé, Silène nocturne, Stellaire graminée, Œillet prolifère.
Dryoptéridacées — Fougère mâle.
Lamiacées — Bugle de genève, Bugle rampant.
Polypodiacées — Polypode austral, Polypode commun, Polypode intermédiaire.
Renonculacées — Hellébore fétide, Hellébore vert.
Sources
- Dinan L., « Phytoecdysteroids: biological aspects », Phytochemistry, 2001, 57(3), 325-339. PMID 11393511.
- Tarkowská D., Strnad M., « Plant ecdysteroids: plant sterols with intriguing distributions, biological effects and relations to plant hormones », Planta, 2016, 244(3), 545-555. PMID 27339274.
- Arif Y., Singh P., Bajguz A., Hayat S., « Phytoecdysteroids: Distribution, Structural Diversity, Biosynthesis, Activity, and Crosstalk with Phytohormones », International Journal of Molecular Sciences, 2022, 23(15), 8664. PMID 35955797.
- Schmelz E.A., Grebenok R.J., Ohnmeiss T.E., Bowers W.S., « Interactions between Spinacia oleracea and Bradysia impatiens: a role for phytoecdysteroids », Archives of Insect Biochemistry and Physiology, 2002, 51(4), 204-221. PMID 12432520.
- Todorova V., Ivanova S., Chakarov D., Kraev K., Ivanov K., « Ecdysterone and Turkesterone-Compounds with Prominent Potential in Sport and Healthy Nutrition », Nutrients, 2024, 16(9), 1382. PMID 38732627.
- Dinan L., Dioh W., Veillet S., Lafont R., « 20-Hydroxyecdysone, from Plant Extracts to Clinical Use: Therapeutic Potential for the Treatment of Neuromuscular, Cardio-Metabolic and Respiratory Diseases », Biomedicines, 2021, 9(5), 492. PMID 33947076.
- Isenmann E., Ambrosio G., Joseph J.F., Mazzarino M., de la Torre X. et coll., « Ecdysteroids as non-conventional anabolic agent: performance enhancement by ecdysterone supplementation in humans », Archives of Toxicology, 2019, 93(7), 1807-1816. PMID 31123801.
- Dissemond J., Havers T., Held S., Geisler S., Kostov T. et coll., « How reliable is the labeling of a commercial phytosteroid product? A 12-week randomized double-blind training study », Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2025, 22(1), 2540408. PMID 40781783.
- Dioh W., Tourette C., Del Signore S., Daudigny L., Dupont P. et coll., « A Phase 1 study for safety and pharmacokinetics of BIO101 (20-hydroxyecdysone) in healthy young and older adults », Journal of Cachexia, Sarcopenia and Muscle, 2023, 14(3), 1259-1273. PMID 37057316.
- Fielding R.A., Dao M.M., Cannon K., Desvarieux M., Miller S.S. et coll., « BIO101 in Sarcopenic Seniors at Risk of Mobility Disability: Results of a Double-Blind Randomised Interventional Phase 2b Trial », Journal of Cachexia, Sarcopenia and Muscle, 2025, 16(2), e13750. PMID 40026058.








